« Elle le lui disait souvent. Lui, beaucoup moins. Pas parce qu’il ne l’aimait pas, il le savait, il en était sûr. Mais ces mots, dans sa famille, ne se disaient pas. Ils se montraient. Et elle interprétait son silence comme un manque d’amour. Et lui interprétait ses demandes répétées comme un manque de confiance en lui. Deux personnes qui s’aimaient, et qui se blessaient avec le même malentendu depuis des années.»
Le philosophe du langage John Austin, dans sa théorie des actes de langage, a distingué les énoncés constatifs, qui décrivent une réalité, des énoncés performatifs, qui font quelque chose en étant dits. « Je t’aime » est un énoncé performatif : en le disant, on ne décrit pas seulement un état intérieur, on crée quelque chose dans l’espace entre deux personnes. On pose un acte d’engagement, de vulnérabilité, d’exposition. C’est pourquoi ces trois mots peuvent être si difficiles à prononcer pour certains, non par manque d’amour, mais parce que les dire, c’est se risquer.
« Je t’aime » est un acte, une vulnérabilité, une convention culturelle et une réalité neurologique à la fois. Comprendre ce qu’il signifie, pour soi et pour l’autre, est l’une des formes les plus directes d’intelligence amoureuse.
Amour(s), mode d’emploi prend l’amour au sérieux, dans toute sa complexité, sa beauté ordinaire.
Il y a des choses sur l’amour que personne ne dit clairement. Que tomber amoureux n’est pas un accident, c’est une mécanique.
Que le cerveau amoureux ressemble, sur un scanner, au cerveau d’un toxicomane en manque.
Que l’attachement que vous avez développé à trois ans gouverne encore vos relations à quarante.
Que les couples les plus heureux ne sont pas ceux qui ne se disputent pas, mais ceux qui savent réparer.
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