Prix Renaudot : histoire, fonctionnement et lauréats d'un prix né dans l'ombre du Goncourt
Chaque année, au début du mois de novembre, une poignée de critiques littéraires se réunit au restaurant Drouant, à Paris, afin de trancher un débat qui dure depuis des semaines. À quelques mètres de là, dans le même établissement, un autre jury fait de même. Le prix Goncourt occupe les gros titres. Le prix Renaudot, lui, s'est construit depuis un siècle une réputation différente : celle d'un prix plus imprévisible, parfois plus audacieux dans ses choix, et qui n'hésite pas à distinguer un premier roman face à des auteurs confirmés.
Le centenaire de 2026 rappelle une constante du prix : né d'une attente au comptoir de Drouant, il continue, cent ans plus tard, d'exister en miroir du Goncourt tout en traçant sa propre ligne éditoriale.
Le Renaudot en bref
Le prix Renaudot a été créé en 1926 par dix journalistes et critiques littéraires réunis à Drouant en attendant la délibération du jury Goncourt.
Il récompense chaque année un roman et un essai. Le jury attribue également un prix Renaudot du livre de poche et peut exceptionnellement décerner un prix spécial.
Il n'est assorti d'aucune dotation financière. Rappelons que la dotation du prix Goncourt est un chèque symbolique de 10 €.
En 2026, le prix fête son centenaire sous la présidence de Frédéric Beigbeder.
Le prix Renaudot des lycéens, créé en 1992 à Loudun, en est le pendant confié à un jury d'élèves.
Un prix né d'une attente à Drouant
L'histoire du prix Renaudot commence par un détail presque anecdotique. En 1926, dix journalistes et critiques littéraires patientent chez Drouant pendant que le jury Goncourt délibère à l'étage. Plutôt que de rester les bras croisés, ils décident de créer leur propre récompense et de la décerner le même jour, dans le même lieu. Le prix est baptisé en hommage à Théophraste Renaudot, fondateur en 1631 de la « Gazette », considérée comme le premier journal français. Le premier lauréat, Armand Lunel, reçoit le prix pour son roman « Nicolo Peccavi ou l’Affaire Dreyfus à Carpentras ».
Depuis, la mécanique n'a pas changé et le Renaudot est annoncé quelques minutes après le prix Goncourt. Cette proximité a valu au prix son surnom informel d'anti-Goncourt. Les jurés, conscients qu'un même livre pourrait rafler les deux distinctions, désignent traditionnellement deux favoris afin d'éviter ce doublon et de mettre en lumière un second titre.
De fait, le prix a construit sa légitimité dès les années 1930. En 1932, le jury distingue « Voyage au bout de la nuit » de Louis-Ferdinand Céline, un roman qui avait échoué de peu au Goncourt de la même année. L'épisode reste l'un des plus commentés de l'histoire des prix littéraires français : il installe durablement l'idée d'un Renaudot capable de repérer, voire de rattraper, ce que le jury voisin aurait laissé passer.
Comment fonctionne le jury et que récompense-t-il ?
Le jury du prix Renaudot rassemble des écrivains, des journalistes ainsi que des critiques littéraires qui délibèrent en petit comité, dans une relative discrétion comparée à d'autres prix.
Au fil des décennies, le prix a élargi son périmètre. À la seule catégorie roman, qui reste la plus suivie par les médias et les libraires, se sont ajoutées une catégorie essai, dont le palmarès distingue des ouvrages de réflexion, de sciences humaines ou de documents, ainsi qu'une catégorie biographie ou autobiographie, plus récente. Un prix Renaudot du livre de poche est également attribué à un ouvrage dont la parution dans ce format prolonge la vie éditoriale.
Contrairement à une idée reçue, remporter le prix Renaudot ne rapporte rien financièrement. Comme pour le prix Goncourt, la récompense se limite à la reconnaissance et à la visibilité qu'elle procure. De fait, cette reconnaissance peut entraîner une hausse importante des ventes dans les semaines suivant l’annonce, même si son ampleur varie fortement selon les ouvrages.
Le calendrier suit un rythme précis,
Une première liste de romans et d'essais est publiée à la rentrée littéraire (début septembre, environ 2 mois avant le résultat) ;
Elle est suivie d'une deuxième sélection resserrée (environ 1 mois après) ;
Enfin une liste de finalistes, avant l'annonce du lauréat début novembre.
Pour l'édition 2026, qui marque le centenaire du prix, les jurés ont retenu 26 ouvrages en première sélection, dont 17 romans et 9 essais. La deuxième sélection doit être dévoilée le 7 octobre à l'Hôtel de Massa, les finalistes le 28 octobre au même endroit et le nom du lauréat sera proclamé le 3 novembre 2026 chez Drouant.
Cette année particulière est présidée par Frédéric Beigbeder, entouré notamment de l'écrivain et prix Nobel Jean-Marie Gustave Le Clézio et de Georges-Olivier Châteaureynaud, secrétaire général du jury. Le prix Renaudot n'est qu'un maillon d'un automne littéraire dense : il partage la rentrée avec les autres grands prix littéraires en France, du Femina au Médicis, chacun avec son propre jury et sa propre sensibilité.
Renaudot et Goncourt : deux prix, un même jour, mais des logiques différentes
Le prix Renaudot et le prix Goncourt partagent leur date d'annonce, leur lieu de remise et une partie de leur public, mais leur fonctionnement diffère sur plusieurs points. L’Académie Goncourt compte dix membres réunis autour d'une table historique, un cérémonial installé depuis 1903. Le jury Renaudot, plus resserré à l'origine et régulièrement enrichi au fil des décennies, revendique une lecture plus large de la production littéraire de l'année, qui inclut volontiers des maisons d'édition moins médiatisées aux côtés des grands noms de l'édition parisienne telles que Gallimard, Grasset, Seuil, Denoël, Stock ou encore Julliard.
Les deux prix se recoupent parfois dans leurs choix de sensibilité littéraire, mais le prix Renaudot s'est forgé une identité propre en osant distinguer des textes plus singuliers ou des auteurs moins installés, quand le Femina, décerné par un jury exclusivement féminin, ou le Goncourt, privilégient historiquement des choix plus consensuels. David Foenkinos en 2014 pour « Charlotte », Amélie Nothomb en 2021 pour « Premier Sang », ou plus récemment Gaël Faye en 2024 pour « Jacaranda », publié chez Grasset, illustrent cette diversité de tons et de parcours.
Les lauréats qui ont marqué la dernière décennie
Depuis 2015, le palmarès du prix Renaudot dessine un instantané de la littérature française contemporaine. Delphine de Vigan l’a reçu en 2015 pour « D’après une histoire vraie », Yasmina Reza en 2016 pour « Babylone », Olivier Guez en 2017 pour « La Disparition de Josef Mengele » et Valérie Manteau en 2018 pour « Le Sillon ».
Sylvain Tesson a suivi en 2019 avec « La Panthère des neiges », avant que Marie-Hélène Lafon ne s'impose en 2020 pour « Histoire du fils ». Amélie Nothomb en 2021 avec « Premier Sang », Simon Liberati en 2022 pour « Performance », Ann Scott en 2023 pour « Les Insolents », puis Gaël Faye en 2024 avec « Jacaranda ».
En 2025, Adélaïde de Clermont-Tonnerre et son « Je voulais vivre » complète une liste où se croisent romans intimes, récits d'aventure et fictions politiques.
Cette diversité tient aussi à la manière dont le jury envisage son rôle : moins consacrer une œuvre déjà installée que révéler ou confirmer une voix. C'est ce qui explique la présence récurrente, parmi les finalistes, de premiers romans aux côtés d'écrivains confirmés issus des plus grandes maisons littéraires françaises.
De fait, d'une année sur l'autre, le ton du palmarès varie considérablement : récit intimiste et autobiographique pour Delphine de Vigan, satire sociale chez Yasmina Reza, plongée historique et documentée pour Olivier Guez sur la traque du criminel de guerre Josef Mengele, ou encore récit de voyage et de reconstruction personnelle pour Sylvain Tesson. Ce grand écart de genres et de tons fait partie de l'identité du prix, davantage que celle d'un jury qui chercherait à imposer une esthétique unique.
Le prix Renaudot des lycéens, le versant jeune de la récompense
Depuis 1992, le prix Renaudot des lycéens prolonge l'aventure à Loudun, ville natale de Théophraste Renaudot, dans la Vienne. Le principe repose sur une sélection resserrée, établie par un comité de lecture professionnel, qu'un jury de lycéens venus de toute la France est ensuite chargé de départager. Les délibérations donnent lieu à des débats organisés dans les établissements avant un vote final à Loudun, en présence de l'auteur lauréat et de personnalités du monde littéraire.
En 2024, c'est Olivier Norek qui a été distingué pour « Les Guerriers de l'hiver ». Ce prix parallèle, sur le même modèle que le prix Goncourt des lycéens, permet chaque année à une nouvelle génération de lecteurs de s'approprier un texte contemporain, loin des logiques strictement critiques qui animent le jury adulte.
Quelques chiffres
Année de création | 1926 |
Nombre de prix décernés | 100 |
Montant du prix | Symbolique de 10€ |
nombre d’auteurs féminins | 20 |
nombre d’auteurs masculins | 80 |
Livres sélectionnés en 2026 | 26 (17 romans, 9 essais) |
Moyenne des ventes (2019-2023) | ~ 200000 |
Les gagnant.es les plus récent.es
Auteur / Autrice | Roman | Année prix Goncourt des lycéens |
|---|---|---|
Adélaïde de Clermont-Tonnerre | 2025 | |
Gaël Faye | 2024 | |
Ann Scott | 2023 | |
Simon Liberati | 2022 | |
Amélie Nothomb | 2021 | |
Marie-Hélène Lafon | 2020 | |
Sylvain Tesson | 2019 | |
Valérie Manteau | 2018 | |
Olivier Guez | 2017 | |
Yasmina Reza | 2016 | |
Delphine de Vigan | 2015 | |
David Foenkinos | 2014 | |
Emmanuel Carrère | 2011 |
Prix Renaudot : FAQ
Qu'est-ce que le prix Renaudot et quelle est son importance dans le paysage littéraire français ?
Le prix Renaudot est un prix littéraire créé en 1926, décerné chaque année début novembre au restaurant Drouant, le même jour que le prix Goncourt. Il récompense un roman, un essai et une catégorie consacrée à la biographie ou à l'autobiographie. Son importance tient à sa capacité à révéler des voix singulières, parfois éloignées des choix plus consensuels d'autres jurys.
Quels sont les critères pour être sélectionné et gagner ce prix ?
Le jury n'a pas publié de grille de critères formels : il s'appuie sur des délibérations internes où la singularité du style, l'ambition du sujet et la qualité littéraire du texte priment. Les ouvrages doivent avoir paru dans l'année en cours, à l'occasion de la rentrée littéraire de septembre pour l'essentiel.
Qui sont les lauréats récents du prix Renaudot ?
Parmi les lauréats les plus récents figurent Adélaïde de Clermont-Tonnerre avec « Je voulais vivre » en 2025, Gaël Faye pour « Jacaranda » en 2024, Ann Scott pour « Les Insolents » en 2023, Simon Liberati pour « Performance » en 2022 et Amélie Nothomb pour « Premier Sang » en 2021. Le lauréat 2026 sera connu le 3 novembre, à l'occasion du centenaire du prix.
Quelle est la différence entre le prix Renaudot et le prix Goncourt ?
Les deux prix sont annoncés le même jour, dans le même restaurant, mais restent indépendants.
Le prix Goncourt est accompagné d’un chèque symbolique de 10 euros, tandis que le Renaudot n’est assorti d’aucune dotation.
Le Renaudot, plus jeune d'une vingtaine d'années, s'est construit une réputation de prix plus ouvert aux textes atypiques.




