Épisodes

  • Zeinab Badawi : «L’Afrique doit raconter sa propre histoire»
    Oct 9 2026

    « Tout le monde est originaire d’Afrique, aussi ce livre s’adresse-t-il à toutes et à tous ». Telle est la devise de Zeinab Badawi, l’invitée ce dimanche de la mémoire du continent, auteure de Une histoire africaine de l’Afrique. Plus de 500 pages pour raconter l’histoire d’un continent, de l’aube du l’humanité aux indépendances.

    Avec la participation de Zeinab Badawi, présidente de la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres et auteure de Une histoire africaine de l’Afrique (éd. du Faubourg).

    Pour aller plus loin

    L'ouvrage de Zeinab Badawi retrace plus de cinq siècles d’histoire africaine en s’appuyant sur les travaux de chercheurs africains : l’histoire du continent a longtemps été racontée à travers le regard occidental, notamment celui des explorateurs, des missionnaires et des administrateurs coloniaux mais cette approche a souvent négligé les traditions orales, les langues locales, les chants, les danses et les découvertes archéologiques. Son objectif est donc de redonner aux Africains la place qu’ils méritent dans le récit de leur propre histoire, sans pour autant rejeter les travaux des chercheurs occidentaux.

    Des civilisations africaines puissantes et des échanges qui ont façonné le continent

    L’auteure met en lumière la richesse des civilisations africaines, souvent éclipsées par les récits historiques traditionnels, comme par exemple le royaume de Kouch, au Soudan actuel, qui a construit plus de mille pyramides et dont les souverains ont conquis l’Égypte au VIIIe siècle avant notre ère. Elle évoque aussi la vallée du Nil qui a également favorisé la sédentarisation, l’agriculture, l’écriture et le développement des sociétés.

    Afrique mémoires d'un continent aborde ensuite la diffusion de l’islam à partir du VIIe siècle, qui a contribué aux échanges culturels et intellectuels. Des érudits africains ont écrit et conservé des textes, notamment dans les bibliothèques de Tombouctou. En Afrique de l’Ouest, l’Empire du Mali illustre cette prospérité : Mansa Moussa, mondialement célèbre pour son immense richesse en or, a marqué les esprits lors de son pèlerinage à La Mecque en 1324-1325. Son règne témoigne du rayonnement international des royaumes africains.

    Traites négrières, domination et enjeux de mémoire

    L'auteure rappelle également les conséquences des traites négrières orientale et transatlantique : souffrances, pertes humaines, et affaiblissement démographique et économique durable du continent. Elle explique également que la fin de l’esclavage est liée, selon son analyse, à la transformation du capitalisme marchand en capitalisme industriel, davantage intéressé par l’exploitation des ressources africaines et le maintien de la main-d’œuvre sur place que par le commerce des esclaves.

    Nos remerciements aux Rendez-vous de l'histoire de Blois pour leur accueil.

    Afficher plus Afficher moins
    39 min
  • Les Suds à l’épreuve des pensées décoloniales : de l’Amérique à l’Afrique
    Oct 2 2026

    Dans les années 1990, une idée émerge. Celle de déconstruire la colonisation et sa domination à travers ce qui reste comme la matrice, à savoir la colonialité du savoir. Ces pensées décoloniales ont leurs théoriciens. Ils s’appellent Anibal Quijano, ou encore Walter Mignolo, et ils reprennent un ouvrage ancien, politique, philosophique qui puise aussi dans les révoltes antérieures des colonisés pour proposer un nouveau chemin de résistance.

    Avec la participation de Lissell Quiroz, historienne péruvienne, enseignante à l’université de Cergy et co-auteure de « Les pensées décoloniales – Une introduction aux théories critiques d’Amérique latine » (éd. La découverte)

    Pour aller plus loin

    A la fin des années 1990, les pensées décoloniales apparaissent en Amérique latine. Elles cherchent à déconstruire les héritages de la colonisation et la domination occidentale en appuyant notamment leur réflexion sur la notion de « colonialité du pouvoir » développée par Aníbal Quijano.

    L’année 1492, date à laquelle les Européens ont découvert l'existence de l'Amérique, est présentée par l'historienne Lissell Quiroz comme un moment fondateur de cette histoire coloniale. Les puissances espagnole et portugaise vont imposer progressivement leur domination sur le continent américain, entraînant génocide, destruction des cultures et bouleversements démographiques majeurs : en 70 ans, 90% de la population est exterminée.

    Une réflexion nourrie par les luttes sociales

    Les pensées décoloniales s’inscrivent dans une longue histoire intellectuelle. Tandis que Frantz Fanon cherche à comprendre les effets psychologiques, culturels et politiques de la domination coloniale, Edward Saïd analyse la construction de l’opposition entre Occident et Orient.

    Les penseurs décoloniaux reprennent certaines de ces analyses tout en reprochant aux études postcoloniales de ne pas remonter suffisamment aux débuts de la colonisation américaine. Ils sont également influencés par la pensée marxiste, les théories de la dépendance, la théologie de la libération et les mouvements sociaux.

    La décolonialité ne se contente pas d'étudier le passé : elle cherche aussi à transformer les structures actuelles de domination et interroge notamment les musées, les systèmes éducatifs, les savoirs et la manière dont l’histoire est racontée et transmise.

    Des résonances entre l’Amérique latine et l’Afrique

    Il existe de nombreux points communs entre les expériences latino-américaine et africaine. Néanmoins, selon Lissell Quiroz, l’Afrique conserve davantage de langues, de traditions et de traces culturelles anciennes que l’Amérique latine.

    Enfin l'historienne revient sur les critiques émises à l'encontre des pensées décoloniales, accusées selon leurs détracteurs d’essentialisme ou de « wokisme ».

    Afficher plus Afficher moins
    39 min
  • Tchad : Idriss Déby, le dernier front
    Sep 11 2026

    Le 20 avril 2021, le président tchadien Idriss Déby meurt au front où il s’était rendu pour remobiliser ses troupes face à l’avancée fulgurante de la rébellion. Au Tchad, la stupeur est immense : celui qui venait d’être proclamé vainqueur de l’élection présidentielle disparaît brutalement, les armes à la main, au cœur même du conflit. En quelques heures, le pays bascule dans l’incertitude, face à la disparition soudaine du dirigeant qui le gouvernait d’une main de fer depuis plus de trente ans.

    Pour aller plus loin

    Le 20 avril 2021, le président tchadien Idriss Déby est annoncé mort alors qu’il se trouve sur le front. Il aurait succombé à des blessures reçues lors des combats contre la rébellion du Fact (Front pour l'alternance et la concorde au Tchad). La version officielle présente sa mort comme celle d’un chef mort « les armes à la main » mais les circonstances exactes de sa mort restent entourées de mystère.

    Les circonstances controversées de sa disparition

    Après l’annonce officielle, plusieurs hypothèses circulent sur les causes réelles de sa mort : certains évoquent un tir ennemi lors des affrontements avec les rebelles du Fact tandis que d’autres avancent l’hypothèse d’un règlement de comptes au sein de son clan ou de son armée. Une autre théorie évoque même un complot organisé par des responsables proches du pouvoir. Des journalistes de RFI ayant travaillé sur le sujet soulignent l’absence d’éléments suffisamment solides pour confirmer ces hypothèses. Le contexte des combats, le faible nombre de témoins directs et le silence de l’entourage compliquent l’enquête. Le récit officiel est également fragilisé par les trente années de pouvoir autoritaire de Déby. Les investigations journalistiques concluent donc que la vérité définitive reste difficile à établir, même si certains éléments recueillis tendent à confirmer la version d’une mort au front.

    Un héritage politique et militaire

    Idriss Déby était arrivé au pouvoir en 1990 après une longue carrière militaire et une rébellion contre Hissène Habré.

    Pendant trente ans, il dirige le Tchad d’une main ferme en s’appuyant largement une armée réputée courageuse et efficace, mais traversée par des rivalités et des appartenances communautaires.

    Après la mort de Déby, son fils Mahamat Idriss Déby prend la tête d’un Conseil militaire de transition, et reprend ainsi une partie de l’héritage politique et militaire de son père.

    Afficher plus Afficher moins
    39 min
  • La revue Présence africaine, carrefour des mondes noirs
    Sep 18 2026

    À l’occasion du 70ème anniversaire du 1er congrès des écrivains et artistes noirs organisé par Alioune DIOP, fondateur de Présence Africaine, Afrique mémoires d’un continent retrace l’histoire de cette revue qui a joué un rôle majeur dans la diffusion des idées liées à la négritude, aux indépendances africaines et au dialogue entre l’Afrique, les Caraïbes et le reste du monde.

    Avec la participation de :

    • Boniface Mongo-Mboussa, essayiste et critique littéraire, rédacteur en chef de la revue Présence africaine
    • Sarah Frioux-Salgas, archiviste au musée du Quai Branly-Jacques Chirac
    • Diana Alima Cissé, chercheuse associée au programme Afriques de Noria et fondatrice du Festival International du Film documentaire Gëstu de Dakar.
    Pour aller plus loin

    La revue Présence africaine naît à Paris en 1947 autour d’Alioune Diop, dans un contexte de réflexion sur les mondes noirs et la décolonisation.Le premier numéro, qui paraît en novembre-décembre 1947, constitue rapidement un espace majeur de publication et de débat. Des initiatives comme La Revue du Monde noir et L’Étudiant noir avaient déjà favorisé le rassemblement des intellectuels africains et afro-descendants, mais Alioune Diop reprend cet héritage en cherchant à créer un lieu de dialogue entre différentes générations, langues et sensibilités. Il s’entoure de parrains intellectuels européens de sensibilités diverses, tout en conservant un comité de rédaction essentiellement africain.

    Une revue au cœur des combats intellectuels

    Présence africaine devient à la fois une revue, une maison d’édition, un réseau et une véritable tribune intellectuelle. Elle rassemble des écrivains, chercheurs et militants aux positions parfois très différentes, notamment autour des questions coloniales et culturelles. Sa fonction d’archive est essentielle : elle conserve des textes, poèmes, débats, comptes rendus de livres et témoignages sur les décolonisations. En 1958, la revue publie notamment Le Sang de Bandung, qui dénonce la guerre d’Algérie et les violences coloniales.

    De Bandung aux indépendances : un héritage durable

    En effet la conférence de Bandung en 1955 marque profondément Alioune Diop et nourrit le projet d’un rassemblement culturel des peuples noirs. Cette dynamique conduit au premier Congrès des écrivains et artistes noirs, organisé à la Sorbonne en 1956. Avec 70 participants venus de différentes régions du monde noir, le congrès est présenté comme un "Bandung culturel" dans le prolongement de l’affirmation politique des peuples colonisés.

    Présence africaine accompagne également les indépendances africaines en publiant des numéros spéciaux et des textes consacrés aux nouveaux États, et contribue à faire connaître les interventions des dirigeants africains à l’ONU, otamment grâce à des collections consacrées à l’Afrique et aux dirigeants politiques.

    Afficher plus Afficher moins
    39 min
  • Almoravides au XIème siècle : conquête, piété et naissance de l’empire des sables
    Sep 24 2026

    Au XIème siècle la dynastie berbère musulmane des Almoravides, appelés également Mourabitounes, règne sur une grande partie de l’ouest du Sahara et du Maghreb jusqu’au sud de la péninsule ibérique. Vers 1070, ils fondent Marrakech et en font leur capitale, avant de conquérir une grande partie d’Al-Andalus. Batailles emblématiques, identité composite, place des femmes, ascétisme religieux … L’histoire des Almoravides est à retrouver ce dimanche dans Afrique, mémoires d’un continent.

    Avec la participation de Elemine Ould Mohamed Baba, historien et géographe mauritanien spécialisé dans l'histoire du sud-ouest saharien et de la période médiévale.

    Afficher plus Afficher moins
    39 min
  • Anjanamasina : une histoire coloniale de la folie à Madagascar
    Sep 4 2026

    Dans son ouvrage, l’historien Raphaël Gallien revient sur une découverte archivistique majeure effectuée en 2019 : celle des archives et des dossiers relatifs aux personnes internées à Anjanamasina, considéré comme le premier établissement psychiatrique créé par l’administration coloniale française à Madagascar. Cette découverte apporte un éclairage nouveau sur l’histoire de la psychiatrie dans le contexte colonial ainsi que sur les pratiques d’internement mises en place dans l’île Rouge.

    Avec l’historien Raphaël Gallien, chargé de recherche au CNRS et auteur de À en perdre la raison : Folies et colonisation à Madagascar (éd. La Découverte).

    Pour aller plus loin

    Ouvert en 1912, l’asile psychiatrique d’Anjanamasina à Madagascar constitue le premier établissement de ce type dans l’Empire colonial français.

    L’asile devient un véritable laboratoire des politiques coloniales de santé, marquées par de fortes inégalités sociales et raciales. Son architecture reflète cette hiérarchie : les Européens disposent de pavillons plus confortables, tandis que les Malgaches sont placés dans des bâtiments plus éloignés et souvent surpeuplés.

    Notre invité l’historien Raphaël Gallien s’appuie sur près de 1 500 dossiers d’internés pour étudier cette histoire.

    Ces archives, longtemps reléguées dans un pavillon, ont été classées et numérisées afin d’être conservées.

    Elles permettent de découvrir les parcours individuels, les diagnostics, mais aussi les effets de la colonisation sur les personnes internées.

    La folie comme expression des tensions sociales et coloniales

    Les dossiers montrent que les délires des patients sont souvent liés à leur histoire personnelle et aux bouleversements provoqués par la colonisation. Les anciennes hiérarchies malgaches, notamment les lignages et les références à la royauté, restent très présentes dans les discours des internés. Certains utilisent ainsi la folie pour réaffirmer une origine prestigieuse ou contester leur déclassement social.

    La folie peut aussi parfois constituer une forme de résistance à l’ordre colonial.

    1947, la révolte et les traces de la décolonisation

    La révolte malgache de 1947 constitue un moment essentiel de l’histoire de l’asile et de la colonisation. La répression provoque des milliers de morts, des arrestations, des détentions et des traumatismes durables. Certains internés ont été torturés et arrivent à l’asile profondément détruits psychologiquement. La peur et les rumeurs liées à l’insurrection continuent également à influencer les comportements plusieurs années après les événements.

    Raphaël Gallien rappelle aussi que la société malgache possédait ses propres manières de comprendre et de prendre en charge la folie avant l’arrivée de la psychiatrie occidentale. La folie pouvait être associée à la religion, à la parenté, aux interdits ou à une forme de malédiction touchant l’ensemble du groupe.

    Aujourd’hui, l’ancien asile est devenu un hôpital universitaire qui cherche à dépasser son héritage carcéral.

    Afficher plus Afficher moins
    39 min
  • L'histoire de Boko Haram : racines, expansion et divisions
    Aug 28 2026

    Né en 2002 dans le nord-est du Nigeria sous l'impulsion de Mohamed Yusuf, Boko Haram s'est développé dans un contexte de profondes inégalités sociales, de fragilité économique et de tensions religieuses. Radicalisé à partir de 2009, le mouvement jihadiste a plongé la région dans une insurrection marquée par des massacres, des attentats et des enlèvements de masse, avec l'objectif d'imposer un État fondé sur une interprétation rigoriste de la charia.

    Malgré les offensives militaires, les scissions et l'émergence de groupes rivaux, Boko Haram continue de déstabiliser le bassin du lac Tchad. Comment expliquer la résilience de cette organisation plus de vingt ans après sa création ?

    Avec la participation de Vincent Foucher, historien et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

    Pour aller plus loin

    Groupe djihadiste apparu dans le nord-est du Nigeria, l'organisation Boko Haram s’inscrit dans une histoire ancienne marquée par les différences religieuses, politiques et sociales entre les régions du Nigeria.

    Dans les années 1970 à 1990, les courants salafistes et wahhabites gagnent progressivement en influence et un certain

    Mohamed Yusuf, influencé par le prédicateur salafiste Ja’afar Mahmud Adam, devient un orateur particulièrement populaire. Il critique les élites musulmanes jugées trop proches du pouvoir et développe un mouvement religieux de plus en plus radical.

    De la radicalisation aux violences de masse

    Au début des années 2000, Yusuf se rapproche progressivement du djihadisme. En juillet 2009, des affrontements opposent les partisans de Yusuf aux autorités nigérianes, provoquant plusieurs centaines de morts. Mohamed Yusuf est arrêté puis exécuté par la police, ce qui accélère la transformation du mouvement en organisation armée. Abubakar Shekau prend alors la direction du groupe et lance une campagne de vengeance contre les policiers, les responsables locaux et les opposants. Entre 2010 et 2013, Boko Haram développe un terrorisme urbain marqué par les attentats-suicides et les attaques contre les églises.

    Le groupe s'étend au-delà du Nigeria, notamment au Cameroun, au Niger et au Tchad, grâce aux liens sociaux et commerciaux transfrontaliers.

    Les combattants associent convictions religieuses, volonté de créer une société jugée plus juste et intérêts matériels liés au pillage et aux extorsions. Les massacres de Baga, Bama et d'autres localités deviennent particulièrement meurtriers en 2013-2015, tandis que l'enlèvement des lycéennes de Chibok en 2014 internationalise le conflit.

    La scission

    Une divergence importante apparaît autour du traitement des civils, Shekau considère même certains musulmans comme des « infidèles » lorsqu'ils ne soutiennent pas son mouvement.

    Cette doctrine provoque des dissidences, notamment la création d'Ansaru, puis rapproche certains dirigeants de Boko Haram de l'État islamique. En 2015, Shekau prête finalement allégeance à l'État islamique, mais refuse ensuite d'appliquer pleinement ses directives. L'année suivante, une faction dirigée notamment par Abou Moussab al-Barnawi

    se sépare et forme l'ISWAP qui privilégie une organisation plus structurée et limite les attaques contre les civils musulmans.

    Depuis la mort de Shekau en 2021, les deux factions continuent d'exister.

    Afficher plus Afficher moins
    39 min
  • David Diop : avec son héros Bilal Seck, 3 500 ans d'histoire du Sénégal à l'Égypte antique
    Jul 31 2026

    Dans Où s'adosse le ciel, l’auteur David Diop ne déroge pas à sa belle tradition de confesser l’histoire. À travers le voyage du griot Bilal Seck, son héros, de retour de La Mecque à la fin du XIXᵉ siècle, le récit fait dialoguer le Sénégal et l'Égypte ancienne. Le roman invité à réfléchir sur la transmission, l’exil et la quête des origines.

    Avec l’écrivain David Diop, auteur de Où s’adosse le ciel (éd. Julliard) et professeur de littérature à l’université de Pau.

    Pour aller plus loin

    Le roman Où s’adosse le ciel ? de David Diop mêle fiction, histoire et mémoire africaine. L’auteur, écrivain franco-sénégalais et professeur de littérature, nourrit son œuvre d’une profonde passion pour l’histoire qui lui vient notamment de son adolescence à Dakar et de son enseignante d’histoire.

    Il cite également l’influence majeure de Cheikh Anta Diop, dont les travaux ont contribué à réinscrire l’Égypte ancienne dans son contexte africain.

    David Diop explique qu’il utilise une documentation historique importante, mais qu’il préfère ensuite « oublier » les détails pour laisser place aux émotions des personnages, une méthode qu'il appelle la « mémoire affective » et qui permet de transformer les faits historiques en matière romanesque.

    Son héros, Bilal Seck, est présenté comme le 72ᵉ passeur d’une mémoire transmise de génération en génération.

    Le voyage de Bilal Seck

    L’histoire commence au Sénégal, à la fin du XIXᵉ siècle, dans le contexte de la colonisation française.

    Bilal Seck appartient à une famille de griots et possède un rôle essentiel de gardien et de transmetteur de la mémoire.

    Il entreprend un pèlerinage à La Mecque avec Yérim Tchao, un homme issu de la noblesse avec lequel il a grandi.

    Malgré leur amitié, les différences sociales et les préjugés liés à la « pureté du sang » finissent par provoquer une rupture entre eux.

    En 1893, une importante épidémie de choléra frappe les pèlerins et fait environ 30 000 victimes en un mois.

    Abandonné à Djeddah, Bilal doit alors entreprendre seul son retour vers l’Afrique, souvent à pied et en travaillant pour financer son voyage.

    Son périple le conduit notamment par la péninsule Arabique, l’Égypte et Djenné, avant son retour au Sénégal.

    L’Égypte, les origines et la transmission

    En Égypte, Bilal cherche à comprendre les récits qui relient les peuples sénégalais à l’Égypte antique.

    David Diop s’appuie sur des traditions orales rapportant plusieurs migrations anciennes depuis l’Égypte vers l’Afrique de l’Ouest.

    Le roman interroge ainsi les liens entre histoire écrite, traditions orales et mythes des origines. La figure du griot y occupe une place centrale. À travers Bilal et ses descendants, la transmission devient un véritable flambeau qui doit passer d’une génération à l’autre.

    Le roman pose enfin une question politique majeure : comment raconter l’histoire de l’Afrique sans la réduire aux récits construits par la colonisation ?

    Afficher plus Afficher moins
    39 min