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L'art de raconter le monde

L'art de raconter le monde

De : RFI
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À propos de ce contenu audio

Jean-François Cadet raconte avec des mots et avec des sons comment – à travers leurs œuvres – les écrivains, les dessinateurs et scénaristes, les metteurs en scène, les comédiens, les cinéastes, les plasticiens ou les musiciens se font l’écho des soubresauts, des débats, des grandes figures et des tendances du monde d’hier, d’aujourd’hui, et peut-être de demain. Réalisation : Antonin Duley. (Diffusions toutes cibles : le samedi et le dimanche à 18h40 TU).

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    Épisodes
    • «Un monde fragile et merveilleux» de Cyril Aris, le Liban entre abysses et étoiles
      Feb 22 2026

      Le premier long-métrage de fiction du réalisateur libanais raconte l’âme de son pays, entre rires et larmes, à travers une magnifique histoire d’amour.

      C’est un film de l’entre-deux. Entre deux personnages, Nino (Hasan Akil) et Yasmina (Mounia Akl), tous deux lumineux, attachants et souvent bouleversants. Entre l’ici -le Liban tant aimé- et l’ailleurs – réel ou imaginaire-. Entre la réalité -violente, dramatique et parfois tragique- et le rêve – poétique, merveilleux et revigorant-.

      Ce pas de deux entre la vie et la mort éclate dès le prologue du film, avec la naissance des deux héros à une minute d’intervalle dans une maternité de Beyrouth cernée par les bombardements. Comme le signe que ces deux-là étaient faits l’un pour l’autre.

      Et c’est bien ce qu’il va se passer : d’abord à l’école, puis avec leurs retrouvailles, à l’occasion d’un banal accident de voiture. La renaissance d’un amour fou, 20 ans après, entre le restaurateur, joyeux, farceur, chaleureux et optimiste et la consultante plus sérieuse, plus réfléchie et plus pessimiste sur l’état d’un pays frappé par les guerres et les crises, qu’elles soient politiques ou économiques.

      Partir ou rester ?

      Un monde fragile et merveilleux allie la lumière et l’humour d’une comédie romantique à l’italienne et les ombres du Liban contemporain. Avec une question simple : faut-il partir, ou faut-il rester ?

      À l’instar de nombre de Libanais, le dilemme n’en finit plus d’assaillir Nino et Yasmina. Peut-on se construire un avenir et fonder une famille dans les dangers et l’instabilité du quotidien, dans cette ville où l’on ne sait jamais si le bruit qu’on entend est celui des feux d’artifice ou d’une explosion meurtrière ? Et à l’inverse, peut-on se résigner, au nom de l’avenir, à quitter ce pays auquel on est si attaché, et qui de toutes façons ne vous quittera jamais ?

      La force de l’imaginaire

      La réponse se trouve incontestablement dans l’amour, dans l’humour, mais aussi dans la force de l’imaginaire que Nino et Yasmina mobilisent dès l’enfance. À la sortie de l’école, les deux enfants aiment à se retrouver dans une gare désaffectée, aux rails rouillés voire bombardés. Assis sur un vieux wagon, ils rêvent qu’un train les emmène sur une île, leur refuge secret.

      La caméra de Cyril Aris s'est à merveille plongée dans les étoiles qui illuminent les yeux de ses deux jeunes comédiens, Mohamad Farhat et Alex Choueiry. Images d’archives, photos d’époque et images des rues enfiévrées de Beyrouth se mêlent aux cavalcades endiablées, aux fêtes familiales et aux moments de deuil et de séparation. La vie, tout simplement.

      Un monde fragile et merveilleux, de Cyril Aris (sortie française le 12 février 2026).

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      19 min
    • La guerre pour l’Ukraine de Yulia Mykytenko, lignes de front
      Feb 21 2026

      Comme il est bon de ne plus craindre la mort, de Lara Marlowe, raconte le parcours et l’engagement d’une héroïne ukrainienne d’aujourd’hui, combattante et patriote, la première lieutenante Yulia Mykytenko. Un livre qui allie la rigueur du témoignage au souffle romanesque.

      L’un des grands avantages du métier de journaliste est de rencontrer des personnages exceptionnels. À n’en point douter, Lara Marlowe -correspondante à Paris du quotidien irlandais Irish Times pendant plusieurs décennies- gardera longtemps en mémoire cette jeune femme qu’elle a choisie à la fois comme héroïne et comme narratrice de ce récit.

      « Le roman vrai de la guerre en Ukraine », nous dit le bandeau rouge qui entoure le livre. Et c’est vrai que les chapitres nous emmènent dans le Donbass, plus précisément du côté du petit village de Zakytine, sur la ligne de front où sont engagés les vingt-cinq pilotes de l’unité de drones que commande la première lieutenante Yulia Mykytenko.

      Le Donbass, la jeune femme y a déjà de nombreux souvenirs de soldate. C’est là qu’elle s’est engagée en 2016 aux côtés de son jeune mari, Illia Serbin, qui y a trouvé la mort. Et c’est là qu’elle a voulu servir à nouveau dès la nouvelle invasion russe de 2022.

      Elle ne s’est guère posé de questions. Déjà, en 2013-2014, au moment des manifestations d’Euromaïdan, elle était montée en première ligne, en cofondant l’escouade féminine du 16e régiment des Forces d’autodéfense. À l’époque, le président prorusse Viktor Ianoukovytch avait été renversé.

      C’est que l’âme ukrainienne coule dans les veines de Yulia Mykytenko depuis sa naissance à Kyiv en juillet 1995 et son enfance à Bucha, une des villes martyres de l’agression russe : poignantes sont les pages évoquant son retour sur les lieux où les stigmates du massacre sont encore béants. C’est ce patriotisme viscéral qui guide son engagement militaire, politique et personnel.

      Sous la plume de Lara Marlowe, Yulia Mykytenko démonte par le menu les éléments de langage de la propagande du Kremlin, mettant en avant les contradictions des déclarations du président russe Vladimir Poutine. Ce qui ne l’empêche pas de prendre du recul et de se montrer parfois critique lorsqu’elle évoque les choix passés du président Volodymyr Zelensky, et certaines options choisies par les chefs militaires ukrainiens.

      Entre expérience individuelle et analyse géopolitique, entre descriptions techniques et moments d’émotion plus ou moins retenue, le texte de Lara Marlowe possède le souffle romanesque des grands témoignages historiques. Le titre, Comme il est bon de ne plus craindre la mort, est emprunté à un poème écrit en 1972 par un autre combattant ukrainien : le journaliste et poète Vassyl Stous dont les œuvres furent interdites par le régime soviétique, et qui mourut au goulag en 1985.

      Comme il est bon de ne plus craindre la mort, Lara Marlowe (éditions de l’Observatoire).

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      20 min
    • «Le poing armé de Dieu», les Mormons, le prophète et le gorille
      Feb 15 2026

      Le nouveau roman d’Hubert Prolongeau raconte les débuts empreints de violence du mormonisme à travers le regard d’Orrin Porter Rockwell, le garde du corps de Joseph Smith.

      Depuis 1838, elle s’appelle « Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ». À sa création, huit ans plus tôt, dans l’État de New-York, c’était « Église du Christ ». Mais c’est le terme de mormonisme, dérivé de son principal texte canonique, le Livre de Mormon qui est le plus souvent employé pour désigner cette confession chrétienne, révélée par l’Américain Joseph Smith, dont le siège mondial se trouve à Salt-Lake-City (Utah).

      Le charisme et l’ascendant du prophète

      Le roman d’Hubert Prolongeau n’évoque ni le Grand Lac Salé, ni la ville fondée le 24 juillet 1847 par des pionniers mormons menés par Brigham Young, que l’on croise pourtant au détour d’un chapitre. Et pour cause : le récit s’arrête trois ans plus tôt, au moment de l’assassinat de Joseph Smith, que les fidèles considèrent comme un prophète.

      D’une plume alacre, l’auteur raconte les différentes étapes de la construction de la nouvelle église : les traumatismes de l’enfance, les différentes apparitions que Joseph Smith raconte à ses camarades, la quête des plaques d’or que lui aurait confiées l’ange Moroni, leur traduction et la publication en 1830 du Livre de Mormon.

      Violence

      Le charisme et l’ascendant de Joseph Smith sur ses ouailles inondent la narration, mais l’écrivain n’a pas fait de lui son narrateur. Il a préféré nous faire vivre cette véritable « épopée mormone » à travers le regard d’un homme de l’ombre, Orrin Porter Rockwell, ami d’enfance du prophète, fidèle dans tous les sens du terme, et qui deviendra son garde du corps, justifiant ainsi son surnom qui donne son titre au roman le « poing armé de Dieu ».

      C’est que la naissance, la croissance et l’expansion de la nouvelle église sont imprégnées de violence. Affrontements avec les fermiers, menaces, pillages et assassinats rythment la trajectoire des différents protagonistes.

      Esprit pionnier et atmosphère western

      Le moteur du récit reste la foi et les visions de Joseph Smith, alliées à l’esprit pionnier et à l’atmosphère western. Car les premiers mormons sont des migrants, de l’État de New-York aux plaines déjà colonisées du Missouri. C’est peu dire qu’ils n’y sont pas toujours bien accueillis, et les affrontements parfois sanglants avec les fermiers, mais aussi avec les troupes du gouverneur du Missouri Liliburn Williams Boggs, les amènent à quitter un endroit pour un autre, fondant ainsi la ville et le temple de Nauvoo (Illinois) dont ils furent expulsés en 1844.

      On découvre aussi les failles au sein de la communauté et les critiques qui n’épargnent pas Joseph Smith, notamment autour de son rapport à l’argent, mais surtout autour de sa polygamie d’abord cachée, puis assumée au grand jour. Puisque Dieu le veut…

      Le Poing armé de Dieu, Hubert Prolongeau (Seuil).

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      19 min
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