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Afrique, mémoires d'un continent

Afrique, mémoires d'un continent

De : RFI
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Afrique, mémoires d'un continent explore l’histoire à travers les siècles et jusqu’à aujourd’hui. Historiens, universitaires et spécialistes expliquent et racontent, sans tabous et à rebours des clichés, comment le passé éclaire le présent. Une émission présentée par Elgas, en collaboration avec Delphine Michaud. Réalisation : Taguy M’Fah Traoré. *** Diffusions vers toutes cibles les dimanches à 08h10 TU et 22h10 TU (Heure de Paris = TU + 1 en hiver).

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  • De Fès à Tombouctou, résonances africaines du soufisme
    Feb 27 2026

    La mémoire du continent explore l’histoire du soufisme et ses résonances africaines. Des deux côtés du Sahara, itinérance historique de Fès à Tombouctou, sans oublier la corne de l’Afrique, lieu où s’est écrit une belle page des interconnexions religieuses continentales. Branche, incarnation, les mots peuvent varier pour définir cet élan de l’islam, fait de quête mystique, intérieure, de vitalité confrérique, de lieux mémoriels, et de fidèles transnationaux.

    Le soufisme, à l’heure des périls sécuritaires au Sahel, de la gangrène jihadiste, et des idées reçues sur l’islam politique.

    Une émission enregistrée à Casablanca dans le cadre de la 2ème édition du festival Amwaj dédié aux podcasts et à la création sonore, et organisé par l'association Longueur d'Ondes (Brest, France), le studio indépendant Les Bonnes Ondes et l’Institut français.

    Avec la participation du Pr Ali Benmakhlouf, philosophe et professeur émérite à l’Université Paris-Est Créteil et à l’Université Mohammed VI Polytechnique du Maroc.

    Et une chronique de Sami Lakmahri, journaliste pour le site d’information marocain Le Desk.

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    Ali Benmakhlouf, philosophe marocain, présente le soufisme, tradition islamique fondée sur la quête intérieure, la mémoire spirituelle et les réseaux confrériques transnationaux. Né à Fès, il raconte son héritage familial religieux, et la ville de Fès marquée par de nombreuses Zaouïas, lieux d’éloge du Prophète et de pratiques mystiques. Ces espaces montrent l'ancrage populaire du soufisme, tout en révélant parfois des tensions internes avec des visions plus rigoureuses de l’islam.

    Figures fondatrices et expansion sahélienne

    Le récit revient sur Sidi Ahmed Tijani, né en Algérie au XVIIIè siècle et mort à Fès, fondateur de la Tijaniyya, très influente en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal. Le lien est établi avec Moulay Idriss, figure historique du Maroc et symbole d’une sainteté originelle. Ces deux héritages illustrent l’imbrication entre politique, spiritualité et territoire.

    La Qadiriyya, plus ancienne et née à Bagdad au XIè siècle, s’ancre davantage dans la loi, tandis que la Tijaniyya valorise davantage la voie. Les deux approches sont complémentaires, et leur diffusion au Sahara témoigne d’une grande plasticité des formes soufies.

    Le soufisme s’est diffusé par les routes commerciales et diplomatiques, jusqu’aux empires du Mali et du Niger. En Afrique de l’Ouest, les confréries deviennent de puissantes structures sociales et spirituelles : Tijaniyya, Qadiriyya, mais aussi la Mouridiyya, fondée par Cheikh Ahmadou Bamba, résistante à la colonisation et fondée sur le travail et l’éducation.

    Le soufisme, une réforme de vie

    Ali Benmakhlouf définit le soufisme comme la réforme de soi, fondée sur l’humilité, le don, l’éveil intérieur, l’écoute et la méditation.

    Il rejette l’opposition simpliste entre «islam noir soufi» et «islam arabe rigoriste», qu’il qualifie de stéréotype colonial. Le jihadisme n’est pas de l’islam : il découle de misère sociale, de manipulations idéologiques et surtout de l’effondrement des États.

    Le soufisme est aussi un projet intellectuel, nourri par l’étude du droit, de la logique et de la grammaire. Les penseurs comme Averroès ou Avicenne illustrent un islam rationnel, nuancé, capable d’accompagner la modernité. Leur héritage, remis en valeur par des chercheurs contemporains, constitue un antidote philosophique au dogmatisme.

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  • Peut-on débattre de façon raisonnée des esclavages ?
    Feb 20 2026
    Elgas et ses invités abordent ce dimanche un sujet ô combien sensible, celui des esclavages. Longue séquence de l’histoire, tout particulièrement des peuples noirs mais pas seulement. Un héritage lourd, fait de blessures indélébiles, de mémoires traumatiques et de volontés de réparations. Peut-on, sur une matière qui colore les affects, faire une synthèse apaisée ? C’est le pari du livre « Les fers et le fouet, une histoire raisonnée de l’esclavage » du journaliste Vincent Hugeux, disséqué par deux historiens spécialistes de la question. Avec la participation de : Vincent Hugeux, journaliste et auteur de « Les fers et le fouet – Une histoire raisonnée de l’esclavage » (éd. Perrin) Dominique Rogers, historienne, maîtresse de conférence en Histoire moderne à l'Université des Antilles et chercheuse au CNRS M’hamed Oualdi, historien, auteur de « L’esclavage dans les mondes musulmans » (éd. Amsterdam). Pour aller plus loin L’émission ouvre un débat sur l’esclavage, présenté comme un phénomène ancien, mondial et toujours brûlant d’actualité. Son héritage est décrit comme lourd : mémoires traumatiques, conflits politiques ravivés, racisme et séquelles coloniales. À partir du livre Les Fers et le Fouet, de Vincent Hugeux, publié chez Éditions Perrin, la discussion cherche à produire une synthèse apaisée sur un sujet hautement sensible. L’auteur revendique une « histoire raisonnée » : éviter à la fois l’érudition inaccessible et les pamphlets militants. Son ambition est de restituer la complexité des faits, sans essentialisme ni anachronisme, en s’appuyant sur les travaux d’historiens. Face à lui, les historiens Dominique Rogers et M'hamed Oualdi s’accordent sur la nécessité de défendre une approche rigoureuse dans un contexte où les débats publics sont souvent polarisés. Diversité des traites et responsabilités partagées Le livre embrasse un large spectre : traite transatlantique, traite transaharienne, esclavage interne à l’Afrique et aux mondes musulmans. Concernant la traite atlantique, environ 12 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques sur quatre siècles, dans un système à forte intensité économique. Les traites transahariennes et orientales, étalées sur plus d’un millénaire, concernèrent également plusieurs millions de personnes. Les intervenants insistent sur la nécessité de comparer ce qui est comparable : temporalités, volumes, logiques économiques. La traite transatlantique se distingue par son ampleur, sa dimension industrielle et son rôle dans l’essor du capitalisme moderne. Mais la traite intra-africaine, antérieure et postérieure à l’arrivée des Européens, est également abordée sans tabou : des royaumes africains ont participé à la capture et à la vente de captifs, souvent dans des logiques de guerre ou de rivalités politiques. Les religions monothéistes ne sont pas exemptes d’ambiguïtés. Des justifications théologiques ont circulé dans les traditions chrétienne et musulmane. Toutefois, les pratiques et interprétations ont évolué selon les contextes, et des courants abolitionnistes ont aussi émergé au sein de ces sociétés. Résistances, mémoires et réparations L’émission insiste sur l’« agentivité » des esclaves : loin d’être passifs, ils se sont révoltés, ont fui, écrit, négocié, reconstruit des familles et des cultures. Les révoltes, les marronnages et les luttes abolitionnistes rappellent que les esclaves furent des acteurs de leur propre histoire. Le rôle des Lumières est nuancé : si elles ont porté une critique de la traite, nombre de penseurs restèrent ambigus sur l’institution esclavagiste elle-même. L’abolition ne fut ni immédiate ni linéaire, et résulta de compromis politiques autant que de mobilisations. Enfin, la question des réparations demeure ouverte. Reconnaissance symbolique, compensations financières, transmission mémorielle : les pistes sont multiples et controversées. Les intervenants soulignent l’importance d’inscrire cette histoire dans l’espace public, les musées et l’enseignement, afin d’en faire une histoire commune. L’enjeu est de conjuguer vérité historique, justice et apaisement, sans réduire les sociétés contemporaines à leur passé, mais sans l’éluder non plus.
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    39 min
  • Les Béninois face à leurs historiens
    Feb 13 2026

    Á quoi ressemblait l’Afrique militaire avant la colonisation ? Quels sont les liens entre le continent africain et Haïti ? A-t-on toujours besoin d’appui extérieur pour raconter l’histoire africaine ? À l’occasion de la Black History Week 2026, Elgas a réuni sur son plateau des acteurs de la société béninoise et des historiens pour un échange direct.

    Avec la participation de l’historien béninois Dieudonné Gnammankou et de Sylvestre Edjekpoto, historien et directeur de l'institut Afrique décide.

    Pour aller plus loin Un dialogue franc autour de la mémoire à Ouidah

    À l’occasion de la Black History Week, inspirée de la Black History Month, l’émission Afrique, mémoires d’un continent s’est installée à Ouidah, à l’Institut Afrique Décide. L’objectif : ouvrir un dialogue direct entre historiens et citoyens sur la mémoire de l’esclavage et l’histoire africaine. Dans un contexte marqué par la défiance, les récits falsifiés et le sentiment d’une histoire confisquée, deux historiens béninois, Dieudonné Gnammancou et Sylvestre Edjekpoto ont répondu sans tabou aux questions du public.

    Les interventions révèlent un malaise partagé : beaucoup estiment que l’histoire africaine est insuffisamment enseignée, mal diffusée ou peu accessible. Pourtant, des travaux majeurs existent, notamment l’Histoire générale de l’Afrique publiée par l’UNESCO depuis les années 1970. Le problème réside moins dans l’absence de recherche que dans sa vulgarisation, son financement et son intégration dans les programmes scolaires. Les historiens plaident pour une meilleure accessibilité : traductions en langues nationales, documentaires, albums pour enfants, émissions radios et valorisation des noms de rue comme supports de transmission.

    La discussion aborde aussi l’origine du royaume du Dahomey, la réhabilitation des figures oubliées et des résistances africaines, ainsi que la nécessité d’écrire une histoire générale du Bénin par les historiens béninois eux-mêmes.

    Mémoire, réparation et enjeux contemporains

    Le débat s’élargit aux polémiques persistantes sur l’esclavage et la colonisation. Face aux discours révisionnistes ou aux tentatives de minimisation des crimes, les historiens évoquent la question centrale de l’impunité. L’esclavage et la colonisation, qualifiés de crimes contre l’humanité, n’ont pas fait l’objet de véritables sanctions ni de réparations. Tant que ces questions ne seront pas pleinement reconnues et traitées, elles continueront de susciter tensions et controverses.

    Enfin, la question du tourisme mémoriel à Ouidah est abordée. Peut-on transformer des lieux de souffrance en espaces touristiques ? Les intervenants défendent l’idée d’un tourisme de reconnexion et de vérité, visant à réunir des peuples séparés par l’histoire. Le futur Musée international de la mémoire et de l’esclavage entend d’ailleurs mettre en avant non seulement la traite négrière, mais aussi l’Afrique d’avant l’esclavage, afin de restaurer la dignité historique des sociétés africaines.

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    39 min
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