Le nouveau roman d’Hubert Prolongeau raconte les débuts empreints de violence du mormonisme à travers le regard d’Orrin Porter Rockwell, le garde du corps de Joseph Smith.
Depuis 1838, elle s’appelle « Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours ». À sa création, huit ans plus tôt, dans l’État de New-York, c’était « Église du Christ ». Mais c’est le terme de mormonisme, dérivé de son principal texte canonique, le Livre de Mormon qui est le plus souvent employé pour désigner cette confession chrétienne, révélée par l’Américain Joseph Smith, dont le siège mondial se trouve à Salt-Lake-City (Utah).
Le charisme et l’ascendant du prophète Le roman d’Hubert Prolongeau n’évoque ni le Grand Lac Salé, ni la ville fondée le 24 juillet 1847 par des pionniers mormons menés par Brigham Young, que l’on croise pourtant au détour d’un chapitre. Et pour cause : le récit s’arrête trois ans plus tôt, au moment de l’assassinat de Joseph Smith, que les fidèles considèrent comme un prophète.
D’une plume alacre, l’auteur raconte les différentes étapes de la construction de la nouvelle église : les traumatismes de l’enfance, les différentes apparitions que Joseph Smith raconte à ses camarades, la quête des plaques d’or que lui aurait confiées l’ange Moroni, leur traduction et la publication en 1830 du Livre de Mormon.
Violence Le charisme et l’ascendant de Joseph Smith sur ses ouailles inondent la narration, mais l’écrivain n’a pas fait de lui son narrateur. Il a préféré nous faire vivre cette véritable « épopée mormone » à travers le regard d’un homme de l’ombre, Orrin Porter Rockwell, ami d’enfance du prophète, fidèle dans tous les sens du terme, et qui deviendra son garde du corps, justifiant ainsi son surnom qui donne son titre au roman le « poing armé de Dieu ».
C’est que la naissance, la croissance et l’expansion de la nouvelle église sont imprégnées de violence. Affrontements avec les fermiers, menaces, pillages et assassinats rythment la trajectoire des différents protagonistes.
Esprit pionnier et atmosphère western Le moteur du récit reste la foi et les visions de Joseph Smith, alliées à l’esprit pionnier et à l’atmosphère western. Car les premiers mormons sont des migrants, de l’État de New-York aux plaines déjà colonisées du Missouri. C’est peu dire qu’ils n’y sont pas toujours bien accueillis, et les affrontements parfois sanglants avec les fermiers, mais aussi avec les troupes du gouverneur du Missouri Liliburn Williams Boggs, les amènent à quitter un endroit pour un autre, fondant ainsi la ville et le temple de Nauvoo (Illinois) dont ils furent expulsés en 1844.
On découvre aussi les failles au sein de la communauté et les critiques qui n’épargnent pas Joseph Smith, notamment autour de son rapport à l’argent, mais surtout autour de sa polygamie d’abord cachée, puis assumée au grand jour. Puisque Dieu le veut…
Le Poing armé de Dieu, Hubert Prolongeau (Seuil).