Il y a cinq ans en France, le rapport de la CIASE – la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, ou rapport Sauvé du nom de son président Jean-Marc Sauvé - révélait en octobre 2021 l’ampleur des violences sexuelles dans l’Église catholique en France.
Un véritable choc : selon les estimations, depuis 1950, plus de 200 000 personnes auraient été victimes de prêtres pédophiles, un chiffre qui monterait à plus de 330 000, si on y ajoute des laïcs qui travaillent dans des institutions liées à l’Église. Plus de 80% des victimes étaient des garçons…
La Conférence des Évêques de France avait accueilli ce rapport accablant avec honte, les évêques s’étaient mis à genou à Lourdes en novembre 2021 lors de leur assemblée plénière, un geste pour exprimer leur repentance. Ils y avaient annoncé la création de l’INIRR, l’Instance Nationale Indépendante de Reconnaissance et de Réparation, pour les victimes qui étaient mineures au moment des faits, relevant des diocèses. Puis la Conférence des Religieux et Religieuses de France, la Corref (dont la présidente était à l’époque Véronique Margron, religieuse dominicaine et théologienne, très impliquée dans l’écoute des victimes de violences sexuelles dans l’Église), a créé une autre instance complémentaire, la CRR, la Commission de Reconnaissance et de Réparation pour les victimes de membres de congrégations religieuses.
L’INIRR, dont l’Église de France a annoncé en mars 2026 la fin d’activité prochaine, propose une autre instance qui sera permanente à compter du 1er septembre 2026, l’INIAVE – Instance nationale indépendante d’accompagnement des victimes dans l’Église - dépendant des diocèses, ce qui a suscité de vives interrogations parmi les personnes victimes.
Lors de sa visite apostolique en France, le pape Léon XIV a rencontré 7 personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église, il a appelé l’Église à « reconnaitre ses propres fautes » tout en nuançant leur caractère systémique, préférant parler de « certaines organisations au sein de l'Église qui, parfois, si l'on peut dire, ont commis des abus en tant que système »
Dans cette émission, nous faisons le point sur les 5 années de l’INIRR auprès de laquelle près de 2 000 personnes victimes se sont adressées : 5 années d’accompagnement, de reconnaissance, de réparation, une expérience inédite, complexe, qui peut servir de modèle dans d’autres pays, mais qui n’a pas été facile, certains au sein de l’Église appelant à tourner la page, comme si c’étaient des abus et des crimes du passé.... Mais ces violences sexuelles dans l’Église catholique se poursuivent et ne se limitent pas à un seul pays, le phénomène est global et systémique selon plusieurs commissions qui ont pu enquêter, où des mécanismes peuvent encore autoriser le silence, le déplacement de prêtres pédophiles et empêcher les alertes et l’écoute.
Invitée en studio :
Marie Derain de Vaucresson, juriste spécialiste des droits de l’enfant, ancienne Défenseure des enfants auprès du Ministère de la Justice, présidente bénévole de l’INIRR de 2021 à 2026, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, dont le mandat s’est achevé le 30 septembre 2026.
Témoignages de personnes victimes de violences sexuelles dans l’Église.
Rapport de mission de l’INIRR 2021-2026 « Porter un devoir de justice et de réparation ».