Épisodes

  • Effondrement imminent pour « le glacier de l’apocalypse » ?
    Feb 19 2026

    Il porte un surnom qui sonne comme une menace : le « glacier de l’apocalypse ». Son nom scientifique, lui, est plus discret : Thwaites. Mais ce gigantesque glacier de l’Antarctique est aujourd’hui au cœur d’une inquiétude mondiale. Car s’il venait à s’effondrer, ses conséquences pourraient redessiner les côtes de la planète.


    À lui seul, ce glacier contient suffisamment d’eau pour faire monter le niveau des océans de plus de 60 centimètres. Et dans un scénario plus extrême, son effondrement pourrait déclencher une réaction en chaîne impliquant l’ensemble de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental. Dans ce cas, la hausse des mers pourrait atteindre jusqu’à 4,5 mètres sur plusieurs siècles. Une perspective qui mettrait en danger des dizaines de millions de personnes vivant dans des zones côtières. Ce qui inquiète les scientifiques, ce n’est pas seulement sa taille — comparable à celle de la Floride — mais la vitesse à laquelle il se dégrade.


    La longueur totale des fissures a doublé en vingt ans, passant d’environ 160 kilomètres à plus de 320 kilomètres. Ces fractures apparaissent notamment dans une zone appelée « zone de cisaillement », une région où les contraintes mécaniques sont particulièrement fortes. Résultat : la structure du glacier devient de plus en plus instable. Mais le danger ne vient pas seulement de la surface. Sous la glace, invisible à l’œil nu, un autre processus est à l’œuvre. Une autre étude révèle que les eaux océaniques plus chaudes s’infiltrent sous le glacier, provoquant une fonte accélérée. Ce phénomène peut évoluer rapidement, parfois en quelques jours seulement. Des courants tourbillonnants, appelés « eddies », larges de plusieurs kilomètres, creusent littéralement la base du glacier.


    Selon une étude récente, un effondrement total dans les prochaines décennies reste peu probable. Mais les chercheurs estiment que le recul va continuer, et probablement s’accélérer tout au long du XXIᵉ et du XXIIᵉ siècle. Les conséquences seraient globales. Montée des océans, submersion de zones côtières, déplacements de populations. Et surtout, un effet domino possible sur d’autres glaciers de l’Antarctique. Face à ce risque, les scientifiques sont clairs : la meilleure solution reste la réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre. Autrement dit, limiter le réchauffement climatique pourrait ralentir ce processus et éviter le pire. Car le glacier Thwaites n’est pas seulement une masse de glace isolée, perdue au bout du monde. C’est un indicateur. Un signal d’alarme. Et peut-être l’un des premiers témoins visibles des transformations profondes en cours sur notre planète.

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  • Interpol détourné par les pays les plus répressifs ?
    Feb 17 2026

    Interpol. Un nom qui évoque les grandes traques internationales, les criminels arrêtés à l’autre bout du monde, les réseaux démantelés grâce à une coopération policière sans frontières. Créée il y a plus d’un siècle, l’organisation regroupe aujourd’hui 196 pays et joue un rôle clé dans la lutte contre le terrorisme, le narcotrafic, la traite d’êtres humains ou la cybercriminalité. C’est notamment grâce à cette coopération que des figures comme Radovan Karadzic et Ratko Mladic, responsables du génocide de Srebrenica. Mais derrière cette image d’élite mondiale de la police, une enquête fondée sur une fuite massive de documents internes, révélée par Disclose et la BBC, décrit une réalité beaucoup plus troublante. Selon cette enquête, les outils d’Interpol sont régulièrement détournés pour poursuivre non pas des criminels, mais des opposants politiques, des journalistes, ou des militants.


    Au cœur du problème : les fameuses « notices rouges ». Ces fiches permettent à un État membre de demander l’arrestation d’une personne dans n’importe quel pays participant au réseau, en vue d’une extradition. Officiellement, ces demandes sont strictement encadrées. Les statuts d’Interpol interdisent explicitement toute intervention dans des affaires politiques, militaires, religieuses ou raciales. En pratique, pourtant, les abus sont nombreux.


    Aujourd’hui, 86 000 notices rouges sont actives, mais moins de 10 % sont publiques. Cela signifie que la grande majorité des personnes visées ignorent qu’elles font l’objet d’un avis de recherche international. Beaucoup ne le découvrent qu’au moment le plus brutal : lors d’un contrôle de police ou à un passage de frontière, parfois dans des pays démocratiques. Selon les documents révélés par l’enquête, la Russie arrive en tête des pays ayant le plus de notices rouges en circulation, suivie par de nombreux États autoritaires. Sur les trente pays les plus actifs, vingt sont considérés comme non démocratiques.


    La Russie illustre l’ampleur des dérives. Sur 194 dossiers liés à Moscou examinés en 2024, près de la moitié ne respectaient pas les règles d’Interpol. Face à ces abus, la Russie avait été placée sous surveillance renforcée en 2022. Mais selon les informations révélées par l’enquête, ces mesures ont récemment été assouplies, sans explication publique. D’autres pays sont également pointés du doigt. La Chine est accusée d’utiliser le système pour traquer des dissidents politiques ou des membres de la minorité ouïghoure. Le Tadjikistan aurait ciblé des opposants en exil sous couvert de lutte antiterroriste. Et la Turquie, selon une note interne datée de 2025, continue de poser des « défis » importants à l’organisation. Les dérives ne se limitent pas aux notices rouges. Certains États exploitent aussi d’autres outils d’Interpol. Par exemple, la Russie aurait utilisé le système de messagerie interne pour localiser des opposants à l’étranger. La Biélorussie, elle, aurait détourné la base de données des véhicules volés. En 2024, l’opposante Veronika Tsepkalo a été arrêtée à une frontière européenne parce que sa voiture figurait dans ce fichier. Deux mois plus tard, Interpol a retiré 83 véhicules liés à la Biélorussie, reconnaissant implicitement des anomalies.

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  • Des drogues hallucinogènes pour soigner la dépression ?
    Feb 15 2026

    À écouter certains témoignages, les psychédéliques ressemblent à une porte de sortie. À en croire d’autres, ils peuvent être un piège. C’est cette tension, entre promesse thérapeutique et risques bien réels, qui place aujourd’hui médecins, régulateurs et politiques devant un dilemme : faut-il autoriser, un jour, la prescription encadrée de substances comme la psilocybine — le principe actif des « champignons hallucinogènes » — dans le traitement de troubles psychiatriques ?


    Larissa Hope en est convaincue. Elle raconte qu’une faible dose de psilocybine, prise sous supervision clinique, a été un tournant. À 17 ans, alors qu’elle démarrait sa carrière d’actrice et venait d’être choisie pour la série télévisée Skins, la célébrité aurait fait remonter un traumatisme jusque-là enfoui. Les antidépresseurs, dit-elle, n’ont pas été efficaces. En revanche, cette séance encadrée, associée à une thérapie, l’aurait aidée à affronter des pensées suicidaires.


    Mais l’histoire de Jules Evans est l’exact opposé. Chercheur universitaire, il a pris du LSD à 18 ans, de façon récréative, et décrit une expérience terrifiante, avec des idées délirantes : l’impression que tout le monde parlait de lui, le jugeait, le condamnait. « J’ai cru m’être abîmé pour toujours », dit-il. « Le pire moment de ma vie. » Des années après, il affirme avoir souffert d’anxiété sociale et d’attaques de panique, avant un diagnostic de stress post-traumatique. Il dirige aujourd’hui un projet d’aide aux personnes ayant vécu des « bad trips » — ces expériences psychédéliques extrêmement difficiles.


    Depuis 2022, plus de vingt essais ont testé différentes substances pour des troubles comme la dépression, le PTSD ou l’addiction. Beaucoup de résultats paraissent encourageants ; d’autres sont plus mitigés, parfois difficiles à interpréter ; et quelques essais n’ont pas montré de bénéfice sur leurs critères principaux. L’un des essais les plus attendus concerne la psilocybine : un grand essai clinique mené par l’entreprise britannique Compass Pathways, dont les résultats sont annoncés plus tard cette année. Le régulateur britannique du médicament attend ces données au moment d’évaluer un éventuel assouplissement des règles, afin d’autoriser ou non, un usage médical au-delà des seuls protocoles de recherche.


    Dans le monde médical, l’intérêt existe, mais la prudence domine. Le professeur Oliver Howes, qui préside le comité de psychopharmacologie du Royal College of Psychiatrists, se dit optimiste sur le potentiel : ces traitements sont « prometteurs » et pourraient agir plus vite que certains antidépresseurs. Mais il insiste : il faut des preuves solides et éviter l’emballement. Un rapport publié par le Royal College of Psychiatrists en septembre 2025 a d’ailleurs rappelé les dangers possibles et la nécessité d’un encadrement strict.


    Des voix appellent à ralentir. Une analyse publiée dans le British Medical Journal en novembre 2024 souligne une difficulté centrale : dans beaucoup d’essais, psychédéliques et psychothérapie sont étroitement liés, ce qui complique l’identification de l’effet propre de la molécule. L’analyse avertit aussi que des essais courts peuvent manquer des effets indésirables à long terme, et qu’il faut considérer les risques de mésusage.


    Les données sur les expériences difficiles existent aussi : le projet dirigé par Jules Evans rapporte qu’une majorité d’usagers réguliers interrogés disent avoir vécu un trip très éprouvant ; une part non négligeable évoque des pensées d’automutilation ou d’agression après une expérience difficile, et certains décrivent une altération qui dure plus d’une journée, parfois bien davantage. Pour Oliver Howes, le message est clair : hormis la kétamine dans un cadre médical particulier, ces traitements ne doivent pas devenir routiniers en dehors de la recherche tant que de grands essais rigoureux n’ont pas établi leur rapport bénéfice-risque.

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  • Câbles sous-marins, le secteur à contrôler absolument ?
    Feb 12 2026

    Depuis une quinzaine d’années, la Chine conteste la domination américaine sur ce réseau mondial. Résultat : Washington, longtemps partisan d’un marché libéralisé, intervient de plus en plus directement. L’État américain pèse sur les entreprises privées qui construisent et exploitent ces câbles, au nom de la sécurité nationale.


    En parallèle, l’Asie monte en puissance, avec des investissements chinois massifs. Aujourd’hui, la pose de ces câbles est dominée par quelques acteurs : des entreprises françaises comme Alcatel Submarine Networks, japonaises comme NEC, américaines comme SubCom, et chinoises comme Huawei Marine Networks, qui représente environ 10 % du marché. Les géants du numérique financent aussi leurs propres infrastructures. Meta, par exemple, a annoncé en 2024 investir 10 milliards de dollars dans un câble de 40 000 kilomètres faisant presque le tour du globe, pour son usage exclusif.


    Les États-Unis, eux, surveillent de près. Le cadre juridique du Foreign Intelligence Surveillance Act permet des collectes de données dites « upstream », directement sur les câbles. Une cellule informelle, surnommée « Team Telecom », rattachée au FBI et au ministère de la Justice, examine les projets pour empêcher des entreprises étrangères de prendre le contrôle d’infrastructures sensibles.


    Conséquence : les entreprises contournent Pékin. De nouveaux tracés évitent la mer de Chine méridionale. Des câbles comme Apricot ou Echo relient Singapour, le Japon ou les États-Unis sans passer par les zones sensibles. Car la vulnérabilité est réelle. Un câble coupé, et des régions entières peuvent être isolées. La Russie l’a bien compris : ses activités sous-marines en mer du Nord inquiètent. Sabotage, espionnage, pression militaire… Les fonds marins redeviennent un terrain stratégique digne de la guerre froide.


    Face à cette polarisation sino-américaine, d’autres cherchent une troisième voie. L’Union européenne tente de bâtir sa propre stratégie. Avec le programme Global Gateway, elle promet 300 milliards d’euros pour renforcer ses connexions vers l’Asie, l’Afrique et l’Amérique du Sud, via des routes alternatives. Des projets méditerranéens ou caucasiens sont lancés, même si les budgets restent modestes.

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  • 60 % des sportifs victimes de violences en club ?
    Feb 10 2026

    En France, près de six sportifs sur dix déclarent avoir subi des violences au sein de leur club. Pas seulement des incidents isolés, mais des agressions psychologiques, physiques, sexuelles ou liées à la négligence. Des faits qui restent souvent invisibles, parce que les victimes parlent peu, par peur, par honte ou parce qu’elles ne savent même pas toujours que ce qu’elles ont vécu relève de la violence. Une étude menée en 2024 auprès de 2 250 athlètes âgés de 14 à 45 ans dresse pour la première fois un tableau précis de la situation. Les chercheurs ont interrogé des pratiquants amateurs comme compétitifs. Résultat : 59 % des répondants disent avoir subi au moins une forme de violence depuis leur arrivée dans leur club actuel.


    À l’étranger, d’autres travaux arrivent aux mêmes conclusions : la violence psychologique est la plus répandue. Elle est d’autant plus insidieuse qu’elle se confond avec les normes du milieu sportif. On encourage les athlètes à « s’endurcir », à « accepter la douleur », à « se sacrifier ». Cette culture de la dureté brouille la frontière entre exigence et abus. L’étude montre aussi que les violences ne surviennent presque jamais seules. Elles se cumulent.


    Certains sports apparaissent plus exposés. Les sports collectifs — football, rugby, handball, basket — ainsi que les sports de combat présentent davantage de violences physiques, sans doute à cause des contacts fréquents et des dynamiques de rivalité. Chez les hommes de plus de 20 ans pratiquant un sport collectif, 57 % déclarent des violences physiques. À l’inverse, les sports dits de précision ou artistiques — tir à l’arc, danse, gymnastique rythmique, natation synchronisée — affichent des taux beaucoup plus faibles, autour de 7 %.


    Autre facteur déterminant : le niveau de pratique. Plus la compétition est élevée, plus le risque grimpe. Les athlètes de niveau national ou international sont particulièrement exposés. Chez les sportifs de haut niveau de moins de 35 ans, 73 % déclarent des violences psychologiques. La quête de performance, la pression constante, la normalisation de la douleur créent un climat propice aux excès. Ce qui serait inacceptable ailleurs devient parfois toléré au nom du résultat. Les violences sexuelles, elles, touchent un sportif sur cinq.


    Un détail a particulièrement frappé les chercheurs : les sportifs ayant vécu des violences sont aussi ceux qui abandonnent le plus souvent le questionnaire avant la fin. Comme si évoquer ces souvenirs était trop douloureux. Cela laisse penser que les chiffres réels sont encore plus élevés. Ce constat pose une question essentielle : comment faire du sport un espace réellement protecteur ?


    Source : https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/01937235251410871

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  • UATX : l'université « anti-cancel » qui s'est cancel toute seule
    Feb 8 2026

    En 2021, en pleine tempête culturelle autour de la « cancel culture », un groupe d’intellectuels et d’entrepreneurs américains se présente comme les nouveaux martyrs de la liberté d’expression. Leur promesse : sauver l’université américaine d’un climat jugé trop « woke », trop censeur, trop politiquement correct. Leur projet porte un nom ambitieux : University of Austin, ou UATX.


    Sur le papier, l’idée séduit certains. Créer un campus où toutes les idées, même les plus controversées, pourraient s’exprimer sans crainte. Un lieu où les étudiants ne se sentiraient pas surveillés par une « police morale » progressiste. Une université qui refuserait tout test idéologique. Bref, un sanctuaire pour la liberté académique.

    Mais dès le départ, des voix critiques doutent. UATX n’est pas accréditée officiellement. Elle s’installe dans un ancien magasin du centre-ville d’Austin, loin des campus traditionnels. Et surtout, elle est financée par de riches donateurs ouvertement « anti-woke », comme Joseph Lonsdale, milliardaire libertarien et figure influente de la tech conservatrice. Pour certains observateurs, le projet ressemble moins à une université pluraliste qu’à une future chambre d’écho idéologique de droite.


    Les années passent, et les soupçons semblent se confirmer. Selon une enquête détaillée publiée par Politico, un épisode clé survient en avril 2025. Ce jour-là, Joseph Lonsdale convoque une réunion générale avec l’ensemble du personnel. Et le ton change radicalement. D’après plusieurs témoignages recueillis par le média, le financier impose alors une ligne politique claire. Les professeurs et employés doivent adhérer à ce qu’il appelle quatre principes : l’anti-communisme, l’anti-socialisme, le rejet des politiques identitaires et l’anti-islamisme. Ceux qui ne s’aligneraient pas sur ces positions risqueraient d’être mis à l’écart.


    Pourtant, UATX s’était dotée d’une charte constitutionnelle interne censée garantir des procédures démocratiques pour gérer les désaccords. Mais, selon plusieurs employés, ces mécanismes se seraient évaporés dès que des figures influentes comme Lonsdale intervenaient. Les décisions semblaient descendre d’en haut, sans réelle concertation. L’un des membres du staff résume la situation avec une image parlante : « On construisait l’avion pendant qu’on volait. » Une institution improvisée, instable, et de plus en plus dépendante de ses mécènes.

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  • Nostalgie X Stranger Things : succès assuré ?
    Feb 5 2026

    Miser sur les icônes des années 1980, saturer l’espace public et inscrire une série dans la durée : pour sa cinquième et dernière saison, Stranger Things déploie une stratégie marketing d’une ampleur rarement vue. Derrière les pop-up stores, les collaborations de marques et les événements géants orchestrés par Netflix, un fil rouge relie la narration, l’esthétique et la promotion : la nostalgie.


    Depuis son lancement en 2016, la série des frères Duffer a bâti son identité sur un imaginaire très concret, fait d’objets immédiatement reconnaissables. Téléviseurs à tube cathodique, cassettes audio, walkmans, talkies-walkies, flippers ou bornes d’arcade : ces artefacts des années 1980 ne servent pas seulement de décor. Ils agissent comme des déclencheurs émotionnels.


    Mais l’efficacité de cette nostalgie dépasse la simple accumulation d’objets vintage. Elle repose aussi sur l’association à des marques emblématiques, devenues un véritable langage visuel de la culture pop. Les placements de produits, assumés, participent à la crédibilité de l’univers. Boissons comme Coca-Cola ou Sunny Delight, objets technologiques – radios Sanyo, radio-cassettes, casques stéréo KOSS – ou encore produits associés à l’enfance : crayons Crayola, pâte à modeler Play-Doh, Bisounours, G.I. Joe ou Rainbow Brite. Ces références matérialisent une époque que certains spectateurs ont vécue, et que d’autres idéalisent ou fantasment.


    La chercheuse Svetlana Boym parlait de nostalgie « restauratrice » : un passé reconstruit, lissé, présenté comme un refuge face à un présent perçu comme plus anxiogène. C’est exactement ce que met en scène Stranger Things. Hawkins, la ville fictive de l’intrigue, incarne une banlieue américaine idéalisée, héritée de la guerre froide : tranquillité domestique, vie centrée sur l’enfant, télévision, convivialité. Un décor rassurant, régulièrement fissuré par l’irruption du monde à l’envers. Plus la menace progresse, plus l’esthétique nostalgique se densifie, soutenue par une bande-son saturée de tubes des années 1980.


    Cette nostalgie fonctionne comme un rempart symbolique. Les héros grandissent au fil des saisons, passant de l’enfance à l’âge adulte, mais évoluent dans un monde figé par des repères familiers. Par effet miroir, le spectateur avance lui aussi dans le temps. C’est là l’intuition centrale des frères Duffer : transformer la nostalgie en espace émotionnel partagé, capable de rassembler plusieurs générations autour d’un passé commun recomposé.


    Pour ce dernier chapitre, Netflix pousse la logique nostalgique jusqu’au rituel. La diffusion est étalée en trois temps : Thanksgiving, Noël et le Nouvel An. En s’ancrant dans ce calendrier affectif, la série devient elle-même un rendez-vous mémoriel. La nostalgie du passé reconstitué se mêle à celle du présent : les spectateurs regardent la fin en se souvenant de la découverte de la série près de dix ans plus tôt. Avec le slogan « One last adventure », Stranger Things célèbre sa conclusion à l’échelle mondiale. Événements participatifs, animations urbaines, expériences physiques et virtuelles accompagnent la fin du récit. La série s’achève, mais son imaginaire, lui, s’installe dans la durée, prolongé par des projets dérivés comme la pièce The First Shadow ou la série animée Chroniques de 1985. Stranger Things quitte l’écran, mais s’inscrit définitivement dans la postérité culturelle.

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  • La surveillance par IA cause l’arrestation d’innocents ?
    Feb 3 2026

    Aujourd’hui, l’intelligence artificielle ne se contente plus de recommander des films ou d’optimiser le trafic. Elle observe. Partout. Sur les routes, dans les supermarchés… et désormais dans les écoles. Aux États-Unis, certains établissements surveillent même les conversations en ligne des élèves, à la recherche du moindre signe de violence potentielle.


    L’objectif affiché est clair : prévenir les drames avant qu’ils ne surviennent. Mais derrière cette promesse de sécurité, un autre phénomène apparaît. Ces systèmes seraient si sensibles qu’ils déclenchent des alertes en cascade — et parfois des conséquences très lourdes pour des adolescents qui n’avaient, au départ, rien d’un danger public. Une enquête récente du Milwaukee Independent met en lumière cette dérive. Le média a analysé l’usage de logiciels de surveillance déployés dans plusieurs districts scolaires américains pour scruter les e-mails, discussions en ligne et recherches effectuées sur les ordinateurs de l’école. Ces outils traquent des mots-clés liés à la violence, au suicide ou aux menaces. Résultat : un nombre impressionnant d’alertes… mais très peu de véritables menaces.


    En Floride, dans le comté de Polk, Gaggle a repéré environ 500 élèves en quatre ans. À la clé : au moins 72 enfants arrêtés ou hospitalisés de force sous le régime du Baker Act, une loi qui permet l’internement psychiatrique involontaire lorsqu’une personne est considérée comme un danger pour elle-même ou pour autrui. Pour Sam Boyd, avocat au Southern Poverty Law Center, ces interventions laissent des traces durables. Beaucoup d’enfants décrivent ces examens forcés comme des expériences traumatisantes, qui aggravent leur situation plutôt que de les aider. Et souvent, les élèves ignorent tout du dispositif. Ils ne savent pas que leurs e-mails, leurs messages ou leurs recherches sont surveillés. Encore moins qu’une phrase maladroite peut déclencher l’intervention des forces de l’ordre.

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