Des drogues hallucinogènes pour soigner la dépression ?
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À écouter certains témoignages, les psychédéliques ressemblent à une porte de sortie. À en croire d’autres, ils peuvent être un piège. C’est cette tension, entre promesse thérapeutique et risques bien réels, qui place aujourd’hui médecins, régulateurs et politiques devant un dilemme : faut-il autoriser, un jour, la prescription encadrée de substances comme la psilocybine — le principe actif des « champignons hallucinogènes » — dans le traitement de troubles psychiatriques ?
Larissa Hope en est convaincue. Elle raconte qu’une faible dose de psilocybine, prise sous supervision clinique, a été un tournant. À 17 ans, alors qu’elle démarrait sa carrière d’actrice et venait d’être choisie pour la série télévisée Skins, la célébrité aurait fait remonter un traumatisme jusque-là enfoui. Les antidépresseurs, dit-elle, n’ont pas été efficaces. En revanche, cette séance encadrée, associée à une thérapie, l’aurait aidée à affronter des pensées suicidaires.
Mais l’histoire de Jules Evans est l’exact opposé. Chercheur universitaire, il a pris du LSD à 18 ans, de façon récréative, et décrit une expérience terrifiante, avec des idées délirantes : l’impression que tout le monde parlait de lui, le jugeait, le condamnait. « J’ai cru m’être abîmé pour toujours », dit-il. « Le pire moment de ma vie. » Des années après, il affirme avoir souffert d’anxiété sociale et d’attaques de panique, avant un diagnostic de stress post-traumatique. Il dirige aujourd’hui un projet d’aide aux personnes ayant vécu des « bad trips » — ces expériences psychédéliques extrêmement difficiles.
Depuis 2022, plus de vingt essais ont testé différentes substances pour des troubles comme la dépression, le PTSD ou l’addiction. Beaucoup de résultats paraissent encourageants ; d’autres sont plus mitigés, parfois difficiles à interpréter ; et quelques essais n’ont pas montré de bénéfice sur leurs critères principaux. L’un des essais les plus attendus concerne la psilocybine : un grand essai clinique mené par l’entreprise britannique Compass Pathways, dont les résultats sont annoncés plus tard cette année. Le régulateur britannique du médicament attend ces données au moment d’évaluer un éventuel assouplissement des règles, afin d’autoriser ou non, un usage médical au-delà des seuls protocoles de recherche.
Dans le monde médical, l’intérêt existe, mais la prudence domine. Le professeur Oliver Howes, qui préside le comité de psychopharmacologie du Royal College of Psychiatrists, se dit optimiste sur le potentiel : ces traitements sont « prometteurs » et pourraient agir plus vite que certains antidépresseurs. Mais il insiste : il faut des preuves solides et éviter l’emballement. Un rapport publié par le Royal College of Psychiatrists en septembre 2025 a d’ailleurs rappelé les dangers possibles et la nécessité d’un encadrement strict.
Des voix appellent à ralentir. Une analyse publiée dans le British Medical Journal en novembre 2024 souligne une difficulté centrale : dans beaucoup d’essais, psychédéliques et psychothérapie sont étroitement liés, ce qui complique l’identification de l’effet propre de la molécule. L’analyse avertit aussi que des essais courts peuvent manquer des effets indésirables à long terme, et qu’il faut considérer les risques de mésusage.
Les données sur les expériences difficiles existent aussi : le projet dirigé par Jules Evans rapporte qu’une majorité d’usagers réguliers interrogés disent avoir vécu un trip très éprouvant ; une part non négligeable évoque des pensées d’automutilation ou d’agression après une expérience difficile, et certains décrivent une altération qui dure plus d’une journée, parfois bien davantage. Pour Oliver Howes, le message est clair : hormis la kétamine dans un cadre médical particulier, ces traitements ne doivent pas devenir routiniers en dehors de la recherche tant que de grands essais rigoureux n’ont pas établi leur rapport bénéfice-risque.
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