Épisodes

  • Bénin : Solange et Géraldine Faladé, soeurs et pionnières d'un élan féministe
    Mar 6 2026

    Solange et Géraldine Faladé, deux soeurs issues de l'élite dahoméenne, ont chacune à leur manière participé aux grands combats intellectuels et politiques des années 50 et 60. Entre psychanalyse, militantisme et écriture, elles ont contribué à mettre en lumière les luttes et les figures pionnières des femmes africaines.

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  • De Fès à Tombouctou, résonances africaines du soufisme
    Feb 27 2026

    La mémoire du continent explore l’histoire du soufisme et ses résonances africaines. Des deux côtés du Sahara, itinérance historique de Fès à Tombouctou, sans oublier la corne de l’Afrique, lieu où s’est écrit une belle page des interconnexions religieuses continentales. Branche, incarnation, les mots peuvent varier pour définir cet élan de l’islam, fait de quête mystique, intérieure, de vitalité confrérique, de lieux mémoriels, et de fidèles transnationaux.

    Le soufisme, à l’heure des périls sécuritaires au Sahel, de la gangrène jihadiste, et des idées reçues sur l’islam politique.

    Une émission enregistrée à Casablanca dans le cadre de la 2ème édition du festival Amwaj dédié aux podcasts et à la création sonore, et organisé par l'association Longueur d'Ondes (Brest, France), le studio indépendant Les Bonnes Ondes et l’Institut français.

    Avec la participation du Pr Ali Benmakhlouf, philosophe et professeur émérite à l’Université Paris-Est Créteil et à l’Université Mohammed VI Polytechnique du Maroc.

    Et une chronique de Sami Lakmahri, journaliste pour le site d’information marocain Le Desk.

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    Ali Benmakhlouf, philosophe marocain, présente le soufisme, tradition islamique fondée sur la quête intérieure, la mémoire spirituelle et les réseaux confrériques transnationaux. Né à Fès, il raconte son héritage familial religieux, et la ville de Fès marquée par de nombreuses Zaouïas, lieux d’éloge du Prophète et de pratiques mystiques. Ces espaces montrent l'ancrage populaire du soufisme, tout en révélant parfois des tensions internes avec des visions plus rigoureuses de l’islam.

    Figures fondatrices et expansion sahélienne

    Le récit revient sur Sidi Ahmed Tijani, né en Algérie au XVIIIè siècle et mort à Fès, fondateur de la Tijaniyya, très influente en Afrique de l’Ouest, notamment au Sénégal. Le lien est établi avec Moulay Idriss, figure historique du Maroc et symbole d’une sainteté originelle. Ces deux héritages illustrent l’imbrication entre politique, spiritualité et territoire.

    La Qadiriyya, plus ancienne et née à Bagdad au XIè siècle, s’ancre davantage dans la loi, tandis que la Tijaniyya valorise davantage la voie. Les deux approches sont complémentaires, et leur diffusion au Sahara témoigne d’une grande plasticité des formes soufies.

    Le soufisme s’est diffusé par les routes commerciales et diplomatiques, jusqu’aux empires du Mali et du Niger. En Afrique de l’Ouest, les confréries deviennent de puissantes structures sociales et spirituelles : Tijaniyya, Qadiriyya, mais aussi la Mouridiyya, fondée par Cheikh Ahmadou Bamba, résistante à la colonisation et fondée sur le travail et l’éducation.

    Le soufisme, une réforme de vie

    Ali Benmakhlouf définit le soufisme comme la réforme de soi, fondée sur l’humilité, le don, l’éveil intérieur, l’écoute et la méditation.

    Il rejette l’opposition simpliste entre «islam noir soufi» et «islam arabe rigoriste», qu’il qualifie de stéréotype colonial. Le jihadisme n’est pas de l’islam : il découle de misère sociale, de manipulations idéologiques et surtout de l’effondrement des États.

    Le soufisme est aussi un projet intellectuel, nourri par l’étude du droit, de la logique et de la grammaire. Les penseurs comme Averroès ou Avicenne illustrent un islam rationnel, nuancé, capable d’accompagner la modernité. Leur héritage, remis en valeur par des chercheurs contemporains, constitue un antidote philosophique au dogmatisme.

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  • Peut-on débattre de façon raisonnée des esclavages ?
    Feb 20 2026
    Elgas et ses invités abordent ce dimanche un sujet ô combien sensible, celui des esclavages. Longue séquence de l’histoire, tout particulièrement des peuples noirs mais pas seulement. Un héritage lourd, fait de blessures indélébiles, de mémoires traumatiques et de volontés de réparations. Peut-on, sur une matière qui colore les affects, faire une synthèse apaisée ? C’est le pari du livre « Les fers et le fouet, une histoire raisonnée de l’esclavage » du journaliste Vincent Hugeux, disséqué par deux historiens spécialistes de la question. Avec la participation de : Vincent Hugeux, journaliste et auteur de « Les fers et le fouet – Une histoire raisonnée de l’esclavage » (éd. Perrin) Dominique Rogers, historienne, maîtresse de conférence en Histoire moderne à l'Université des Antilles et chercheuse au CNRS M’hamed Oualdi, historien, auteur de « L’esclavage dans les mondes musulmans » (éd. Amsterdam). Pour aller plus loin L’émission ouvre un débat sur l’esclavage, présenté comme un phénomène ancien, mondial et toujours brûlant d’actualité. Son héritage est décrit comme lourd : mémoires traumatiques, conflits politiques ravivés, racisme et séquelles coloniales. À partir du livre Les Fers et le Fouet, de Vincent Hugeux, publié chez Éditions Perrin, la discussion cherche à produire une synthèse apaisée sur un sujet hautement sensible. L’auteur revendique une « histoire raisonnée » : éviter à la fois l’érudition inaccessible et les pamphlets militants. Son ambition est de restituer la complexité des faits, sans essentialisme ni anachronisme, en s’appuyant sur les travaux d’historiens. Face à lui, les historiens Dominique Rogers et M'hamed Oualdi s’accordent sur la nécessité de défendre une approche rigoureuse dans un contexte où les débats publics sont souvent polarisés. Diversité des traites et responsabilités partagées Le livre embrasse un large spectre : traite transatlantique, traite transaharienne, esclavage interne à l’Afrique et aux mondes musulmans. Concernant la traite atlantique, environ 12 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques sur quatre siècles, dans un système à forte intensité économique. Les traites transahariennes et orientales, étalées sur plus d’un millénaire, concernèrent également plusieurs millions de personnes. Les intervenants insistent sur la nécessité de comparer ce qui est comparable : temporalités, volumes, logiques économiques. La traite transatlantique se distingue par son ampleur, sa dimension industrielle et son rôle dans l’essor du capitalisme moderne. Mais la traite intra-africaine, antérieure et postérieure à l’arrivée des Européens, est également abordée sans tabou : des royaumes africains ont participé à la capture et à la vente de captifs, souvent dans des logiques de guerre ou de rivalités politiques. Les religions monothéistes ne sont pas exemptes d’ambiguïtés. Des justifications théologiques ont circulé dans les traditions chrétienne et musulmane. Toutefois, les pratiques et interprétations ont évolué selon les contextes, et des courants abolitionnistes ont aussi émergé au sein de ces sociétés. Résistances, mémoires et réparations L’émission insiste sur l’« agentivité » des esclaves : loin d’être passifs, ils se sont révoltés, ont fui, écrit, négocié, reconstruit des familles et des cultures. Les révoltes, les marronnages et les luttes abolitionnistes rappellent que les esclaves furent des acteurs de leur propre histoire. Le rôle des Lumières est nuancé : si elles ont porté une critique de la traite, nombre de penseurs restèrent ambigus sur l’institution esclavagiste elle-même. L’abolition ne fut ni immédiate ni linéaire, et résulta de compromis politiques autant que de mobilisations. Enfin, la question des réparations demeure ouverte. Reconnaissance symbolique, compensations financières, transmission mémorielle : les pistes sont multiples et controversées. Les intervenants soulignent l’importance d’inscrire cette histoire dans l’espace public, les musées et l’enseignement, afin d’en faire une histoire commune. L’enjeu est de conjuguer vérité historique, justice et apaisement, sans réduire les sociétés contemporaines à leur passé, mais sans l’éluder non plus.
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  • Les Béninois face à leurs historiens
    Feb 13 2026

    Á quoi ressemblait l’Afrique militaire avant la colonisation ? Quels sont les liens entre le continent africain et Haïti ? A-t-on toujours besoin d’appui extérieur pour raconter l’histoire africaine ? À l’occasion de la Black History Week 2026, Elgas a réuni sur son plateau des acteurs de la société béninoise et des historiens pour un échange direct.

    Avec la participation de l’historien béninois Dieudonné Gnammankou et de Sylvestre Edjekpoto, historien et directeur de l'institut Afrique décide.

    Pour aller plus loin Un dialogue franc autour de la mémoire à Ouidah

    À l’occasion de la Black History Week, inspirée de la Black History Month, l’émission Afrique, mémoires d’un continent s’est installée à Ouidah, à l’Institut Afrique Décide. L’objectif : ouvrir un dialogue direct entre historiens et citoyens sur la mémoire de l’esclavage et l’histoire africaine. Dans un contexte marqué par la défiance, les récits falsifiés et le sentiment d’une histoire confisquée, deux historiens béninois, Dieudonné Gnammancou et Sylvestre Edjekpoto ont répondu sans tabou aux questions du public.

    Les interventions révèlent un malaise partagé : beaucoup estiment que l’histoire africaine est insuffisamment enseignée, mal diffusée ou peu accessible. Pourtant, des travaux majeurs existent, notamment l’Histoire générale de l’Afrique publiée par l’UNESCO depuis les années 1970. Le problème réside moins dans l’absence de recherche que dans sa vulgarisation, son financement et son intégration dans les programmes scolaires. Les historiens plaident pour une meilleure accessibilité : traductions en langues nationales, documentaires, albums pour enfants, émissions radios et valorisation des noms de rue comme supports de transmission.

    La discussion aborde aussi l’origine du royaume du Dahomey, la réhabilitation des figures oubliées et des résistances africaines, ainsi que la nécessité d’écrire une histoire générale du Bénin par les historiens béninois eux-mêmes.

    Mémoire, réparation et enjeux contemporains

    Le débat s’élargit aux polémiques persistantes sur l’esclavage et la colonisation. Face aux discours révisionnistes ou aux tentatives de minimisation des crimes, les historiens évoquent la question centrale de l’impunité. L’esclavage et la colonisation, qualifiés de crimes contre l’humanité, n’ont pas fait l’objet de véritables sanctions ni de réparations. Tant que ces questions ne seront pas pleinement reconnues et traitées, elles continueront de susciter tensions et controverses.

    Enfin, la question du tourisme mémoriel à Ouidah est abordée. Peut-on transformer des lieux de souffrance en espaces touristiques ? Les intervenants défendent l’idée d’un tourisme de reconnexion et de vérité, visant à réunir des peuples séparés par l’histoire. Le futur Musée international de la mémoire et de l’esclavage entend d’ailleurs mettre en avant non seulement la traite négrière, mais aussi l’Afrique d’avant l’esclavage, afin de restaurer la dignité historique des sociétés africaines.

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  • Biafra : au Nigeria, la famine, la guerre et la mémoire
    Feb 6 2026

    Près de deux millions de morts, par les balles, les armes blanches et la famine. Des enfants au corps rachitique, captés par les photographes du monde entier, clichés qui deviendront les mascottes d'une Afrique peinte sous le jour du malheur. Si la guerre du Biafra n'opère plus vraiment, glissant doucement au fil des décennies vers l'oubli, sa charge, elle, reste douloureuse.

    Pour aller plus loin La guerre du Biafra : une mémoire douloureuse

    À la fin des années 1960, le Nigeria est plongé dans l’une des guerres civiles les plus meurtrières du continent africain : la guerre du Biafra. Ce conflit, marqué par des violences extrêmes, la famine et la mort de près de deux millions de personnes, a profondément fracturé le pays et laissé une trace durable dans la mémoire collective. Les images d’enfants affamés, diffusées dans le monde entier, ont façonné une représentation tragique de l’Afrique et révélé l’ampleur du drame humain.

    Les racines d’un conflit complexe

    Pour comprendre le Biafra, il faut revenir à l’histoire du Nigeria, un État issu de la colonisation britannique, construit sur des divisions ethniques, religieuses et géographiques. Entre un Nord majoritairement musulman et un Sud plus chrétien et animiste, les tensions se sont accentuées après l’indépendance de 1960. Les rivalités politiques, les inégalités économiques et la convoitise des ressources pétrolières ont nourri un climat d’instabilité, menant aux coups d’État militaires et à la sécession de la région orientale en 1967.

    Une tragédie aux dimensions internationales

    La guerre du Biafra dépasse rapidement le cadre nigérian : elle devient un enjeu international, impliquant des puissances étrangères et suscitant une mobilisation humanitaire mondiale. Entre interventions militaires, rivalités coloniales et médiatisation massive, le conflit révèle les contradictions de l’ordre postcolonial. Si le Nigeria est finalement réunifié en 1970, le traumatisme du Biafra demeure, rappelant les dangers des divisions et l’importance de la mémoire pour prévenir de nouvelles tragédies.

    Choix musical : « Uso Ndu », de Celestine Ukwu

    À lire également : « L'autre moitié du soleil », de Chimamanda Ngozi Adichie.

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  • De Carthage à 1830, la Tunisie au fil des influences
    Jan 28 2026

    Direction le nord de l’Afrique pour raconter la Tunisie, de Carthage à 1830. Une histoire fascinante pour avoir abrité dominations romaine, arabe, ottomane ou encore française, faite de bouleversements, de rebondissements, de guerres, de traités de paix. Comment ce petit pays, à la géographie singulière, a-t-il façonné ses identités ? De quelles façons sa morphologie, sa position et ses caractéristiques expliquent-elles son histoire ?

    Avec la participation de l’historienne Sophie Bessis, autrice de « Histoire de la Tunisie : de Carthage à nos jours » (éd. Tallandier).

    Pour en savoir plus : Une histoire façonnée par la géographie et les conquêtes

    La Tunisie possède une histoire d’une grande richesse, marquée par des conquêtes, des résistances et des influences multiples. Sa position géographique, à la pointe nord-est de l’Afrique et au cœur de la Méditerranée, en fait un espace ouvert sur l’extérieur. Cette situation explique la succession de dominations – phénicienne, romaine, arabe, ottomane et française – qui ont profondément façonné ses identités. Plus qu’une « exception », Sophie Bessis préfère parler de singularité tunisienne, construite dans le temps long, sans référence à une norme universelle.

    Carthage et l’Antiquité : un héritage fondateur

    Carthage, fondée dans le cadre de l’expansion phénicienne, devient une grande puissance maritime et commerciale. Sa civilisation punique résulte d’un mélange entre apports phéniciens et populations berbères locales. Malgré sa puissance, Carthage entre en conflit avec Rome lors des guerres puniques, dont la figure emblématique est Hannibal. Battue définitivement en 146 av. J.-C., Carthage est détruite, mais son héritage perdure dans l’Afrique romaine, fortement urbanisée, prospère et christianisée, donnant naissance à de grandes figures comme Saint Augustin.

    De l’islamisation à la Tunisie contemporaine

    La conquête arabe, plus lente qu’en Orient, s’explique par la fragmentation politique du Maghreb et les résistances berbères. L’islamisation ne s’accompagne pas immédiatement de l’arabisation, qui s’intensifie surtout à partir du XIè siècle. Des villes comme Kairouan et Tunis deviennent des centres majeurs. La Tunisie connaît ensuite des dynasties musulmanes, puis l’intégration à l’Empire ottoman sous la régence de Tunis. L’histoire tunisienne apparaît ainsi comme un « millefeuille » de strates culturelles, dont les héritages multiples continuent de façonner la Tunisie d’aujourd’hui.

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  • L’Afrique au cœur de l’âme haïtienne
    Jan 22 2026

    La mémoire du continent met en miroir deux histoires, deux trajectoires, pour tenter de comprendre les liens entre Haïti et l’Afrique. L’île des Caraïbes entretient avec le continent une relation fondée sur l’héritage historique et identitaire. La société haïtienne est issue en grande partie de populations africaines déportées pendant l’esclavage, et cette origine se reflète dans les valeurs, les croyances et les pratiques culturelles du pays.

    L’indépendance d’Haïti en 1804 a aussi eu une portée symbolique pour l’Afrique, en ouvrant la voie à l’émancipation, en inspirant les luttes contre la colonisation et l’esclavage. Aujourd’hui, ces liens se manifestent par des échanges culturels, académiques, politiques et diplomatiques, mais également par un sentiment de parenté historique.

    Avec la participation de :

    - Philomé Robert, journaliste et écrivain, auteur de « Port-au-Prince Cotonou, un écho sans retour » (Caraïbéditions)

    - Céline Labrune-Badiane, historienne et co-autrice de « Les hussards noirs de la colonie » (éd. Karthala).

    Pour en savoir plus :

    Cette émission met en parallèle deux trajectoires historiques et culturelles pour éclairer la profondeur des relations entre Haïti et l’Afrique. Née de l’esclavage et de la déportation, cette relation est à la fois charnelle, spirituelle et historique. Haïti, première République noire indépendante en 1804, s’est imposée comme un symbole universel de lutte et d’émancipation, tout en conservant en son sein de puissants héritages africains transmis par les captifs : croyances, valeurs, cultures et résistances.

    Circulations intellectuelles et diasporas haïtiennes en Afrique

    À partir de la fin du XIXᵉ siècle, et surtout après la Seconde Guerre mondiale, des intellectuels, artistes et professionnels haïtiens migrent vers l’Afrique, notamment lors des indépendances. Cette dynamique s’intensifie sous la dictature de Duvalier, qui pousse de nombreuses élites à l’exil. Des figures majeures comme Jean Price-Mars jouent un rôle central dans l’émergence de la négritude, que Senghor reconnaît comme ayant pris racine à Haïti. Les Haïtiens contribuent alors activement à la construction des nouveaux États africains, en particulier au Sénégal, au Bénin et au Congo, dans les domaines de l’éducation, de la culture, de la médecine et des arts.

    Spiritualité, mémoire et avenir du lien afro-haïtien

    Le vaudou incarne l’un des liens les plus profonds entre Haïti et l’Afrique, survivance spirituelle et matrice de la révolution haïtienne. Cette continuité nourrit un sentiment de retour symbolique ou réel vers la terre des ancêtres, comme en témoigne le roman de Philomé Robert. Malgré des tentatives diplomatiques inabouties, notamment avec l’Union africaine, le lien reste vivant. Pour les intervenants, l’histoire entre Haïti et l’Afrique n’est pas achevée : elle demeure ouverte, à réinventer à travers la culture, la mémoire et de nouvelles formes de coopération.

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  • Noirs d’Europe : cinq siècles de présence et d’histoire
    Jan 16 2026

    Avec son invité, l’historien Dieudonné Gnammancou, Elgas retrace les courants qui ont dispersé les Africains dans le monde, et plus particulièrement en Europe, pour former cette diaspora noire dont le profil démographique évolue à travers les siècles. Les représentations, œuvres d’art, pièces de monnaie, vases, entres autres, témoignent d’une histoire longue. Les Égyptiens furent ainsi les premiers peuples africains à entretenir des relations avec les Grecs, avec des influences mutuelles.

    Au fil du temps, cette présence se fera aussi par les soldats, dans l’expansion musulmane en Espagne et sa péninsule ibérique dès le VIIème siècle. Et voici donc ouverts les chemins que les traites et l’esclavage agrandiront.

    Avec la participation de l’historien Dieudonné Gnammankou, enseignant à l’Université Abomey-Calavi au Bénin et auteur de « Abraham Hanibal: l'aïeul noir de Pouchkine » (éd. Présence africaine).

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    Une présence africaine ancienne et continue en Europe

    L’émission retrace l’histoire longue et méconnue de la présence africaine et noire en Europe, bien antérieure à l’esclavage moderne. Dès l’Antiquité, des Africains sont attestés en Grèce, notamment à partir du XIIIè siècle avant Jésus-Christ. Des œuvres d’art, des textes littéraires et des vestiges archéologiques témoignent de liens étroits entre l’Égypte antique, l’Éthiopie et le monde grec. Ces relations reposaient sur des échanges intellectuels, religieux, militaires et commerciaux, favorisant des circulations humaines et culturelles durables. Des auteurs comme Homère ou Hérodote évoquent cette présence, reconnue et intégrée dans les sociétés antiques, avec des phénomènes de métissage et des rôles sociaux variés.

    Des rôles multiples : soldats, savants et figures de pouvoir

    Au fil des siècles, les Africains en Europe ont occupé des fonctions diverses : soldats lors des guerres antiques et médiévales, intellectuels, artistes, religieux et dirigeants. L’expansion arabo-musulmane à partir du VIIè siècle accélère cette dynamique, notamment en Espagne et en Méditerranée, où des milliers de soldats africains s’installent durablement. Des figures majeures émergent, comme Ziryab à Cordoue ou Juan Latino à Grenade, mais aussi des papes africains, des empereurs romains et des penseurs influents. Cette réalité contredit l’idée réductrice selon laquelle toute présence noire en Europe serait exclusivement liée à l’esclavage.

    Esclavage, diaspora et mémoire contemporaine

    À partir du XVè siècle, la traite négrière atlantique marque un tournant majeur et transforme profondément le regard européen sur l’Afrique et les Africains. Si l’esclavage explique une partie des flux, il ne résume pas l’histoire des diasporas africaines en Europe. Des relations diplomatiques, éducatives et politiques persistent, comme l’illustrent les parcours d’élites africaines envoyées dans les cours européennes.

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