Épisodes

  • L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: à Badoua, la jeunesse mobilisée face à l’insécurité [4/4]
    Feb 21 2026
    Quatrième et dernier volet de notre série de reportages en Centrafrique dans la ville de Baboua qui se relève. Située à seulement 50 kilomètres de la frontière camerounaise, cette ville diamantifère a été profondément marquée par la crise de 2013 à 2016. Longtemps laissée à elle-même, livrée à l’insécurité et au manque d’infrastructures, Baboua semblait condamnée à l’abandon. Mais aujourd’hui, un vent de renouveau souffle sur la ville. Les jeunes, en coordination avec les chefs de villages et les forces de sécurité, s’organisent pour lutter contre les bandits armés et protéger leur communauté. Grâce à leur engagement citoyen, les routes entre Baboua et la frontière sont plus sûres et les habitants peuvent reprendre leurs activités agricoles et économiques en toute sérénité. De notre correspondant de retour de Baboua, Le ciel est noyé dans le brouillard, l’air est frais. Florentin pédale en direction de la falaise de Garga-Mbongo. Sur son dos, un sac contenant un bidon d’eau et quelques vivres. Entre ses mains, un téléphone relié à un fil métallique, improvisé pour capter le réseau. « Nous sommes simplement des habitants de la ville. Nous faisons de notre mieux pour parcourir les secteurs périphériques, les champs et les zones isolées », explique-t-il. Ce matin, il a choisi de parcourir une dizaine de kilomètres au nord de la ville pour recueillir des informations. « Dans nos activités quotidiennes, nous essayons d’être curieux et de poser des questions. Nous cherchons à repérer les inconnus, à vérifier si des hommes armés ne sont pas dans le secteur et à identifier des comportements inhabituels. » Depuis le désarmement, en octobre dernier, des rebelles des 3R, conformément à l’accord de paix de Ndjamena, il n’y a plus d’attaques dans la ville de Baboua et sa périphérie. Mais certains hommes armés ont changé de stratégie et agissent désormais comme des coupeurs de route. À lire aussiCentrafrique: les chefs rebelles de l'UPC et des 3R de retour à Bangui « La population vit dans un climat de peur » « La plupart des hommes armés sont autour des chantiers miniers. Ils font des braquages et la population vit dans un climat de peur, confie Privât, un habitant de Baboua. Nous sommes là pour lutter contre le grand banditisme, les assassinats, les enlèvements et le phénomène des coupeurs de route, chacun à notre manière. » Mais l’activité de ces jeunes n’est pas sans conséquences. Anselme, un agriculteur, s’inquiète pour son fils, qui reçoit régulièrement des menaces de mort : « Mon fils continue d’aller à l’école. Un jour, il a reçu des menaces de la part de ces bandits. Certains d’entre eux sont de jeunes habitants du village. J’ai peur pour la vie de mon fils, s'alarme Anselme, mais il est déterminé. Nous avons trop souffert. Ces actes de banditisme doivent cesser. » Les autorités locales travaillent en étroite collaboration avec ces jeunes afin de rétablir l’ordre et la sécurité dans la localité. « Ce ne sont pas des groupes rebelles, indique Jean Michel Bouaka, sous-préfet de Bouar. Ces gens utilisent pour la plupart des armes artisanales pour braquer des gens qui vaquent à leurs occupations. Ces jeunes en profitent pour les braquer, pour prendre leurs biens. Mais ce ne sont pas des groupes armés en tant que tels. Nous avons nos forces. Nous avons les Facas, la gendarmerie, la police, la Minusca et les alliés russes qui sont là pour nous prêter main-forte. » La plupart de ces jeunes volontaires ont l’ambition d’intégrer le rang des Forces armées centrafricaines pour défendre leur pays contre les rebelles et les bandits. Retrouvez les premiers épisodes de notre série sur l'Ouest centrafricain : L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4] L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'hôpital de Bouar renaît [2/4] L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: le problème persistant des viols à Baboua [3/4]
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  • L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: le problème persistant des viols à Baboua [3/4]
    Feb 20 2026
    Direction Baboua, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière camerounaise, au nord-ouest de Bangui, pour le troisième volet de notre série de reportages. Dans cette ville, les violences sexuelles connaissent une inquiétante recrudescence ces dernières semaines. Chaque semaine, une dizaine de femmes, principalement de jeunes filles, sont victimes de viol. Si certaines bénéficient d'une prise en charge à l'hôpital local, beaucoup restent silencieuses, freinées par le poids des traditions et la stigmatisation sociale. Ces agressions surviennent autant en pleine ville que dans les champs ou les villages alentour, et les auteurs présumés sont parfois des bandits armés… mais aussi des proches. Face à cette situation alarmante, l'ONG SENI PLUS, basée à Baboua, apporte un accompagnement psychologique pour favoriser la réinsertion sociale des survivantes, sans discrimination. De notre envoyé spécial à Baboua, À la tombée de la nuit, le quartier populaire de Bokom est plongé dans l'inquiétude. La peur s'installe, les jeunes filles n'osent plus sortir ni marcher seules dans les rues. Privé d'éclairage public, le quartier s'enfonce dans l'obscurité, à peine éclairé par la lueur lointaine de la lune. Sous un hangar de fortune, fait de paille et de bâche, des jeunes se rassemblent. Ils fument et consomment de l'alcool. C'est ici qu'une jeune fille de 15 ans été violée. « Ce qui m'est arrivé m'a brisée. Je passais ici pour aller au marché. Ce jour-là, il pleuvait. Je n'ai rien fait pour mériter ça. Ils ont abusé de moi avant de fuir. Aujourd'hui, je veux que justice soit faite », confie-t-elle. Dans la cour à côté, Lima malaxe la boule de manioc à l'aide d'une spatule. Il y a un mois, alors qu'elle travaillait aux champs, elle a confié sa fille de 5 ans à son oncle paternel. Malheureusement, celui-ci a abusé d'elle : « Après le forfait, il a quitté le village sans laisser de trace. Ma fille est entre la vie et la mort à l'hôpital. L'enquête se poursuit pour le retrouver. » À l'hôpital de Baboua, les victimes reçoivent des soins médicaux et un accompagnement psychologique. Dans son bureau, Elvige Kadjidja Bita, de l'ONG Seni Plus, en reçoit plusieurs par jour. « Des cas d'agressions sexuelles, avec ou sans pénétration, ne sont pas des cas isolés, c'est régulier. Franchement, ici à Baboua, le nombre est élevé. Parfois, on reçoit dix cas par semaine. La statistique mensuelle des filles violées varie généralement entre 15 et 18 cas. L'âge des victimes varie de 5 à 15 ans pour les plus jeunes, et de 18 ans jusqu'à pas d'âge. Certains parents gardent le silence pour des questions de coutumes. Ces prises en charge sont gratuites à notre niveau », explique-t-elle. Beaucoup d'agressions au sein de la famille Malgré les nombreuses sensibilisations, la situation continue de gagner du terrain dans cette ville d'environ 20 000 habitants, dont les jeunes représentent plus de 70% de la population, selon les autorités locales : « Ça se passe beaucoup au sein de la famille. Ça peut être l'oncle paternel ou maternel qui est l'auteur. Souvent, l'enfant est allée jouer et un voisin vient coucher avec elle. Lorsque l'on amène des enfants de 5 ans ici, ce sont des cas délicats qui nécessitent des soins minutieux. On amène la victime chez les médecins pour une prise en charge médicale, on l'amène ici pour la prise en charge psychologique. On répond aux besoins selon la nécessité et selon l'urgence : d'abord sauver la vie avant la prise en charge psychosociale. » À Baboua, ces filles sont régulièrement victimes de stigmatisation et de rejet de la part de la société. Pour une lutte efficace, les autorités locales multiplient depuis le début du mois de février les sensibilisations en porte-à-porte et les réunions publiques, appelant la population à la vigilance et à saisir la justice. À lire aussiL'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4]​​​​​​​ À lire aussiL'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'hôpital de Bouar renaît [2/4]
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  • L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'hôpital de Bouar renaît [2/4]
    Feb 19 2026

    La Centrafrique poursuit lentement mais résolument son processus de reconstruction. À Bouar, une ville d'environ 30 000 habitants située à l’ouest du pays, l'hôpital préfectoral renaît progressivement après plusieurs années de profondes difficultés. Manque de personnel qualifié, insuffisance d'infrastructures adaptées, pénurie de médicaments et d'équipements médicaux... Autant de défis qui ont longtemps empêché cette formation sanitaire d'assurer pleinement sa mission première : sauver des vies. Aujourd'hui, en complément des efforts engagés par le gouvernement pour améliorer la qualité des soins, une nouvelle étape vient d'être franchie. Début février 2026, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a doté l'établissement en équipements médicaux, redonnant espoir au personnel soignant comme aux populations locales.

    De notre correspondant de retour de Bouar,

    Dans les couloirs silencieux du service des urgences, le temps semble suspendu. Sur les lits usés, les patients tentent de trouver le sommeil. Le bras relié à un sérum, ils observent presque machinalement les gouttelettes tomber une à une, au rythme lent de l'attente. Cet hôpital fonctionne avec des services limités : la chirurgie, la maternité, la pédiatrie et les urgences.

    Martin Zekana est le médecin-chef de cet hôpital : « Nous avons un circuit d'évacuation qui est clairement défini pour des cas qui dépassent notre plateau technique. Il s'agit entre autres des cas de traumatologie, des accidents de la voie publique où il y a des fractures ouvertes. On n'a pas un service de traumatologie, ni de radiologie qui peut nous situer sur la lésion osseuse. Devant cette situation, nous transférons les patients à l'hôpital général de Bangui. »

    Mireille, victime d'un accident, fait partie des patients pris en charge dans cet établissement. Comme beaucoup d'autres, elle vient de loin, du village de Kpocté, situé à proximité de Bouar : « À chaque maladie, nous sommes obligés de venir ici parce que dans mon village, il n'y a pas de centre de santé. Nous transportons les malades sur des motos ou dans des pousse-pousse, même les femmes enceintes. Nous sommes heureux que l'hôpital soit doté d'équipements qui permettront de sauver des vies et de s'occuper des malades. »

    Des défis à relever

    Cette dotation du HCR permet de relever le niveau du plateau technique de l'hôpital, explique le docteur Martin Zekana, médecin-chef : « Nous avons reçu le Dinamap, qui est un moniteur de paramètres vitaux d'un malade au niveau du bloc opératoire. Nous avons aussi reçu des lits de réanimation, des lits mécanisés. Il y a également des appareils qui nous permettent de voir dans quelle mesure le malade a besoin d'oxygène ou pas. »

    L'hôpital de Bouar est le plus grand de toute la préfecture. Mais avec l'accroissement de la population, sa capacité d'accueil reste limitée et le nombre de spécialistes se compte sur les doigts d'une main. « Nous avons des difficultés d'accès à l'électricité et à l'eau potable, explique le docteur Zekana. Il y a aussi d'autres défis à relever en termes d'extension d'infrastructures, la nécessité d'avoir un centre d'imagerie et surtout de rehausser notre plateau technique. »

    Toutefois, un autre problème majeur s'impose : l'hôpital ne dispose pas de morgue. En cas de décès, le corps est remis directement aux parents pour inhumation. C'est un besoin réel qui se fait sentir dans cette formation sanitaire.

    À lire aussiL'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4]

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  • L'Ouest centrafricain, une décennie après la crise: l'émotion des réfugiés de retour au pays [1/4]
    Feb 18 2026

    En Centrafrique, ils ont attendu douze longues années. Douze années d'exil, d'incertitude et de survie loin de leur terre natale. Ce mois de février 2026 marque la fin d'un chapitre douloureux pour 286 réfugiés centrafricains, qui ont fui la crise militaro-politique de 2013 pour se réfugier au Cameroun voisin. Après plus d'une décennie passée loin de chez eux, ils ont officiellement regagné la République centrafricaine, dans le cadre d'un retour volontaire organisé et encadré par les autorités des deux pays, sous la coordination du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies.

    De notre envoyé spécial,

    À l'aube, la frontière entre le Cameroun et la Centrafrique s'éveille dans un silence chargé d'histoire. Une dizaine de bus de transport en commun s'immobilisent devant la barrière qui sépare les deux pays. À leur bord, 286 réfugiés, pour la plupart des femmes et des enfants.

    Assis au premier rang du bus, Adamou tient fermement un drapeau centrafricain, tandis que son fils Nabil brandit celui du Cameroun. Tous deux regardent à travers les vitres : sur leurs visages, se lisent la fierté et une émotion difficile à contenir.

    « Mon fils est né au Cameroun dans un camp de réfugiés. Il y a passé treize années de sa vie. On lui montrait son pays à travers des photos. Aujourd'hui, il est fier d'être de retour dans son pays, comme s'il retrouvait une partie de lui qu'il n'avait jamais connue », raconte le jeune père.

    Lorsque la portière s'ouvre, Nafissa Zara se lève aussitôt. Elle se précipite pour descendre, la première, son sac serré contre elle. L'instant est chargé d'émotion. « J'ai fui la guerre. J'avais abandonné mon village dans l'urgence, laissant derrière moi des maisons détruites, des champs incendiés et des proches tués. Les souvenirs sont douloureux. Mais ce retour triomphal marque un signe d'espoir. Je suis là pour reconstruire mon pays », affirme-t-elle.

    Environ 600 000 Centrafricains ont trouvé refuge dans les pays voisins, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) de l'ONU. Son représentant, Williams Chemaly, affirme que plusieurs dizaines de milliers ont déjà pu regagner le pays.

    « En Centrafrique, nous avons 75 000 Centrafricains qui sont revenus d'asile durant les trois, quatre dernières années. En plus des rapatriés, il y a des personnes déplacées internes, presque 400 000 personnes déplacées à l'intérieur du pays. Notre travail est d'appuyer le gouvernement à servir les réfugiés étrangers, les personnes déplacées internes et les rapatriés », détaille-t-il.

    Une fois rapatriés et réinstallés, ces Centrafricains de retour bénéficient de plusieurs programmes de relèvement socio-économique. « De la nourriture, de la protection immédiate, des interventions sociales et des besoins sanitaires. Il y a des interventions de fonds pour aider les personnes à ouvrir les fenêtres pour l'avenir. Il y a un travail structurant avec le gouvernement pour que le retour ne marque pas la fin de l'assistance, mais le début du développement », affirme Williams Chemaly.

    À ce jour, au moins 14 pôles de développement ont été créés par le gouvernement, le HCR et les bailleurs de fonds. Ceux-ci visent à permettre aux réfugiés de devenir acteurs de leur avenir, portés par l'espoir de reconstruire leur pays.

    À lire aussiOuest de la Centrafrique: avec la saison de la transhumance, tensions entre agriculteurs et éleveurs ressurgissent

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  • Maroc: les contrôles de police sur les hausses de prix renforcés à l'approche du ramadan
    Feb 17 2026

    Au Maroc, comme chaque année à l'approche du ramadan, les autorités renforcent le contrôle des denrées alimentaires. Elles vérifient l'affichage des prix, la qualité, s'assurent qu'il n'y a pas de risque de spéculation. Viande, poissons, fruits secs... Les produits phares du mois sacré sont particulièrement surveillés. Des tournées d'inspection sont organisées chez les commerçants, dans les marchés notamment. RFI a pu suivre l'une de ces opérations à Casablanca.

    De notre correspondant à Casablanca,

    Le marché Badr de Casablanca, au Maroc, un petit bâtiment à l'architecture futuriste, a été choisi ce matin par la police pour un contrôle, à l'approche du ramadan. Factures et étiquettes sont passées au crible pour identifier les produits suspects. Une dizaine de personnes participent ici à la commission mixte locale, composée de représentants des services d'hygiène, mais aussi de sécuritaires et d'autres membres de l'administration. Il y a des commissions mixtes aux quatre coins du royaume qui mènent ce genre d'opérations de terrain.

    Dans une boucherie du marché, un lot de saucisses est saisi. Le boucher n'a pas pu fournir de justificatifs. La marchandise, environ cinq kilos de viande, est, dans le doute, immédiatement détruite. Un peu plus loin, c'est au tour d'un vendeur de fruits secs d'être contrôlé. « On n'a pas peur. On est prêts pour le ramadan. Quand tu travailles bien, que tu es dans la légalité et que ta marchandise est correcte, tu n'as pas peur d'être contrôlé, tu te contrôles déjà toi-même. C'est bien, le contrôle », affirme-t-il. Du côté des consommateurs, ce genre de contrôle rassure. « C'est bien de vérifier l'hygiène, la qualité des produits, les dates de péremption, de voir si les prix conviennent », estime une cliente.

    « Il convient de souligner que le contrôle ne se limite pas uniquement au mois de ramadan, mais il est assuré tout au long de l'année par sept préfectures pour 2026. Pour le nombre de commerces contrôlés, 2 161 locaux commerciaux ​​​​​​​– on a relevé presque 69 infractions », détaille Norredine Bougam, chef de la division des affaires économiques et de la coordination relevant de la préfecture des arrondissements de Casablanca Anfa.

    La société civile salue cette démarche. Bouazza Kherrati est le président de la Fédération marocaine des droits du consommateur. « C'est indispensable. Surtout pendant cette période du mois de ramadan, où certains commerçants essaient de vendre les produits invendus, dont certains périmés, et manquent à leurs devoirs et à l'obligation d'affichage des prix. Ce sont des opérations que nous considérons comme ayant surtout des résultats psychologiques », rappelle Bouazza Kherrati, président de la Fédération marocaine des droits du consommateur

    Durant tout le ramadan, les Marocains sont invités à signaler les infractions via un numéro activé spécialement par les autorités pour le mois sacré.

    À écouter aussi[Vos réactions] Ramadan 2026 : redoutez-vous une hausse des prix ?

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  • Nigeria: le système hospitalier face aux soins apportés aux enfants[2/2]
    Feb 16 2026

    À Lagos, la clinique privée Euracare a déclaré, il y a quelques semaines, avoir lancé une enquête interne « approfondie » pour identifier les causes du décès de l'un des enfants de l'écrivaine Chimamanda Adichie. Dans un communiqué, l'établissement hospitalier privé réfute toujours les allégations de négligence médicale. Le gouverneur de l’État de Lagos a demandé à l’agence gouvernementale chargée de l’inspection des établissements de santé d’ouvrir une enquête administrative sur les circonstances du décès. Reportage lors d'une inspection d'un hôpital privé à Lagos avec des agents de l'HEMAFAA (Lagos State Health Facilities Monitoring and Accreditation Agency).

    De notre correspondant de retour de Lagos,

    Abiola Idowu observe en retrait. Son équipe d'inspecteurs scrute chaque salle et équipement de cet hôpital privé d'Ikeja. L'HEMAFAA (Lagos State Health Facilities Monitoring and Accreditation Agency) accrédite les établissements de santé de Lagos.

    Directrice exécutive de cette agence, Abiola Idowu diligente toutes les enquêtes liées à des erreurs médicales. « Peu importe qui vous êtes, d'où vous venez. Nous avons le devoir d'enquêter et d'aller au fond des choses. La loi nous donne le pouvoir d'agir sur tout établissement. En cas d'infraction, nous sanctionnons l'établissement. Nous ne nous arrêtons pas là. Nous renvoyons également l'affaire devant les ordres des médecins ou des infirmiers. »

    Dans ce type d'enquête, « parfois, tout n'est pas noir ou blanc »

    L'agence HEMAFAA travaille donc sur la mort brutale du fils de Chimamanda Adichie. Ce type d'enquête est familier pour le Dr Veronica Iwayemi. Cette haute fonctionnaire chapeaute notamment les 320 centres primaires de santé de la mégapole.

    À plusieurs reprises, Veronica Iwayemi a été confrontée à des tragédies impliquant des enfants de moins de cinq ans. « Parfois, tout n'est pas noir ou blanc, et vous ne voulez pas dire aux parents : "vous avez commis une erreur". Mais il existe un moyen de le faire sans culpabiliser les parents. S'il s'agit de notre personnel, par exemple, cette personne a été formée et d'une manière ou d'une autre, il y a quand même eu ces erreurs. Bien sûr, cette personne devra se présenter devant la commission d'enquête. »

    À lire aussiNigeria: le décès d'un enfant de l'autrice Chimamanda Adichie expose la crise du monde de la santé[1/2]

    Au Nigeria, le ratio médecin-patient est 13 fois au-dessus de la norme de l'OMS

    À chaque erreur médicale au Nigeria, des experts pointent du doigt les failles systémiques. Le ratio médecin-patient est de 1 pour 8 000, alors que l'OMS recommande 1 pour 600. De nombreux professionnels nigérians de la santé sont attirés par de meilleures conditions de travail à l'étranger.

    Le Dr Adenuga préside le syndicat des médecins internes de Lagos. « Les médecins nigérians partent désormais au Rwanda, en Namibie ou en Afrique du Sud pour travailler, car ces pays offrent des salaires plus élevés. Pour un travail identique, au Nigeria, on vous paiera 300 dollars. En Namibie ou au Rwanda, vous gagnerez 2 000 dollars. Alors pourquoi vouloir rester ici ? »

    En attendant les résultats de l'enquête de l'agence HEMAFAA, Chimamanda Adichie et sa famille vivent le deuil du petit Nkanu Nnamdi, loin des regards.

    À lire aussiNigeria: l'autrice Chimamanda Adichie accuse un hôpital de négligence après la mort de son fils

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  • Nigeria: le décès d'un enfant de l'autrice Chimamanda Adichie expose la crise du monde de la santé
    Feb 15 2026

    À Lagos, la clinique Euracare a déclaré il y a quelques semaines avoir lancé une enquête interne « approfondie » pour identifier les causes du décès brutal d'un des enfants de l'écrivaine Chimamanda Adichie. Ce drame, partagé par de nombreuses familles nigérianes, met en lumière la crise systémique traversée par le monde de la santé au Nigeria.

    De notre correspondant de retour de Lagos,

    Dans un communiqué, l'établissement hospitalier privé réfute toujours les allégations de négligence médicale. Pourtant, ses équipes médicales devront répondre aux questions de la commission mise sur pied par l'État de Lagos.

    Efe Ose a survécu à une erreur médicale en 2008. À l'époque, cette quadragénaire est à son 7ᵉ mois de grossesse. Son médecin lui prescrit alors un médicament pourtant interdit aux femmes enceintes. 17 ans plus tard, pour Efe, la disparition brutale du fils de la romancière Chimamanda Adichie est impardonnable.

    « J'ai pleuré, je n'ai pas pu lire l'article en entier, témoigne-t-elle. Non, aucune mère, aucun parent ne devrait avoir à enterrer son enfant. Oh, non. Au lieu de gérer la situation, ils l'ont mal gérée. La perte d'une vie qui ne pourra jamais être retrouvée, c'est tellement douloureux. »

    Selon la famille de Chimamanda Adichie, Nkanu Nnamdi devait subir une ponction lombaire et une IRM. Le 6 janvier 2026, l'enfant de 21 mois ne s'est jamais réveillé, laissant derrière lui son frère jumeau.

    Dans un centre de santé primaire de Lagos, le Dr Esther Dabiri s'adresse à une douzaine de mamans. Toutes sont accompagnées de leur nourrisson devant être vacciné. « En tant que mère, je me range du côté de Chimamanda. Je sais ce que c'est neuf mois de stress. Mais cet hôpital a fait de son mieux, opine la médecin. Je suis sûre qu'elle leur faisait confiance, c'est pourquoi elle y a emmené son enfant. Je suis sûre qu'ils ont fait de leur mieux. Les professionnels ont essayé. Des erreurs humaines se sont produites. »

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    « Que pouvons-nous apprendre de cette tragédie ? »

    Les avocats de l'écrivaine star ont adressé une mise en demeure à la clinique incriminée. Ils réclament notamment l’accès aux images de vidéosurveillance.

    PDG d'un hôpital privé à Ikeja, Dr John Bankole comprend la vague d'émotion déclenchée par ce drame, même s'il regrette certaines réactions sur les réseaux sociaux. « La grande majorité des gens ne connaissent même pas tous les détails. Les soins de santé sont un domaine très complexe, affirme-t-il. Mais nous, les professionnels, que pouvons-nous apprendre de cette tragédie ? Comment pouvons-nous améliorer notre système et comment gérer les informations ? »

    Et comme des dizaines de milliers de professionnels de santé, John Bankole s'active au quotidien pour réduire la mortalité infantile. Selon l'OMS, au Nigeria en 2022, sur 1 000 naissances, 108 enfants n'atteignaient pas l'âge de 5 ans.

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  • Au Nigeria, les expulsés du bidonville de Makoko ont peu d'espoir en l'avenir [2/2]
    Feb 14 2026

    Au Nigeria, l'État de Lagos a ordonné en décembre la destruction d'une bonne partie du bidonville de Makoko, une communauté de pêcheurs historique, bâtie sur pilotis en bord de lagune. Les autorités avancent des raisons de sécurité pour éloigner les habitations de lignes à haute tension. Elles ont aussi annoncé cette semaine avoir conclu un accord de développement urbain avec certains chefs de Makoko. Mais les habitants, qui ont tout perdu, ont du mal à croire que ces projets leur bénéficieront.

    De notre envoyée spéciale à Lagos,

    Certaines familles de pêcheurs sont établies depuis des générations dans la communauté de Makoko. Parmi ces habitants, il y en a qui sont originaires de Badagry ou ont des liens avec le Bénin voisin. C'est le cas de Marcel Adigban. Avec sa compagne, ils font partie des expulsés du bidonville. « Nos parents étaient ici depuis plus de cent ans et un jour, on vient et on nous dit qu'on doit quitter les lieux !, alerte-t-il. C'était vraiment très difficile, parce qu'on n'avait pas planifié d'aller à un autre endroit. Ils ont tout cassé, notre maison... Il n'y a plus rien quoi ! »

    Marcel et sa jeune compagne disent que leur nouveau-né, âgé de quelques jours, est décédé, suite à l'inhalation de gaz lacrymogènes lancés par les forces de sécurité pour disperser les habitants avant le passage des bulldozers.

    « Quand ils ont voulu prendre notre place, ils auraient pu nous laisser un autre endroit, mais ils ne l'ont pas fait, poursuit Marcel Adigban. Je ne sais pas quelles intentions ils ont... » Selon lui, les choses auraient pu se dérouler autrement : « Quand on veut déloger quelqu'un, il faut d'abord le prévenir, lui dire qu'il ne va pas rester là, que tel jour on va venir et qu'on va lui trouver un autre endroit, mais ils n'ont rien fait ! Nous sommes partis chercher un autre terrain, mais où est l'argent pour payer ? », finit-il par s'interroger.

    À lire aussiNigeria: la démolition du bidonville de Makoko provoque le déplacement de milliers de personnes à Lagos

    « Prendre notre terre pour la donner aux riches »

    Le gouvernement de Lagos projette maintenant de réhabiliter le littoral. Des travaux de remblai ont commencé en même temps que les opérations de démolition.

    « Moi, je pense que le gouvernement essaie de prendre notre terre pour la donner aux riches de Lagos ou construire des hôtels, estime Roderick Tosin Ayinde, qui dirige une école à Makoko. C'est exactement ce qu'ils ont fait dans certaines communautés, comme Tarkwa Bay. Parce que les îles de Lagos sont très peuplées, donc ils ont besoin de plus de terrains pour construire. »

    Le gouvernement de l'État de Lagos évoque un investissement de 10 millions de dollars, dont une grande partie pourrait être financée par les Nations unies.

    Pendant ce temps, la situation humanitaire sur place nécessiterait des mesures d'urgence, selon Betty Abah, qui dirige l'ONG CEE-Hope. « Les autorités ont bien fait comprendre qu'elles ne voulaient pas discuter avec les avocats ou les ONG, pour avoir les mains libres et exploiter l'ignorance de quelques chefs communautaires, analyse la directrice d'ONG. Que font-ils pour reloger les gens ? Où sont les compensations financières ? Pourquoi un projet de développement urbain doit-il coûter des vies humaines ?! », s'indigne-t-elle.

    Pour l'heure, les autorités ont promis de stopper les démolitions et les expulsions, mais exhortent la population à ne rien reconstruire sur les ruines de Makoko.

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