Couverture de Questions d'environnement

Questions d'environnement

Questions d'environnement

De : RFI
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La Terre est en surchauffe, l’ensemble du vivant chaque jour plus menacé et la science très claire : les activités humaines sont responsables de cette situation. Le temps compte pour agir afin de préserver nos conditions de vie sur la planète. Quels sont les bouleversements en cours ? Comment les décrypter ? Et quelles sont les solutions pour enrayer cette dégradation, pour adapter nos modes de vie et nos infrastructures au changement du climat, pour bâtir un avenir plus durable pour tous ? À tour de rôle, les spécialistes environnement de la rédaction de RFI ouvrent la fenêtre sur notre monde en pleine mutation.

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    Épisodes
    • En Ukraine, pourquoi les attaques contre l'environnement sont des armes de guerre
      Feb 24 2026
      Des forêts brûlées, des rivières polluées, des barrages détruits... Quatre ans après l'invasion russe, les impacts sur la nature ont aussi des impacts sur les populations civiles. Les populations sont en première ligne, la nature aussi. Quatre ans de guerre en Ukraine, c'est aussi quatre ans d'attaques contre l'environnement, qui ont aussi un impact sur les civils déjà victimes des bombardements directs. Première cible : les forêts. Elles sont volontairement incendiées pour y déloger les soldats qui s’y cachent. Et ces incendies sont parfois incontrôlés, l’été, en période de sécheresse – on ne peut pas faire la guerre au feu quand on a déjà du mal à faire la guerre à l’armée russe. À lire aussiUkraine: «La nature est une victime silencieuse de cette guerre» « Ces batailles détruisent les arbres, décrit François Grünewald, chercheur au groupe de réflexion URD (Urgence, réhabilitation, développement) et président du Comité d’aide médicale Ukraine. Les armées creusent des trous, font des tranchées. Il y a vraiment des impacts forts sur le couvert forestier. » Autre impact notable dans les campagnes : quand les centrales électriques sont ciblées par les bombardements russes, on coupe aussi des arbres tout simplement pour se chauffer. Des tonnes de poissons morts Mais il n’y a pas que les forêts qui sont prises pour cibles ; les rivières également, qui sont aussi, « dans certaines zones, des lieux de combats, potentiellement minés, poursuit François Grünewald. Les rivières ukrainiennes étaient déjà très polluées avant la guerre, mais il y a eu après des lâchers de produits chimiques venant de Biélorussie, qui ont tué des tonnes de poissons, échoués sur les berges. Il y a aussi toute cette pratique de la destruction des barrages. Cela fait des masses d'eau qui, d'un seul coup, arrivent à toute vitesse et arrachent tout : habitations, unités de stockage de produits chimiques... et tout cela part dans l'eau et a donc des impacts très négatifs sur les rivières. » Il y a eu notamment la destruction du barrage de la Kakhovkha, sur l'immense fleuve Dniepr qui traverse l'Ukraine. Une immense catastrophe humaine et écologique en juin 2023. Les eaux du lac ont provoqué une immense vague qui a tout détruit. Depuis, il n’y a plus de lac, et donc il n’y a plus d’eau pour l’alimentation et pour l’agriculture. « Des zones entières du sud de l'Ukraine, très dépendantes de l'eau pour l'irrigation, se sont retrouvées sans eau. Je suis repassé dans des zones, il y a quelques semaines, où les gens me disaient : “Mais en fait, depuis qu'on n'a plus d'irrigation, nos récoltes de céréales, nos récoltes de tournesol, ont diminué de trois ou quatre” », raconte François Grünewald. À la place du lac, la nature a repris ses droits : une forêt s’est mise à pousser. « Il y a en effet un retour de la biodiversité, de la forêt, des oiseaux, des insectes. Ceci dit, la forêt dans le fond du lac ne remplacera jamais l'accès à l'eau nécessaire pour les populations », nuance François Grünewald. Antibiorésistance Quatre ans de guerre ont aussi renforcé l'antibiorésistance déjà observée au temps de l'URSS. « Dans toute la période soviétique, on utilisait énormément les antibiotiques, notamment à large spectre. L'Ukraine est arrivée à la guerre avec une prévalence de multirésistances très importante. Beaucoup de blessés sur le champ de bataille arrivent avec des plaies souillées, des risques d'infection très importants, et de nouveau on utilise des antibiotiques multirésistants, ce qui continue d'aggraver le problème. Ces bactéries multirésistantes vont vraiment poser un problème de santé publique sur l'ensemble de l'Europe », témoigne le président du Comité d’aide médicale Ukraine. À lire aussiGuerre en Ukraine: Kiev réclame 43 milliards de dollars de compensation climatique à Moscou La liste est longue de toutes les conséquences de la guerre sur l'environnement. On peut aussi évoquer les bombardements ukrainiens sur les infrastructures pétrolières russes, qui produisent de la pollution, des particules fines, et des émissions de CO2. Toutes ces attaques ont un coût environnemental, qui augmente chaque année. Les dommages climatiques de la guerre en Ukraine s’élèvent désormais à plus de 57 milliards d’euros, selon le calcul effectué à partir du prix de la tonne de CO2 par Ecoaction, une organisation ukrainienne qui défend l'environnement.
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    • Une histoire de rendez-vous manqués: pourquoi la voiture électrique a mis plus d’un siècle à s’imposer?
      Feb 23 2026
      Les premiers moteurs électriques sont nés avant les moteurs à essence. Mais l'autonomie des batteries fut longtemps son plus gros handicap face au pétrole, une énergie « facile ». Une voiture sur cinq vendue dans le monde est aujourd'hui électrique. En Norvège, on a même dépassé les 95% en 2025. La voiture électrique, vecteur phare de la transition énergétique, a ainsi mis plus d’un siècle à s’imposer, et même près de 200 ans si on considère le premier véhicule électrique, conçu en 1834, bien avant l'invention du moteur thermique, le moteur à essence. À lire aussiVéhicules électriques: face au ralentissement du marché, les constructeurs revoient leurs ambitions à la baisse À la fin du XIXe siècle, quand l'automobile commence à se développer, trois énergies sont en concurrence : la vapeur, celle qui fait rouler les trains ; le pétrole, pour les voitures à essence ; et l'électricité, qui se déploie partout. Mais la voiture électrique a alors un énorme handicap, son autonomie. « Elle est dérisoire, raconte Jean-Louis Loubet, historien, co-auteur de L'incroyable histoire de l'automobile (éditions Les Arènes). On doit faire 80 kilomètres avec une flopée de batteries dans la voiture. On ne peut pas s'en servir si on a envie de prendre la route. Cela explique pourquoi ça ne marche pas en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Au contraire, aux États-Unis, où vous n'avez pas de réseau routier, on roule uniquement dans les villes. Et donc, dans ces conditions, au tout début du XXe siècle, à peu près un tiers des automobiles aux États-Unis sont électriques. » L'électricité contre l'électrique Mais ce succès ne dure pas. Grâce, ou à cause de trois Américains. D’abord Henry Ford, qui popularise la voiture à essence, avec un modèle bon marché, la Ford T. Ensuite, John D. Rockfeller, le premier milliardaire américain (grâce au pétrole), qui développe les stations-service. « Rockefeller se rend compte de la possibilité d'un marché quasiment sans limite. Donc les stations-service se développent en dehors des villes. Enfin, et surtout, un ingénieur, Charles Kettering, va inventer un engin merveilleux qui s'appelle le démarreur électrique. Les gens qui étaient gênés par la voiture thermique à cause de la manivelle, qui est dangereuse à manipuler, vont avoir un démarreur électrique. Et voilà comment l'électricité va tuer la voiture électrique, ce qui est quand même paradoxal ! », sourit Jean-Louis Loubet. À lire aussiL'Union européenne renonce au tout-électrique en 2035 et autorise une part limitée de voitures thermiques Mais la voiture électrique ne s'avoue pas vaincue, notamment en France, pendant la Seconde Guerre mondiale. Face à la pénurie de pétrole, monopolisé par l’occupant nazi, le régime de Vichy finance un modèle de voiture électrique, plutôt performant. Arrive la Libération, « et là, on se demande, puisqu'on manque de tout en France, si l'automobile électrique ne va pas pouvoir redémarrer vraiment. Mais pas du tout. Dans la mentalité des Français, une voiture électrique, c'est une voiture de Vichy, donc on n'en veut pas. Quel est le modèle à la Libération ? C'est l'Amérique, c'est le pétrole, c'est la Jeep », poursuit Jean-Louis Loubet. La révolution du lithium Dans l'histoire de la voiture électrique, il y a encore un autre rendez-vous manqué, aux États-Unis dans les années 90. Face à la pollution, la Californie veut imposer des quotas de voitures électriques. General Motors fait semblant de jouer le jeu, sort la EV1, un modèle futuriste. « La voiture électrique n'est pas en train d’arriver, elle est là », assène une publicité qui ressemble en fait à un film d'horreur : on a plutôt l'impression de l'arrivée des extra-terrestres sur Terre. General Motors refuse d'ailleurs de vendre ses modèles, réservés à la location. Ils finiront broyés dans le désert... Son patron reconnaitra plus tard une erreur historique. À lire aussiAutomobile: la stratégie chinoise qui bouleverse le marché mondial du thermique Il faut finalement attendre un saut technologique pour que la voiture électrique commence à s’imposer. Avec les batteries à lithium, on entre dans une autre dimension. « Ça, ça change la donne parce qu’enfin, il y a des batteries avec une autonomie bien supérieure. Le saut est vertigineux en l'espace d'un quart de siècle ! », souligne Jean-Louis Loubet. Mais la technologie ne fait pas tout. Il y a la COP21, en 2015, une vraie prise de conscience de la crise climatique, suivie de décisions politiques, en Europe, ou en Chine, pour imposer la voiture électrique. Elle est, enfin, au rendez-vous.
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      4 min
    • Pourquoi les baleines sont-elles des alliées du climat?
      Feb 19 2026

      Les grands cétacés produisent des déjections qui favorisent le phytoplancton, les microalgues au rôle majeur dans la séquestration du CO2.

      C’est animal exceptionnel qui mérite bien une journée mondiale, comme chaque 19 février. Exceptionnel d'abord par sa taille et son poids. La baleine est le plus grand animal qu'on peut rencontrer sur la planète. La baleine bleue, le plus imposant de tous les cétacés, pèse en moyenne 130 tonnes, sa langue est plus lourde qu'un éléphant, et chez le mâle, le pénis mesure plus de deux mètres -de quoi raviver des complexes chez d'autres mammifères. Mais le plus important n'est pas la taille mais le rôle que jouent les baleines dans la lutte contre le réchauffement climatique, en faisant caca et pipi.

      Une baleine produit près de 1000 litres d'urine par jour, et dans l'urine, il y a de l'azote, de l'engrais qui favorise la production de phytoplancton. Ces microalgues sont à la base de tout, à l'origine de la vie, à la base aussi de la chaîne alimentaire en mer. Lorsqu'il est à la surface de l'océan, le phytoplancton fait de la photosynthèse, comme toutes les plantes : il produit de l'oxygène (il produit même la moitié de l'oxygène de la planète), et il capte du CO2 (40% du CO2 présent dans l'atmosphère).

      Fèces et fer

      Mais le plus intéressant, ce sont les déjections des baleines, qui contiennent du fer, un nutriment encore plus important pour les microalgues. « Ce fer va être rendu biodisponible pour stimuler une nouvelle production de phytoplancton, détaille Christophe Guinet, directeur de recherche CNRS au Centre d'études biologiques de Chizé dans l’ouest de la France. Ce phytoplancton fixe à travers la photosynthèse du carbone atmosphérique. Les herbivores vont brouter ce phytoplancton et vont produire en profondeur ce qu'on appelle des pelotes fécales qui vont sédimenter vers le fond des océans et entraîner avec elles le carbone organique ».

      C'est ce qu'on appelle la pompe biologique, la pompe à carbone. D'une autre manière, les microalgues qui meurent sans avoir été avalées finissent au fond de l’océan, et le carbone qu'elles contiennent est lui aussi coincé tout en bas, loin, très loin de l'atmosphère.

      Les baleines ont d'ailleurs un rôle majeur dans l'écosystème marin et in fine dans la séquestration du CO2. Dans l'océan Austral, après l'interdiction de la chasse à la baleine, la population des cétacés a augmenté, tout comme le phytoplancton. « Ce qu'on observe, c'est une augmentation probablement multifactorielle, avec une contribution tout à fait possible des grands cétacés. Plus de phytoplancton, ce sont plus d'organismes qui vont brouter ce phytoplancton et qui vont contribuer à l'exportation du carbone vers l'océan profond », souligne Christophe Guinet.

      CO2 en stock

      Enfin les baleines capturent directement du carbone, et même beaucoup, compte tenu de leurs poids et de leur longévité – une baleine peut parfois vivre un siècle, ce qui représente une énorme quantité de CO2 stocké qui se retrouvera au fond de l'océan à la mort de l'animal. Cela dit, c'est un phénomène qui joue à la marge par rapport au phytoplancton. D'ailleurs toutes les baleines mortes ne coulent pas au fond de l'océan – c'est une question de densité.

      « Si vous avez une baleine très très grasse, elle va flotter à la surface de l'océan et elle va être consommée par un ensemble de prédateurs, des oiseaux marins, des requins aussi qui peuvent s'alimenter sur les carcasses. Une partie de ce carbone va donc être finalement remise en circulation avant d'être piégée dans les sédiments du fond de l'océan », précise Christophe Guinet. Une baleine morte stocke en moyenne 33 tonnes de CO2 ; c'est le bilan carbone de plus de 400 smartphones. Alors si vous pensez que vous ne pouvez pas vous passer de votre téléphone, on est sûr qu'on ne peut pas se passer des baleines.

      À lire aussiLes baleines, anges gardiennes de la Terre

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