Épisodes

  • Danny Bones, le rappeur IA de l'extrême droite anglaise
    Mar 31 2026

    Il s’appelle Danny Bones. C’est, en apparence, un rappeur britannique issu des classes populaires, en pleine ascension sur les réseaux sociaux. Ses morceaux cumulent des millions de vues. Il parle d’immigration, d’identité nationale, d’un Royaume-Uni qu’il présente comme brisé. Dans ses textes, il accuse ses adversaires de vouloir effacer l’héritage culturel du pays. Son univers met en scène un patriotisme agressif, des appels à la déportation de masse, et une rhétorique très proche de l’extrême droite. Sauf que Danny Bones n’existe pas.


    Derrière ce personnage se cache une création générée par intelligence artificielle. Une identité fictive conçue par un collectif anonyme baptisé le Node Project. Et selon une enquête, ce faux rappeur a franchi une étape supplémentaire : une partie de son contenu a été réutilisée dans la campagne électorale récente du parti britannique d’extrême droite Advance UK, qui aurait rémunéré le Node Project pour produire sa principale vidéo de campagne.


    L’affaire est prise suffisamment au sérieux pour avoir été signalée à la commission électorale britannique. Celle-ci a indiqué examiner les informations dans le cadre de ses compétences. Dans le même temps, TikTok a bloqué le compte du Node Project et Instagram a supprimé plusieurs vidéos liées à Danny Bones. Pour Matteo Bergamini, qui dirige l’organisation Shout Out UK, spécialisée dans l’éducation aux médias et au politique, il s’agirait du premier cas documenté au Royaume-Uni d’un parti enregistré payant du contenu produit par un influenceur entièrement généré par IA et diffusant ce qu’il appelle de la « slopaganda », autrement dit, une propagande de masse fabriquée rapidement, à bas coût, et saturant l’espace numérique.


    Le contenu de Danny Bones, lui, suit une ligne claire. Ses chansons parlent de mondialisation, de fiscalité, de pauvreté, mais surtout d’immigration. L’un de ses titres, sorti fin janvier, présente l’immigration comme le produit d’un complot organisé. Ses quatre morceaux ont dépassé les 250 000 écoutes sur Spotify, et This Is England a plus que doublé son audience en un mois. Découpés en formats courts sur YouTube, TikTok et Instagram, ces contenus totalisent plus de 2,7 millions de vues, puis sont repris par d’autres comptes. En parallèle, les comptes liés à Danny Bones repartagent des figures de l’extrême droite britannique comme Tommy Robinson ou Rupert Lowe. Son compte certifié sur X soutient ouvertement le nouveau parti Restore Britain et évoque même une possible fusion avec Advance UK.


    À l’oreille non avertie, Danny Bones peut sembler crédible. Sa voix paraît humaine, la production musicale est soignée, et l’ensemble est suffisamment cohérent pour tromper une partie du public. Pourtant, selon les spécialistes, produire ce type de contenu est devenu très simple. Avec des outils d’IA accessibles au grand public, il est possible de générer en quelques minutes des morceaux comparables. Avant cela, fabriquer un tel univers aurait demandé des mois. C’est là que réside le vrai enjeu. Pour des chercheurs du Alan Turing Institute, la musique joue depuis longtemps un rôle central dans la structuration de l’extrême droite : elle crée une culture commune, de la confiance, un sentiment d’appartenance. Or l’audio reste l’un des formats les plus difficiles à modérer efficacement, alors même que les équipes de modération et de sécurité diminuent dans de nombreuses plateformes.


    Quant au Node Project lui-même, il reste opaque. Il dit n’être lié à aucun mouvement ou organisation. Reste une question centrale : s’agit-il d’un projet idéologique, d’une opération commerciale, ou des deux ? Matteo Bergamini parle d’« économie de la haine » : un système où les contenus inflammatoires génèrent à la fois influence et revenus. Et à l’approche des prochaines élections générales, une autre interrogation émerge : cette expérimentation n’est-elle qu’un début

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  • OCDE s'attaque (enfin) à l'évasion fiscale ?
    Mar 24 2026

    En 2015, une initiative majeure voit le jour sur la scène internationale. Les pays de l’OCDE, avec le soutien du G20, lancent un plan d’action contre ce que l’on appelle l’érosion de la base fiscale et le transfert de bénéfices — en anglais Base Erosion and Profit Shifting, ou BEPS. L’objectif est clair : limiter les stratégies d’évitement fiscal des multinationales, qui se sont fortement développées avec la mondialisation. Car depuis plusieurs décennies, de nombreuses entreprises internationales exploitent les failles du système fiscal mondial. Elles jouent des différences entre les législations nationales pour réduire leur imposition. Le mécanisme est souvent technique, mais il repose sur une idée simple : localiser les profits là où les impôts sont les plus faibles.


    Parmi les outils utilisés, les prix de transfert occupent une place centrale. Il s’agit de transactions internes à un même groupe, entre filiales situées dans différents pays. Une entreprise peut ainsi facturer une prestation à une autre entité du groupe à un prix ajusté, afin de déplacer artificiellement les bénéfices vers une juridiction plus avantageuse sur le plan fiscal. Face à ces pratiques, le plan BEPS entend instaurer plus de transparence et mieux encadrer ces stratégies. Dix ans plus tard, la question se pose : ces mesures ont-elles réellement produit les effets attendus ?


    Les premières évaluations dressent un constat nuancé. À l’échelle globale, une étude menée par des économistes montre que l’évitement fiscal international n’a pas significativement reculé dans les années qui ont suivi la réforme. Entre 2015 et 2019, les profits des multinationales ont continué à croître plus rapidement que ceux de l’économie mondiale. Dans le même temps, la part des bénéfices localisés dans des territoires à fiscalité très faible est restée stable, autour de 37 %. Quant aux pertes fiscales associées à ces pratiques, elles auraient même légèrement augmenté, passant de 9 à 10 % des recettes fiscales mondiales.


    Un autre dispositif clé du plan BEPS est le Country by Country Reporting, ou déclaration pays par pays. Il impose aux grandes entreprises de détailler la répartition de leurs profits et de leurs activités à travers le monde. Selon une étude, cette obligation de transparence a entraîné des changements dans l’organisation des entreprises, avec des transferts réels d’investissements et d’emplois vers des juridictions fiscalement attractives. Ces résultats convergent vers une idée importante : les incitations fiscales n’ont pas disparu. Elles ont simplement modifié les comportements, en incitant les entreprises à combiner optimisation fiscale et présence économique plus tangible.


    Mais une autre dynamique, plus discrète, apparaît dans les analyses récentes. Dans un travail de recherche consacré à cette question, des économistes avancent que les pratiques d’optimisation fiscale se seraient partiellement déplacées vers des entreprises de taille intermédiaire. Le plan BEPS cible en priorité les grandes multinationales. Il fixe notamment un seuil de 750 millions d’euros de chiffre d’affaires consolidé au-delà duquel les obligations de reporting deviennent contraignantes. Les entreprises en dessous de ce seuil sont soumises à des exigences plus limitées. Après 2015, certaines entreprises de taille moyenne auraient renforcé leur présence dans des juridictions à fiscalité avantageuse. Cette évolution s’expliquerait par la réduction des incertitudes juridiques et des coûts liés à ces stratégies, grâce à la standardisation introduite par le plan BEPS.

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  • Próspera, la cité-entreprise rêvée par les grandes fortunes
    Mar 22 2026

    Au large du Honduras, sur l’île de Roatán, un projet atypique concentre aujourd’hui les tensions entre économie, politique et souveraineté. Son nom : Próspera. Une « ville-entreprise » fondée en 2017, pensée pour attirer les capitaux étrangers, et présentée comme un laboratoire d’ultralibéralisme. Mais derrière la promesse d’innovation, une question s’impose : jusqu’où un État peut-il céder son autorité ?


    Pour comprendre, il faut replacer ce projet dans un contexte plus large. Ces dernières années, l’actualité latino-américaine a été marquée par des événements spectaculaires, parfois contradictoires. D’un côté, les États-Unis ont accusé le président vénézuélien Nicolas Maduro de narcotrafic ; de l’autre, Donald Trump a gracié l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, condamné pour trafic de drogue en 2024. Ces épisodes, en apparence disjoints, s’inscrivent en réalité dans une dynamique géopolitique plus profonde. Le Honduras occupe une position stratégique en Amérique centrale. Dans les années 1980, il servait déjà de base arrière aux opérations américaines contre le Nicaragua. Plus récemment, il est devenu un point d’appui pour les politiques migratoires américaines et les stratégies d’influence dans la région.


    Concrètement, cette ville-entreprise dispose d’une autonomie très large. Elle peut fixer un taux d’imposition extrêmement faible, autour de 1 % pour les entreprises, contre environ 25 % au niveau national. Les litiges sont tranchés par arbitrage privé, et non par les tribunaux honduriens. Elle peut aussi choisir d’appliquer des règles inspirées de différents systèmes juridiques à travers le monde, voire en créer de nouvelles. Pour y résider, il faut payer environ 1 000 dollars. Les recettes fiscales sont réinvesties uniquement dans la zone. Aujourd’hui, plus de deux cents entreprises y sont enregistrées, souvent dans des secteurs comme les cryptomonnaies, mais une grande partie de ces activités reste virtuelle. Sur le terrain, le projet reste limité. Un seul immeuble résidentiel a été construit, alors que les ambitions initiales prévoyaient des dizaines de milliers d’habitants d’ici 2030. Des projets sont annoncés : usine de maisons modulaires, centre éducatif autour du Bitcoin, clinique spécialisée en génétique, ou encore services par drones. Mais cette expansion suscite des inquiétudes. Des habitants dénoncent des risques d’expropriation et une marginalisation des communautés locales, notamment autour de la zone de Crawfish Rock, une communauté afro-caribéenne historique. Les tensions portent aussi sur l’accès aux ressources, comme l’eau ou le littoral. Au-delà du cas hondurien, une étude souligne que ces projets traduisent une transformation plus large des rapports entre capital et souveraineté. Des entrepreneurs issus du monde technologique défendent l’idée de territoires gouvernés selon des logiques économiques optimisées, parfois en dehors des cadres étatiques traditionnels.


    Próspera se présente aussi comme un laboratoire pour des secteurs émergents, finance numérique, biotechnologie, technologies liées à la longévité, avec un encadrement public limité. Un modèle qui attire certains investisseurs, mais qui interroge sur ses implications à long terme. Au fond, Próspera dépasse largement le cadre d’un simple projet urbain. C’est un exemple d’un phénomène plus large : la multiplication de zones économiques spéciales, d’enclaves et de territoires d’exception qui redessinent les contours du capitalisme mondial. Une transformation encore en cours, dont les conséquences politiques, sociales et démocratiques restent ouvertes, et profondément débattues.

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  • Des corbeaux s'attaquent aux casquettes de Trump ?
    Mar 17 2026

    Depuis près d’une décennie, une casquette rouge est devenue l’un des symboles politiques les plus reconnaissables aux États-Unis. La fameuse casquette « Make America Great Again », souvent appelée MAGA, est associée au mouvement politique de Donald Trump. Pour ses partisans, elle représente un signe de ralliement. Pour ses opposants, elle incarne au contraire un programme jugé rétrograde, parfois comparé à d’autres symboles historiques de divisions politiques dans le pays.


    Mais ces derniers mois, alors que les sondages concernant la présidence de Donald Trump continuent de reculer et qu’une majorité d’Américains jugent négativement la première année de son second mandat, une partie de l’opposition a trouvé des moyens originaux d’exprimer son rejet du mouvement MAGA. L’un des exemples les plus inattendus vient d’un internaute américain qui se présente sous le pseudonyme « biz_dave ». Sur les réseaux sociaux, cet homme affirme avoir réussi une expérience pour le moins singulière : entraîner des corbeaux sauvages à retirer des casquettes MAGA. Dans plusieurs publications diffusées sur la plateforme Threads, il raconte avoir mené un entraînement progressif pendant plusieurs mois. L’idée est simple : associer la présence d’un objet — en l’occurrence une casquette rouge — à une récompense alimentaire. Pour cela, il commence par déposer différentes friandises sous une casquette : cacahuètes, restes de poulet, vers de farine ou croquettes pour chiens.


    Selon ses propres explications, il lui a fallu environ quatre mois pour que les corbeaux s’habituent à venir régulièrement se nourrir au même endroit. Une fois cette habitude installée, il lui aurait fallu environ trois mois supplémentaires pour que les oiseaux apprennent à retirer la casquette afin d’accéder à la nourriture. Des vidéos qu’il a publiées montrent les oiseaux descendre, déplacer la casquette rouge et récupérer les aliments placés en dessous. L’auteur de l’expérience précise que son objectif n’était pas d’attaquer des personnes. Les oiseaux, explique-t-il, ne réagissent qu’à l’objet associé à la nourriture.


    Pour parvenir à ce résultat, il décrit une méthode d’apprentissage progressive. D’abord, il met en place un point de nourrissage stable afin d’établir une relation de confiance avec les corbeaux. Ensuite, il introduit des défis simples : par exemple des contenants que les oiseaux doivent manipuler pour accéder à la nourriture. Une fois cette étape franchie, il remplace les contenants transparents par un récipient rouge muni d’un anneau métallique que les corbeaux doivent soulever. Selon lui, ce dispositif reproduit le poids et le geste nécessaires pour retirer une casquette. Une fois les oiseaux habitués à cette manipulation, il fixe des anneaux similaires sur une véritable casquette rouge. Les corbeaux finissent alors par la retirer en moins de deux minutes. Cette expérience a rapidement attiré l’attention en ligne. Les publications de « biz_dave » ont accumulé des millions de vues et suscité des milliers de réactions. Certains internautes saluent l’ingéniosité de l’expérience et l’intelligence des oiseaux. D’autres, au contraire, s’inquiètent des implications éthiques. Car les corbeaux sont connus pour leurs capacités cognitives exceptionnelles.


    Au-delà de l’anecdote, cet épisode illustre un phénomène plus large : l’influence des réseaux sociaux sur la diffusion d’expériences amateurs impliquant des animaux. Des vidéos montrant des corbeaux échangeant des pièces de monnaie contre de la nourriture ou réalisant d’autres tâches circulent régulièrement sur Internet.

    Ces contenus reflètent à la fois la fascination du public pour l’intelligence animale et le risque de transformer des expériences improvisées en spectacles viraux

    Dans ce cas précis, la présence d’un symbole politique aussi chargé que la casquette MAGA a amplifié encore davantage la controverse. Elle soulève une question plus large : jusqu’où les animaux doivent-ils être impliqués dans les débats humains ?

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  • Quand Neuralink change la vie des handicapés
    Mar 15 2026

    En février 2024, un homme s’avance devant les salariés de Neuralink, l’entreprise d’Elon Musk spécialisée dans les interfaces cerveau-ordinateur. Il s’appelle Noland Arbaugh. Et il devient ce jour-là une figure historique : la première personne au monde à avoir reçu l’implant cérébral expérimental développé par la société. Huit ans plus tôt, en 2016, Noland Arbaugh a perdu l’usage de son corps à la suite d’un accident de plongée qui lui a déplacé deux vertèbres cervicales. Depuis cet accident, il ne ressent ni mouvement ni sensation sous les épaules.


    Un mois avant cette conférence, il a subi une opération au Barrow Neurological Institute, à Phoenix, en Arizona. L’intervention a duré moins de deux heures et s’est déroulée sous anesthésie générale. Un robot chirurgical conçu par Neuralink a implanté dans son cerveau une puce expérimentale reliée à plus d’un millier d’électrodes extrêmement fines. Ces fils microscopiques sont connectés aux neurones. Le principe est relativement simple à expliquer. Grâce à ce système, Noland Arbaugh peut aujourd’hui effectuer plusieurs actions sans bouger les mains ni aucune autre partie du corps : jouer à des jeux vidéo comme Mario Kart, contrôler sa télévision ou encore allumer et éteindre certains appareils domestiques. Lors de ses premiers essais, il explique même avoir battu un record établi en 2017 concernant la vitesse et la précision du contrôle d’un curseur par interface cerveau-ordinateur.


    Au sein de l’entreprise, il est connu sous le nom de « Participant 1 », ou « P1 ». Il fait aujourd’hui partie d’un groupe d’environ quatre-vingts personnes dans le monde ayant reçu ce type d’implant expérimental. Depuis janvier 2024, huit autres participants se sont inscrits aux essais cliniques de Neuralink, actuellement ouverts aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et aux Émirats arabes unis. Tous les volontaires souffrent de paralysie ou de sclérose latérale amyotrophique, la maladie de Charcot.

    Mais devenir le premier patient d’une technologie aussi médiatisée change aussi une vie.


    Lui affirme que cette nouvelle agitation contraste fortement avec les années qui ont suivi son accident. Avant l’opération, explique-t-il, ses journées se résumaient souvent à rester éveillé la nuit et dormir le jour. « Je n’avais pas vraiment d’objectif », raconte-t-il. « J’attendais simplement que quelque chose se passe. » Aujourd’hui, il utilise son implant environ dix heures par jour pour travailler sur ordinateur, lire, jouer ou répondre à des interviews. Il a également repris des études dans un collège communautaire d’Arizona afin de suivre des cours préparatoires en neurosciences. Parallèlement, il a commencé à donner des conférences rémunérées et envisage de lancer sa propre activité. Pour lui, l’implant a transformé son quotidien. « J’ai l’impression d’avoir retrouvé du potentiel », explique-t-il. « Je pense que je l’ai toujours eu, mais maintenant j’ai un moyen de l’exprimer. »


    Quelques semaines après l’implantation, un problème technique est apparu : certains fils électrodes se sont rétractés, ce qui a temporairement réduit sa capacité à contrôler l’interface. L’incident a ensuite été confirmé publiquement par Neuralink et rapporté par la presse. Selon Arbaugh, les ingénieurs ont finalement réussi à corriger la situation. Malgré cet épisode, il affirme rester convaincu du potentiel de la technologie. Il explique avoir accepté de rendre publique son expérience pour montrer ce que cette innovation pourrait permettre à l’avenir. Lors d’une réunion interne de l’entreprise, les responsables de Neuralink ont également évoqué les prochaines étapes. L’une d’elles concerne un projet baptisé « Blindsight », destiné à tester des implants capables d’aider certaines personnes aveugles à retrouver une forme de vision. Par ailleurs, l’entreprise développe des systèmes permettant de contrôler des bras robotiques.

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  • Eyes of Iran : comment le régime surveille ses citoyens ?
    Mar 5 2026

    Alors que les bombes américaines et israéliennes frappent l’Iran, Donald Trump et Benyamin Netanyahou appellent la population à renverser le régime. « L’heure de votre liberté approche », lance le président américain. Mais sur les téléphones iraniens, un autre message circule. Un SMS signé des gardiens de la révolution — l’IRGC, pilier militaire du pouvoir — prévient : « Tout mouvement perturbant la sécurité sera considéré comme une coopération directe avec l’ennemi. »

    Le contraste est saisissant. D’un côté, des appels à l’insurrection. De l’autre, une machine répressive toujours opérationnelle, malgré les frappes. Et cette machine dispose d’un outil redoutable : un logiciel russe de reconnaissance faciale acquis discrètement par Téhéran.


    Grâce à une fuite massive de données provenant d’entreprises russes et iraniennes, le consortium Forbidden Stories et plusieurs médias partenaires ont pu documenter pour la première fois le fonctionnement précis de cette infrastructure de surveillance. Depuis l’été 2022, les Iraniens savent que les caméras les observent. À l’époque, les autorités annoncent officiellement le recours à la reconnaissance faciale, notamment pour contrôler le port du hijab. Mais peu d’informations circulent sur les outils réellement utilisés.


    En mars 2025, la Mission internationale indépendante de l’ONU sur l’Iran évoque un « recours massif à la technologie pour restreindre la liberté d’expression » et mentionne l’installation d’un nouveau logiciel à l’entrée d’une université de Téhéran. Mais jusqu’ici, aucun média n’avait pu en détailler l’architecture. Le logiciel en question s’appelle FindFace. Développé par la société russe NtechLab, il est présenté comme capable d’identifier un visage parmi 500 millions en moins d’une seconde, avec une probabilité de 98 %, selon un document promotionnel consulté par les journalistes. NtechLab est étroitement liée au complexe militaro-industriel russe via la holding Rostec, rattachée à l’administration présidentielle russe après l’invasion de l’Ukraine. L’entreprise est aujourd’hui sanctionnée par l’Union européenne et les États-Unis.


    En août 2019, NtechLab accorde à une entreprise iranienne, Rasad Intelligent Technologies, le droit d’intégrer FindFace sur le territoire iranien. Deux ans plus tard, la société Kama reprend le flambeau. Selon les documents consultés, le dirigeant de Kama serait membre des gardiens de la révolution. Ce n’est pas seulement la capacité d’identifier un visage qui inquiète. C’est l’ensemble des fonctions associées. Le logiciel permet ce que ses concepteurs appellent l’« interaction tracking » : à partir d’un individu filmé dans le métro de Téhéran ou de Mashhad, le système peut établir une cartographie de ses proches, relier des visages entre eux selon leurs déplacements communs, et croiser ces données avec d’autres informations, comme les plaques d’immatriculation. « Il ne s’agit pas seulement de reconnaître un visage, mais de reconstituer un réseau social complet », explique Nima Fatemi, fondateur de l’ONG Kandoo, spécialisée en cybersécurité des populations vulnérables. « C’est un outil centralisé qui permet de savoir qui est qui et comment les individus sont liés. »


    Pour Ali, un expert iranien du secteur technologique qui s’exprime sous pseudonyme, la menace est claire : « Il est désormais beaucoup plus difficile pour le peuple iranien de se soulever. Le régime lutte pour sa survie et dispose d’un outil pour surveiller tout le monde, partout. » Ironie ultime : si NtechLab revendique aujourd’hui des centaines de clients dans des dizaines de pays, la République islamique d’Iran n’apparaît pas sur son site officiel. Un client absent des vitrines, mais bien présent dans les bases de données.

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  • Xénobots : les « robots vivants » fabriqués via des cellules humaines ?
    Mar 3 2026

    Imaginez un robot… sans métal, sans circuits, sans logiciel embarqué. Un robot entièrement composé de cellules vivantes. C’est précisément ce que sont les xénobots.

    Les xénobots sont des entités biologiques artificielles fabriquées à partir de cellules d’embryons précoces de xénope, Xenopus laevis, un amphibien africain largement utilisé en recherche. À ce stade embryonnaire, les cellules sont encore indifférenciées : elles ne sont pas spécialisées en cellules de peau, de foie ou de neurones. Elles sont toutefois naturellement destinées à devenir soit des cellules qui tapissent les surfaces internes et externes du corps, soit des cellules contractiles du muscle cardiaque.


    Ce sont ces cellules cardiaques qui jouent un rôle clé. Leurs contractions spontanées agissent comme de minuscules moteurs biologiques. En les assemblant de manière précise, les chercheurs obtiennent une propulsion suffisante pour déplacer ces microstructures dans un milieu aquatique. La fabrication d’un xénobot relève de la microchirurgie. Les scientifiques isolent des groupes de cellules et les assemblent manuellement, comme des briques biologiques, selon une architecture tridimensionnelle définie à l’avance. Le résultat : une entité de moins d’un millimètre, de forme variable selon la fonction recherchée. Les xénobots ne possèdent ni système nerveux ni organes sensoriels. Leur comportement dépend uniquement de leur forme et de la disposition des cellules, décidées au moment de leur conception.


    Sur le plan environnemental, leur petite taille, leur biodégradabilité et leur fonctionnement en essaim pourraient théoriquement permettre de concentrer des microparticules ou des polluants avant leur récupération. Les xénobots se dégraderaient ensuite sans laisser de trace biologique durable.

    Des versions plus complexes pourraient servir de capteurs biologiques. Exposés à un polluant spécifique, ils pourraient changer de forme ou de couleur, offrant une sorte de signal visuel. Cette idée n’a toutefois pas encore été démontrée expérimentalement.


    En médecine, certains chercheurs envisagent qu’ils puissent transporter localement des molécules thérapeutiques vers des cellules ciblées, réduisant ainsi les effets secondaires sur les tissus sains. Mais cette perspective reste une extrapolation à partir d’expériences préliminaires menées avec d’autres microrobots.

    Au-delà des applications, les xénobots intéressent la recherche fondamentale. En réorganisant des cellules hors de leur contexte embryonnaire naturel, ils offrent un modèle pour étudier la plasticité cellulaire, l’auto-organisation et la coordination collective — des mécanismes essentiels pour comprendre l’évolution du vivant.


    Mais ces promesses scientifiques soulèvent aussi des questions éthiques. Les xénobots ne sont ni des organismes naturels ni des machines classiques. Ce sont des assemblages cellulaires conçus par l’humain avec l’appui d’outils d’intelligence artificielle. Leur déploiement reste hypothétique, mais plusieurs risques sont discutés.

    Risque écologique d’abord, si une capacité imprévue de survie ou de réplication apparaissait dans l’environnement. Risque sanitaire ensuite, en cas d’usage médical sans compréhension complète de leur comportement à long terme. Risque de détournement enfin, par exemple pour la délivrance ciblée d’agents toxiques.

    S’y ajoutent des enjeux symboliques : brouiller davantage la frontière entre vivant et non-vivant interroge les cadres juridiques existants. Plusieurs travaux recommandent donc un encadrement international spécifique : évaluation systématique des risques, transparence des protocoles, limitation stricte de la réplication, traçabilité des essais, et supervision par des comités éthiques pluridisciplinaires.

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  • Art : pourquoi le crime organisé l’adore ?
    Mar 1 2026

    En 2024, le marché mondial de l’art a atteint environ 57,5 milliards de dollars de ventes — soit près de 49,5 milliards d’euros — selon le rapport Art Basel et UBS Art Market 2025. Un chiffre qui confirme que l’art n’est plus seulement affaire de passion ou de patrimoine : c’est aussi une véritable classe d’actifs, au même titre que l’immobilier ou les actions.


    Mais derrière les vernissages et les enchères spectaculaires, une autre réalité se dessine. Car ce marché, fondé sur des transactions unitaires très élevées, des estimations parfois subjectives — voire manipulées — et une relative opacité, peut aussi devenir un outil redoutablement efficace pour blanchir de l’argent. Une étude récente s’est penchée sur les mécanismes qui favorisent ce phénomène et sur les moyens d’y remédier.


    Le blanchiment d’argent consiste à dissimuler l’origine illégale de fonds afin de les réintroduire dans l’économie légale. On parle de transformer de « l’argent sale » en « argent propre ». Selon des estimations d’experts, entre 2 % et 5 % du PIB mondial serait blanchi chaque année. L’art n’est qu’un vecteur parmi d’autres — après le trafic de drogue ou d’armes, le commerce d’œuvres d’art figure toutefois parmi les activités les plus lucratives pour financer des réseaux criminels.


    Le processus classique de blanchiment se déroule en trois étapes. La première, l’« investissement », consiste à injecter des liquidités issues d’activités illégales dans le circuit bancaire. Par exemple, un criminel peut acheter une œuvre en espèces, puis la revendre en exigeant un paiement par virement bancaire. Le produit de la vente semble alors propre. Cette phase peut impliquer la complicité d’intermédiaires dans des galeries, des maisons de ventes ou même des ports francs — ces zones de stockage bénéficiant d’un régime fiscal particulier.


    Deuxième étape : le « layering », ou empilement. Il s’agit de multiplier les transactions et les transferts entre comptes pour brouiller les pistes. Le marché de l’art, avec ses envolées spéculatives et ses enchères parfois irrationnelles, offre un terrain idéal. Une seule œuvre peut voir son prix grimper fortement en peu de temps, permettant de déplacer d’importantes sommes à travers un nombre limité d’opérations.


    Enfin, vient l’« intégration » : les fonds blanchis sont réinvestis dans des actifs légaux, souvent via des sociétés écrans, rendant leur origine pratiquement indétectable.

    Plusieurs maillons de la chaîne de valeur artistique présentent des vulnérabilités. La production et la vente de faux constituent une première porte d’entrée. En 2024, une vaste opération menée en Espagne, en France, en Italie et en Belgique a permis la saisie de plus de 2 000 œuvres contemporaines contrefaites, pour un préjudice estimé à 200 millions d’euros.


    Face à ces risques, le cadre réglementaire évolue. Dans l’Union européenne, la sixième directive anti-blanchiment a étendu les obligations aux professionnels du marché de l’art. Ils doivent désormais vérifier l’identité de leurs clients et surveiller les transactions supérieures à 10 000 euros. Aux États-Unis, un projet de loi intitulé Art Market Integrity Act vise à imposer des obligations comparables : contrôle de l’identité des acheteurs, conservation détaillée des documents, signalement des transactions suspectes au Trésor américain.


    Les musées jouent également un rôle pédagogique. En 2024, une exposition à Milan a présenté plus de 80 œuvres liées à des réseaux criminels — parmi lesquelles des pièces attribuées à Salvador Dalí ou Andy Warhol — pour sensibiliser le public au trafic international d’art. Ces avancées réglementaires marquent un progrès réel. Mais selon l’étude évoquée, elles restent insuffisantes face aux failles structurelles du secteur : manque de transparence, corruption potentielle, zones grises juridiques dans les ports francs.

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