Afrique, mémoires d’un continent suit l’évolution de la vie religieuse et de la cohabitation entre la Chrétienté et l’Islam en Ethiopie, du 4ème au 16ème siècle. Comment se passe cette cohabitation ? Pacifique ? Paix armée ? Djihad ? Quelle place pour les païens et le judaïsme ?
Avec la participation de l’historienne et archéologue Marie-Laure Derat, auteure de L'Éthiopie chrétienne et islamique (VIIè-XVIè siècle). L'Afrique ancienne. De l'Accus au Zimbabwe. 20 000 avant notre ère - XVIIè siècle (éd. Belin).
Pour aller plus loin L’émission retrace l’histoire religieuse de l’Éthiopie entre le IVè et le XVIè siècle, en prenant pour point de départ le royaume d’Aksum. Ce royaume antique, situé au nord de l’Éthiopie et relié au port d’Adoulis sur la mer Rouge, est un carrefour commercial majeur en lien avec de grands empires comme Rome. Sa prospérité repose sur le commerce (or, ivoire, esclaves) et sur une élite puissante qui développe une culture monumentale.
Le royaume d’Aksum et la christianisation de l’Éthiopie Au IVè siècle, le roi Ezana se convertit au christianisme, marquant un tournant décisif. Cette conversion s’explique en partie par les échanges commerciaux qui favorisent la diffusion des idées religieuses, mais aussi par l’action de missionnaires comme Frumentius. Le christianisme s’implante progressivement grâce aux routes commerciales et à l’existence d’une langue écrite, le guèze, utilisée pour traduire les textes sacrés.
Cette nouvelle religion s’inscrit dans un contexte déjà marqué par des croyances polythéistes évoluant vers le monothéisme. Elle donne naissance à de nombreux lieux de culte et à une riche tradition religieuse qui structure durablement la société éthiopienne.
L’arrivée de l’islam et une mosaïque religieuse complexe À partir du VIIè siècle, l’islam fait son apparition en Éthiopie, notamment avec l’accueil de compagnons du prophète en fuite. Bien accueillis par le pouvoir aksoumite, ils laissent des traces durables, notamment dans la région de Nagash. L’islam se diffuse ensuite lentement, surtout par les réseaux commerciaux, comme le christianisme auparavant.
Cependant, les sources restent limitées, et les traces archéologiques, comme les épitaphes musulmanes, apparaissent surtout entre le Xè et le XIIè siècle. La cohabitation entre christianisme et islam varie selon les périodes : elle peut être pacifique, mais aussi marquée par des tensions ou des destructions, notamment de sites religieux.
Parallèlement, d’autres croyances persistent, comme des pratiques dites « païennes » ou encore des formes de judaïsme, souvent liées à des dynamiques de résistance. L’Éthiopie apparaît ainsi comme une véritable mosaïque religieuse où plusieurs traditions coexistent, interagissent et évoluent.
Conflits, dynasties et héritages durables Après le déclin d’Aksum au VIIè siècle, de nouvelles dynasties prennent le relais, comme les Zagwé avec le roi Lalibela, célèbre pour ses églises taillées dans la roche, ou les Salomoniens, qui revendiquent une origine biblique. Ces périodes marquent un renouveau du christianisme et un renforcement des liens avec l’Église d’Alexandrie.
Toutefois, à partir du XIVè siècle, les tensions s’accentuent. Le roi Amda Seyon mène des campagnes militaires contre musulmans et populations non chrétiennes, inaugurant une phase de conflits plus ouverts. Au XVIè siècle, le djihad mené par l’imam Ahmad bouleverse l’équilibre régional, avant l’intervention des Portugais en faveur du royaume chrétien.
Malgré ces affrontements, les sociétés restent interdépendantes, notamment sur le plan économique. Aujourd’hui encore, l’Éthiopie conserve les traces de cette histoire longue, avec une coexistence de plusieurs religions héritée de siècles d’échanges, de rivalités et d’influences croisées.