Couverture de #77 Génération X et Y - la génération club sandwich : ceux qui portent tout le monde avec Laétitia Vitaud

#77 Génération X et Y - la génération club sandwich : ceux qui portent tout le monde avec Laétitia Vitaud

#77 Génération X et Y - la génération club sandwich : ceux qui portent tout le monde avec Laétitia Vitaud

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Laetitia Vitaud est autrice, conférencière et spécialiste du futur du travail.Ça fait des années que Laetitia et moi nous connaissons par écrans interposés, par téléphone aussi, sans jamais avoir réussi à nous asseoir face à face. Elle vivait en Allemagne, les agendas ne s'alignaient pas, et l'épisode restait dans un coin de ma tête. Cette fois, je l'ai enfin eue en vrai, dans le décor de Vlan! plutôt que celui de Vlan! Leadership, et franchement, on aurait pu continuer des heures.Dans cet épisode, nous parlons de ce que Laetitia considère comme le sujet le plus sous-estimé du monde du travail : la transition démographique. On réduit souvent le vieillissement au débat sur l'âge de départ à la retraite, alors qu'il change tout. Les viviers de recrutement qui grossissent le plus ont 55 ou 60 ans. Un actif sur quatre est déjà aidant d'un proche. On vit plus longtemps, on travaille plus longtemps, donc on tombe plus souvent malade au travail. Et toute une génération, entre 40 et 60 ans, se retrouve coincée entre des parents qui vieillissent et des enfants qui n'arrivent plus à se loger sans aide. Laetitia ne parle plus de génération sandwich mais de génération club sandwich, tant les couches s'empilent.J'ai questionné Laetitia sur la manière dont on peut réconcilier leadership et care, deux imaginaires que tout oppose encore : l'homme bien payé et optimisé d'un côté, la femme mal payée ou pas payée du tout de l'autre. On parle de Frans de Waal et des chimpanzés mâles qui développent leur capacité à prendre soin, du recul inquiétant des hommes dans les métiers du soin et de l'éducation, et de cette phrase qu'elle aime beaucoup : les hommes sont des femmes comme les autres.On passe ensuite un long moment sur l'intelligence artificielle, abordée par la culture plutôt que par la technique. Laetitia y voit trois dettes qui s'accumulent sans que personne ne les regarde : une dette cognitive, une dette de compétences liée à l'arrêt du recrutement des juniors, et une dette technique dans le code produit à la chaîne. On parle du paradoxe de Solow, de ma sensation de n'avoir jamais été aussi optimisé tout en n'ayant jamais eu aussi peu de temps, de la bulle financière qui guette, des marchands de pelles, et du rejet de l'IA par une partie de la jeunesse, qui cultive au passage la nostalgie d'une époque qu'elle n'a pas connue.Enfin, on creuse l'écart entre travail prescrit et travail réel : les tâches non promouvables qui font tenir les collectifs, le savoir tacite que Laetitia appelle process knowledge, et ce que les cuisines des grands chefs étoilés nous apprennent sur la manière de faire cohabiter exécution sans gâchis et innovation qui exige de gâcher. On termine sur la soutenabilité de nos corps, la ménopause et la question qui traverse tout l'échange : quelle bonne vie voulons-nous construire avec le travail ?Citations marquantes« Les hommes sont des femmes comme les autres. »« Quand on parle d'IA, on parle de compétences à l'IA et pas de perte de compétences. »« Vivre avec les technologies, c'est des moments sans. »« Le diable de l'optimisation à court terme vient toujours murmurer dans l'oreille des managers. »« La nostalgie est maintenant incarnée principalement par les jeunes, et c'est la nostalgie d'une période qu'ils n'ont pas connue. »Idées centrales discutéesLa démographie, l'angle mort du travail (01:47) Le vieillissement de la population ne se limite pas à l'âge de départ à la retraite. Il transforme les viviers de recrutement, multiplie les maladies au travail et fait d'un actif sur quatre un aidant. Pourquoi ça compte : la plupart des organisations raisonnent encore avec une pyramide des âges qui n'existe plus, et risquent de perdre en silence les salariés qui basculent à temps partiel ou quittent leur poste quand leur situation d'aidant se tend.La génération club sandwich (06:51) Entre 40 et 60 ans, on s'occupe à la fois de parents vieillissants, de beaux-parents dans des familles recomposées, d'enfants qui ne peuvent plus se loger sans aide, parfois de petits-enfants. Pourquoi ça compte : cette multiplication des rôles touche désormais aussi les hommes, notamment ceux qui ont choisi d'être des pères plus impliqués, et elle pèse sur l'énergie disponible au travail.Réconcilier leadership et care (08:18) L'imaginaire du leader reste celui d'un homme bien payé et optimisé, celui du care celui d'une femme mal payée. Laetitia pointe en plus un recul des hommes dans les métiers du soin et de l'éducation, alors que ce sont des métiers en croissance qui manquent de rôles modèles masculins. Pourquoi ça compte : un leadership dans l'incertitude exige d'écouter, et l'écoute appartient déjà au care.Laisser du mou dans le système (20:30) La performance érigée en valeur cardinale et la logique d'optimisation imposée par les modèles de gouvernance empêchent la redondance ...
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