Couverture de Autrement l'Histoire

Autrement l'Histoire

Autrement l'Histoire

De : Tim Girard
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À propos de ce contenu audio

Derrière les grandes dates de l’histoire, il y a des erreurs, des peurs et des décisions irréversibles. Chaque sujet plonge au cœur d’un moment fort du passé : une bataille, une révolution, une catastrophe, un crime, une croyance, un effondrement. L’objectif n’est pas d’apprendre des dates par cœur, mais de comprendre ce qui se passe, pourquoi ça arrive, et ce que cela change pour la suite. Autrement l’Histoire ne cherche ni à glorifier le passé ni à le juger avec les yeux d’aujourd’hui. Il s’agit de raconter ce qui s’est réellement passé, en s’appuyant sur les sources, tout en restant clair.Tim Girard
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    Épisodes
    • L'affaire Dreyfus : de l'erreur au mensonge d'état
      Feb 15 2026

      En septembre 1894, le contre-espionnage français récupère un document dans la corbeille de l'attaché militaire allemand à Paris : le bordereau, une liste manuscrite de renseignements militaires. Cette note non signée déclenche une enquête qui va diviser la France pendant douze ans.

      Le capitaine Alfred Dreyfus, officier juif alsacien de l'état-major, devient rapidement le suspect principal. Pourquoi lui ? Une ressemblance d'écriture contestée, mais aussi des préjugés tenaces. Dans la France de 1894, l'antisémitisme est puissant, et Dreyfus cumule les caractéristiques qui le rendent suspect : juif, alsacien, accès à des informations sensibles, personnalité peu sympathique. En octobre 1894, on le convoque pour une dictée-piège. Deux jours plus tard, il est arrêté. En décembre, condamné à la déportation perpétuelle lors d'un procès à huis clos où les juges reçoivent un dossier secret que la défense ne peut pas consulter. Le 5 janvier 1895, il est dégradé publiquement à l'École militaire, puis déporté à l'île du Diable, en Guyane. L'affaire semble close.

      Mais elle commence à peine. La famille Dreyfus refuse de se taire. Lucie, son épouse, et Mathieu, son frère, mènent un combat acharné. En 1896, le journaliste Bernard Lazare publie une brochure dénonçant une erreur judiciaire. Pendant ce temps, au sein même de l'armée, quelque chose se produit.

      Mars 1896 : le lieutenant-colonel Picquart, nouveau chef du contre-espionnage, découvre un pneumatique adressé au commandant Esterhazy. Il compare l'écriture d'Esterhazy avec celle du bordereau. La ressemblance est frappante. Bien plus nette qu'avec Dreyfus. Picquart remonte l'information à sa hiérarchie. La réaction est glaciale : on lui ordonne de ne pas mélanger les affaires. Dreyfus est coupable, point final. Reconnaître une erreur fragiliserait l'institution. Picquart insiste. On le mute, on l'éloigne, on le neutralise.

      C'est le moment pivot. L'erreur judiciaire devient mensonge d'État. L'armée choisit de défendre sa version contre les faits. En janvier 1898, Esterhazy est jugé et acquitté. Le lendemain, Picquart est arrêté.

      Alors Émile Zola entre en scène. Le 13 janvier 1898, il publie "J'accuse...!" dans L'Aurore. Une charge frontale contre l'état-major, nommant les responsables, dénonçant les manipulations. L'effet est foudroyant. La France se coupe en deux : dreyfusards contre antidreyfusards. Défenseurs de la justice contre défenseurs de l'armée. Des émeutes éclatent. Des violences antisémites explosent en province. Zola est condamné pour diffamation et s'exile en Angleterre.

      En août 1898, le scandale éclate : le commandant Henry avoue avoir fabriqué un faux document pour consolider l'accusation contre Dreyfus. Il se suicide en prison. Le château de cartes s'effondre.

      La Cour de cassation ordonne un nouveau procès. Juin 1899 : Dreyfus revient de Guyane après quatre ans de bagne. Il est un homme détruit, méconnaissable. En septembre, à Rennes, il est jugé à nouveau. Malgré les preuves de son innocence, les juges militaires le condamnent encore, mais "avec circonstances atténuantes" – une absurdité juridique qui trahit leur malaise. Dix jours plus tard, le président de la République le gracie. Dreyfus est libre, mais pas innocent.

      Il faudra attendre le 12 juillet 1906 pour que la Cour de cassation annule définitivement sa condamnation et le réhabilite complètement. Le 20 juillet, il est réintégré dans l'armée avec le grade qu'il aurait dû avoir. Douze ans après son arrestation.

      L'affaire Dreyfus n'est pas qu'une erreur judiciaire. C'est le premier grand scandale moderne : secret d'État, presse de masse, opinion clivée, instrumentalisation de la haine. Un laboratoire de ce que le XXe siècle connaîtra en pire. L'histoire d'une institution qui choisit le mensonge plutôt que la vérité. Et d'un pays qui découvre qu'il peut se mentir à lui-même, collectivement, au nom de la raison d'État.

      Un podcast de Tim GIRARD


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      1 h et 31 min
    • Jack l’Éventreur : comment Londres a vu naître le premier tueur médiatique en 1888
      Feb 8 2026

      À l’automne 1888, dans les ruelles sordides de Whitechapel, à l’est de Londres, cinq femmes sont assassinées en quelques semaines. Mary Ann Nichols, Annie Chapman, Elizabeth Stride, Catherine Eddowes et Mary Jane Kelly partagent un destin tragique : toutes issues des classes populaires, sans domicile fixe, souvent alcooliques, prostituées de survie. L’homme qui les tue devient une légende. Le monde entier retient son surnom : Jack l’Éventreur.

      L’affaire se déroule au cœur de l’Empire britannique, dans une capitale moderne, connectée par le télégraphe, en pleine révolution industrielle. Pourtant, à deux kilomètres de la Banque d’Angleterre, Whitechapel est un îlot d’extrême misère. Surpeuplé, insalubre, peuplé d’ouvriers précaires et d’immigrés juifs d’Europe de l’Est, ce quartier est un angle mort social. L’endroit idéal pour qu’un meurtrier puisse frapper sans être vu.

      La police londonienne, divisée entre Scotland Yard et la City of London Police, est rapidement dépassée. Faute de techniques modernes – pas d’empreintes, pas de fichiers, pas de profilage –, elle enquête avec des méthodes du XIXᵉ siècle sur un crime du XXᵉ. L’inspecteur Frederick Abberline dirige les recherches, mais face à l’absence de témoins fiables, de preuves matérielles, et à des témoignages contradictoires, il n’identifie jamais formellement le coupable.

      Mais c’est surtout l’irruption de la presse populaire qui change la donne. Avec l’aide du télégraphe et des tirages massifs, les journaux transforment l’affaire en phénomène international. C’est une lettre anonyme, probablement un canular, signée "Jack the Ripper", qui donne au tueur son nom. Dès lors, le public s’empare de cette figure mystérieuse. Le tueur devient un mythe, un monstre anonyme qui fascine autant qu’il terrifie.

      Des suspects sont identifiés : Aaron Kosminski, barbier polonais interné en asile ; Montague Druitt, avocat retrouvé noyé peu après le dernier meurtre ; Francis Tumblety, charlatan américain ayant fui Londres. Aucun ne sera formellement accusé. Le mystère reste entier. Des décennies plus tard, des amateurs, historiens et scientifiques tenteront encore de résoudre l’énigme. L’ADN, analysé à partir d’un châle controversé, désigne Kosminski, mais les résultats sont contestés.

      Au-delà du crime, l’affaire révèle les tensions sociales de la capitale victorienne. Elle fait basculer la société dans une ère nouvelle : celle du crime médiatique, de la peur collective, de la célébrité du mal. Elle oblige aussi la police à évoluer : développement des empreintes digitales, de la photographie criminelle, et plus tard, du profilage.

      Jack l’Éventreur n’est pas seulement un tueur. Il est un miroir tendu à une époque en mutation, et le produit d’un système médiatique en quête de sensations. Sa légende perdure parce qu’il n’a jamais été identifié, parce que l’horreur est devenue spectacle. Et parce qu’au fond, il incarne la naissance d’un monde où le crime, l’information et la fascination collective ne font plus qu’un.



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      1 h et 3 min
    • 1978 : Aldo Moro, l’enlèvement qui a fait trembler l’Italie
      Feb 1 2026

      En 1978, l’Italie traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Attentats, assassinats politiques et violences idéologiques rythment le quotidien de ce pays plongé dans ce que l’on appelle les « années de plomb ». Dans ce climat de peur et de tension extrême, Aldo Moro occupe une place centrale. Dirigeant majeur de la Démocratie chrétienne, ancien président du Conseil, juriste respecté et catholique convaincu, il est l’un des architectes du « compromis historique », un projet inédit visant à intégrer le Parti communiste italien au jeu gouvernemental afin de stabiliser une démocratie menacée de dislocation.

      Le 16 mars 1978, jour décisif où le Parlement doit voter la confiance à un gouvernement soutenu pour la première fois par les communistes, Aldo Moro quitte son domicile romain sous escorte. À 9h05, via Mario Fani, le convoi est pris dans une embuscade d’une efficacité redoutable. En quelques dizaines de secondes, cinq hommes chargés de sa protection sont abattus. Moro est extrait vivant de la voiture et emmené par un commando des Brigades rouges, organisation terroriste d’extrême gauche qui revendique aussitôt l’opération.

      Commencent alors cinquante-cinq jours de captivité. Moro est enfermé dans un appartement ordinaire de Rome, dans une pièce minuscule baptisée par ses ravisseurs « prison du peuple ». Il est soumis à un simulacre de procès idéologique et interrogé sur les responsabilités de l’État, la corruption et les équilibres du pouvoir. Mais surtout, il écrit. Des dizaines de lettres, adressées à sa famille, aux dirigeants politiques, au pape. Il y supplie l’État de négocier, affirmant qu’aucune raison d’État ne peut justifier le sacrifice d’une vie humaine. Ses mots sont lucides, parfois désespérés, souvent accusateurs.

      À l’extérieur, l’Italie se déchire. Le gouvernement adopte une position de fermeté absolue : aucune négociation avec les terroristes. Cette ligne est soutenue par la Démocratie chrétienne et le Parti communiste, soucieux de démontrer sa loyauté institutionnelle. D’autres voix, minoritaires, appellent à sauver Moro à tout prix. L’opinion publique oscille entre peur, colère et impuissance. Les lettres de Moro, rendues publiques, provoquent malaise et controverses : pour certains dirigeants, elles ne reflètent plus sa volonté libre, mais une parole brisée par la captivité.

      Au sein même des Brigades rouges, le doute s’installe. Une partie du commando souhaite négocier un échange de prisonniers, tandis qu’une autre estime que l’exécution est nécessaire pour frapper l’État au cœur. Finalement, la décision de tuer Moro est prise.

      Le 9 mai 1978, son corps est retrouvé dans le coffre d’une voiture garée via Caetani, à égale distance des sièges de la Démocratie chrétienne et du Parti communiste. Le choix du lieu est lourd de sens : le compromis historique est symboliquement assassiné avec lui. L’Italie est sous le choc. Les funérailles se déroulent dans la douleur, la famille refusant toute cérémonie officielle, accusant l’État d’avoir abandonné Moro.

      Sa mort marque un tournant. Le compromis historique s’effondre, la répression antiterroriste s’intensifie et les Brigades rouges entrent dans un lent déclin. Pourtant, des zones d’ombre subsistent : failles de sécurité, refus de négocier, possibles influences internationales. Des décennies plus tard, une question demeure : Aldo Moro est-il mort uniquement sous les balles de ses ravisseurs, ou aussi d’un choix politique qui a accepté qu’il ne soit pas sauvé ?

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      1 h
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