Épisodes

  • 1975 : entre mariage, Delhaize, chute de Saïgon, la télé et Vanina
    Mar 1 2026
    En ce dimanche matin de 1975, la Belgique s’éveille doucement dans des appartements aux murs beiges et bruns tapissés de motifs géométriques. Claudine et René viennent de se marier. Passage obligé devant monsieur le maire, robe blanche de rigueur — même si, depuis Mai 68 et la pilule contraceptive, les mœurs ont discrètement évolué. On ne vit pas encore ensemble sans alliance au doigt : l’avis des parents compte toujours.

    Le jeune couple loue un deux chambres pour 9.000 francs belges. Une seule voiture, la toute nouvelle Volkswagen Polo, symbole d’indépendance. Dans la cuisine en formica, tout est orange : mixe-soupe, moulin à café, ouvre-boîte. Le soir du mariage, ils sabrent une coupe de champagne en écoutant Les Mots bleus de Christophe sur le pick-up.

    Les semaines passent. Claudine fait ses courses chez l’épicier du coin et, le samedi, au nouveau Delhaize. René rapporte les petits pains du dimanche. Le dîner ? Steak, frites, salade et mayonnaise maison, avec de l’eau de Spa en bouteille en verre. Sur la table basse, un cendrier du Val-Saint-Lambert déborde de Belga et de Bastos : en 1975, tout le monde fume.

    Le soir, la télévision couleur trône comme un autel moderne. On capte désormais TF1, Antenne 2 et FR3. Claudine découvre le sérieux rassurant de Roger Gicquel au journal de 20 heures. Il annonce le procès de la Fraction armée rouge, puis une nouvelle attendue : le 30 avril 1975, la chute de Saïgon met fin à la guerre du Vietnam. Ouf.

    Claudine lit Villa Triste de Patrick Modiano, atmosphère mélancolique au bord du Léman. René, lui, savoure La Grande Traversée d’René Goscinny et Albert Uderzo. Astérix traverse l’Atlantique pendant que l’actualité annonce la mort de Joséphine Baker, la victoire de Bernard Thévenet au Tour de France et, en novembre, le décès de Franco.

    Mais 1975, c’est aussi la fête. Direction le club « La Cave ». Boule à facettes, fumée bleutée, videur impressionnant. Sur la piste, Dave chante Vanina, Nino Ferrer enflamme les slows avec Le Sud. Les romantiques se retrouvent sur L’Été indien de Joe Dassin, tandis que Il était une fois fait chavirer les cœurs avec J’ai encore rêvé d’elle. Et quand résonne Brasilia Carnaval des The Chocolat's, plus personne ne reste assis.

    1975, c’est cela : un monde encore structuré, mais déjà en mouvement. Entre tradition et liberté, entre mayonnaise maison et disco incandescent. Une année tendre, politique, dansante.
    Afficher plus Afficher moins
    12 min
  • 1964 : les points OMO, Thierry la Fronde et Beatlemania sous la boule à facettes
    Feb 28 2026
    En 1964, la Belgique avance doucement vers la modernité sans renier ses habitudes d’après-guerre. Dans les rues de Bruxelles, Liège ou Namur, les façades gardent des couleurs un peu passées, mais les vitrines promettent le confort et la consommation. À la maison, le salon est sacré : buffet en chêne, verres en cristal du Val Saint-Lambert, télévision noir et blanc allumée avec respect. Les enfants s’installent sur le tapis pour regarder Thierry la Fronde avec Jean-Claude Drouot, ou l’émission interscolaire animée par Robert Frère.

    Dans la cuisine, on moud le café à la main, on verse l’eau bouillante sur un filtre en aluminium, on sert le tout à la voisine venue emprunter un roman d’Agatha Christie ou un titre d’Exbrayat. On lit beaucoup : Paris au mois d’août de René Fallet, le Journal Tintin, ou Bob et Bobette de Willy Vandersteen. Les ménagères découpent les points OMO pour gagner un service à café, les enfants boivent du Banania et croquent du chocolat Côte d’Or. Les bouteilles en verre sont consignées, le laitier et le brasseur passent chaque semaine.

    Au journal télévisé de la RTB, présenté par Pierre Delrock, le monde s’invite dans le salon. La guerre du Vietnam inquiète, la Chine fait exploser sa première bombe atomique, mais une note d’espoir surgit : le président Lyndon B. Johnson signe le Civil Rights Act, et Martin Luther King Jr. reçoit le prix Nobel de la Paix. En Belgique, la grève historique des médecins secoue le pays, tandis que Tokyo accueille les Jeux olympiques.

    Et puis vient la musique. 1964, c’est l’apogée du yéyé : Sheila chante Vous les copains, Sylvie Vartan promet d’être la plus belle pour aller danser, Françoise Hardy émeut avec Mon amie la rose, Claude François entraîne les foules, Jean Ferrat chante La Montagne.

    Et soudain, les premières notes de The Beatles résonnent avec Can’t Buy Me Love. La boule à facettes s’embrase, la jeunesse se déchaîne. La Beatlemania est là.

    1964, c’est une Belgique confiante, entre tradition et modernité, café fumant et rock anglais. Une année douce, animée, insouciante.
    Afficher plus Afficher moins
    11 min
  • 1963 : du poêle crapaud à la Beatlemania, entre Kennedy, Cléopâtre et «Tombe la neige»
    Feb 22 2026
    En 1963, la vie quotidienne en Belgique s’organise autour de la cuisine et du fameux poêle crapaud, à la fois chauffage et cuisinière. On se lève tôt : papa allume le feu avec du petit bois avant d’y verser le charbon. La pièce se réchauffe lentement tandis que maman prépare le café sur la plaque du poêle. Au sol, carrelage ou balatum facile à laver. Les enfants jouent en chaussettes épaisses, voitures en acier coloré ou poupées à la main, pendant qu’une radio Grundig diffuse les voix familières de la RTB : Jacques Careuil, Jean-Claude Menessier ou Arlette Vincent.

    La télévision noir et blanc reste précieuse : les programmes commencent en fin d’après-midi, on ferme les rideaux, on baisse la lumière. Les meubles en bois blond ou en acajou, les napperons crochetés et les vitrines familiales racontent une époque encore structurée et rassurante. Les sorties en Renault Dauphine, Simca ou Volkswagen Coccinelle sont des événements. La mode s’inspire de Jacqueline Kennedy Onassis : élégance sobre, gants blancs, coiffures bouffantes.

    Côté culture, 1963 foisonne. En littérature, Armand Lanoux reçoit le Goncourt pour Quand la mer se retire, Louis Aragon publie Le Fou d’Elsa, et Charles Exbrayat amuse avec Imogène vous êtes impossible. Les enfants dévorent Tintin (Les Bijoux de la Castafiore), Michel Vaillant et le premier album des Les Schtroumpfs (Les Schtroumpfs noirs).

    Au cinéma, Cleopatra de Joseph L. Mankiewicz fascine avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, tandis que The Birds d’Alfred Hitchcock glace le sang. Le Pop Art explose avec Andy Warhol et ses célèbres boîtes Campbell.

    Mais 1963 est aussi une année de secousses mondiales. Le 22 novembre, l’assassinat de John F. Kennedy bouleverse la planète. Le discours “I Have a Dream” de Martin Luther King Jr. marque les esprits. Valentina Tereshkova devient la première femme dans l’espace. En Belgique, la fixation de la frontière linguistique redessine l’État.

    Musicalement, 1963 vibre intensément. Salvatore Adamo triomphe avec Sans toi, ma mie et Tombe la neige. Jacques Brel émeut avec Les Bonbons. Sheila chante L’école est finie, Françoise Hardy séduit avec Tous les garçons et les filles, Johnny Hallyday enflamme les scènes.

    À l’international, les The Beatles lancent la Beatlemania avec Please Please Me, les The Beach Boys surfent avec Surfin’ U.S.A., et Ray Charles continue de révolutionner la soul.

    L’année est aussi marquée par la disparition d’Édith Piaf, suivie de celle de Jean Cocteau.

    1963, c’est une époque de charbon et de chansons, de télévision en noir et blanc et d’espoirs vibrants. Une année intense, contrastée, profondément humaine… que Nos Années Collector vous invite à revivre, avec émotion et précision.
    Afficher plus Afficher moins
    10 min
  • 1972 : du Jardin Extraordinaire au Parrain, entre Eddy Merckx, Watergate et «Une Belle Histoire»
    Feb 21 2026
    En 1972, la Belgique vit encore à un rythme paisible. À la maison, les salons se parent de meubles en teck, de buffets bas, de tapis shaggy et de lampes champignons colorées. L’odeur du café filtre se mêle à celle des plats mijotés. Les cuisines s’ouvrent doucement à la modernité : les surgelés apparaissent, les fours électriques se démocratisent, mais les carbonnades flamandes, les boulets sauce lapin et les tomates-crevettes restent indétrônables.

    La télévision, souvent encore en noir et blanc, rassemble les familles autour du mythique Jardin Extraordinaire sur la RTB, présenté par Arlette Vincent avec le scientifique Paul Galand. Les exploits sportifs font vibrer les foyers : Eddy Merckx remporte son quatrième Tour de France, tandis qu’au Grand Prix de Belgique à Nivelles, Emerson Fittipaldi triomphe sur Lotus-Ford. Les vacances se passent à la côte belge, entre cabines rayées et caravanes pliantes, ou dans les Ardennes verdoyantes.

    Côté culture, 1972 est proclamée Année internationale du livre par l’UNESCO. Irène Stecyk reçoit le Prix Victor Rossel. Les lecteurs découvrent Jonathan Livingston le Goéland de Richard Bach et Des bleus à l’âme de Françoise Sagan. La BD évolue avec Astérix et le Devin de René Goscinny et Albert Uderzo, ou encore La Mine de l’Allemand perdu dans la série Blueberry.

    Au cinéma, l’année est mythique : The Godfather de Francis Ford Coppola, avec Marlon Brando et Al Pacino, marque l’histoire du septième art. Cabaret de Bob Fosse, porté par Liza Minnelli, éblouit le public.

    Mais 1972 est aussi une année de tensions : visite historique de Richard Nixon en Chine auprès de Mao Zedong, scandale du Watergate, drame des Jeux olympiques de Munich. La Belgique signe le traité d’élargissement de la CEE, ouvrant une nouvelle étape européenne.

    Musicalement, la bande-son de 1972 est éclatante. Salvatore Adamo brille avec F… comme Femme. Michel Fugain chante Une Belle Histoire, Claude François rêve de Lundi au Soleil, Joe Dassin amuse avec La Complainte de l’heure de pointe. Dalida et Alain Delon murmurent Paroles… Paroles….

    À l’international, David Bowie illumine avec Starman, Elton John s’envole avec Rocket Man, tandis que Deep Purple frappe fort avec Smoke on the Water.

    1972, c’est une année suspendue : encore bercée par la douceur des Trente Glorieuses, mais déjà traversée par les frémissements d’un monde en mutation. Une année que Nos Années Collector vous invite à revivre, comme un vieux 45 tours que l’on pose délicatement sur la platine… Fini les rayures sur vos vinyles, Nostalgie+, c’est le meilleur des 60’s et des 70’s sans le souffle des vieilles radios à lampes.
    Afficher plus Afficher moins
    12 min
  • 1976 : l’été de tous les excès, de Abba à Taxi Driver, quand le monde brûlait doucement
    Feb 15 2026
    Pour beaucoup de Belges, 1976 évoque d’abord un été hors norme. Dès le mois de mai, le soleil s’installe durablement, les températures grimpent et la sécheresse devient historique. Les autorités appellent à économiser l’eau, mais dans les souvenirs, cet été reste lumineux et heureux. Les enfants vivent dehors, jouent au football dans la rue, font du vélo jusqu’à la tombée de la nuit, genoux écorchés et visages bronzés, sans crème solaire ni inquiétude excessive des parents. On rentre à la maison quand les lampadaires s’allument.

    À l’intérieur, les maisons belges affichent fièrement leur décor typique des années 70 : canapés bas marron, tables basses en verre et acier, tapis épais à motifs géométriques, tables gigognes et papier peint omniprésent. Le formica règne dans les cuisines. Les appareils électroménagers sont solides, bruyants, conçus pour durer. La télévision est devenue centrale : elle rassemble la famille chaque soir pour le journal télévisé ou les variétés du week-end. On se lève encore pour changer de chaîne. En 1976, Patrick Poivre d’Arvor fait ses débuts au JT sur Antenne 2, tandis que les jeux de 20h arrivent sur FR3 avec Maître Capello et Maurice Favières. À la RTB, le journal télévisé change souvent d’horaire, au grand désarroi des téléspectateurs.

    La société évolue : les femmes travaillent de plus en plus à l’extérieur, apportant un second salaire qui permet quelques luxes — restaurants, vacances à l’étranger, voiture plus récente. Pourtant, à la maison, les rôles restent bien ancrés. La cuisine est simple et nourrissante : potage maison, boulettes sauce tomate, légumes du jardin. Le dimanche reste sacré, avec le rôti, les haricots verts et le dessert maison, souvent partagé avec les grands-parents. Beaucoup de familles partent à la côte belge ; d’autres découvrent le camping et la caravane, symbole de liberté. Certains investissent même dans une résidence secondaire en Espagne, attirés par un immobilier encore très abordable.

    Sur le plan culturel, 1976 est une année riche. On lit beaucoup. Georges Simenon demeure une référence incontournable. Le succès littéraire de l’année est La Vie devant soi d’Émile Ajar, sans que l’on sache encore qu’il s’agit de Romain Gary. Marguerite Duras, avec Le Camion, divise et interroge, proposant une œuvre radicale sur la solitude, la folie et le politique.

    Au cinéma, 1976 marque durablement les esprits avec Taxi Driver de Martin Scorsese, porté par un Robert De Niro glaçant. À l’opposé, Rocky séduit le public avec Sylvester Stallone, incarnation de l’homme ordinaire qui croit en sa chance. En Europe, Claude Sautet signe Mado avec Michel Piccoli et Jacques Dutronc, explorant les fragilités humaines.

    Politiquement, 1976 est une année de transition majeure. En Chine, la mort de Mao Zedong marque la fin d’une ère. Aux États-Unis, Jimmy Carter est élu, incarnant un retour aux valeurs morales après le scandale du Watergate et la présidence de Richard Nixon. En Afrique du Sud, les émeutes de Soweto révèlent au monde la violence de l’apartheid. En Irlande du Nord, Betty Williams et Mairead Corrigan reçoivent le prix Nobel de la Paix pour leur combat non violent.

    Enfin, la musique constitue la bande-son de cette année brûlante. La variété francophone domine : Michel Sardou avec Je vais t’aimer, Joe Dassin et À toi, Sylvie Vartan, Alain Souchon et Bidon, composé avec Laurent Voulzy. À l’international, Queen impressionne avec Somebody to Love, Donna Summer électrise avec Love to Love You Baby, et ABBA triomphe avec Fernando. Mais 1976 voit aussi surgir une rupture radicale : le punk, incarné par les Sex Pistols et Anarchy in the UK, choque les adultes et séduit une jeunesse en quête d’identité.
    Afficher plus Afficher moins
    10 min
  • 1966 : des Trente Glorieuses à Revolver, entre télé noir et blanc, Magritte et Brel
    Feb 14 2026
    En 1966, la vie en Belgique s’inscrit encore dans la douceur des Trente Glorieuses. Le plein emploi rassure, les carrières sont stables et l’avenir semble prometteur. Le temps s’écoule plus lentement, sans urgence excessive. À la maison, la télévision noir et blanc s’impose comme le nouveau centre du salon, posée sur un meuble en formica ou en teck, parfois décorée d’un napperon crocheté. On ne la regarde qu’à certains moments précis, surtout le soir, sauf le mercredi après-midi, jour de congé scolaire, où la RTB lance l’émission jeunesse Feu Vert, animée par Jacques Careuil et André Rémy.

    Le téléphone en bakélite noire trône dans le hall ou le salon. Les conversations sont brèves, rarement privées, sauf pour les amoureux qui y glissent quelques mots tendres. Le courrier garde une valeur précieuse : lettres manuscrites, cartes postales, nouvelles attendues avec impatience. On se chauffe encore souvent au charbon, on cuisine parfois sur des fourneaux, même si les cuisinières au gaz en bonbonne commencent à apparaître. Les intérieurs racontent une histoire familiale, avec papiers peints à motifs, moquettes épaisses, vitrines remplies de bibelots et meubles en chêne clair. Le dimanche matin, on tond la pelouse sans se soucier du bruit. Les vacances se passent majoritairement à la côte belge, ou, pour les plus aventureux, sur les routes nationales vers le sud de la France, fenêtres ouvertes et pique-nique improvisé.

    Sur le plan culturel, 1966 est une année foisonnante. La littérature devient plus accessible grâce aux éditions de poche. Romain Gary publie La Promesse de l’aube, hommage poignant à sa mère. Oublier Palerme d’Edmonde Charles-Roux reçoit le prix Goncourt, tandis que Simone de Beauvoir interroge la condition féminine avec Les Belles Images. Le cinéma est un événement en soi : Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone, porté par Clint Eastwood et la musique d’Ennio Morricone, devient mythique. En France, Claude Lelouch triomphe avec Un homme et une femme, Palme d’Or à Cannes. En Belgique, René Magritte poursuit son œuvre surréaliste, interrogeant le réel et les apparences.

    L’actualité mondiale, elle, est plus tendue. La guerre du Vietnam s’intensifie et choque l’opinion publique occidentale par ses images télévisées. Aux États-Unis, Lyndon B. Johnson fait face à une contestation croissante. En Chine, Mao Zedong lance la Révolution culturelle, bouleversant brutalement la société. En Belgique, les tensions communautaires montent, tandis que le gouvernement de Paul Vanden Boeynants tente de maintenir un fragile équilibre. Le prix Nobel de la Paix est attribué à l’Organisation internationale du Travail, symbole d’un attachement fort aux droits sociaux.

    Musicalement, 1966 marque un tournant. Les The Beatles publient Revolver, album révolutionnaire. Bob Dylan affirme son virage électrique avec Blonde on Blonde. Les The Rolling Stones provoquent et séduisent. Côté francophone, Jacques Brel bouleverse avec Ces gens-là et Amsterdam, avant de faire ses adieux à la scène. France Gall incarne la jeunesse avec Baby Pop, Salvatore Adamo touche les consciences avec Inch’Allah, tandis que Michel Polnareff surprend avec La Poupée qui fait non, accompagné à la guitare par Jimmy Page. Françoise Hardy confirme son aura mélancolique avec La Maison où j’ai grandi, et Antoine amuse et divise avec ses élucubrations et ses cheveux longs.
    Afficher plus Afficher moins
    11 min
  • 1961 : entre twist, Mur de Berlin et Maigret à Ostende
    Feb 8 2026
    En 1961, la Belgique vit encore sous l’ombre de la grande grève de l’hiver 1960-1961, l’un des plus importants mouvements sociaux de son histoire. Les discussions se font à voix basse dans les cuisines, autour d’une bière Jupiler ou d’un verre de bière de table, tandis que la radio diffuse des nouvelles parfois anxiogènes. La télévision en noir et blanc, encore rare, est presque sacrée : on ferme les rideaux, on baisse la lumière, on se tait pendant le journal télévisé. Les intérieurs sont chaleureux, chargés de meubles en bois foncé, de napperons crochetés et de photos de famille. La vie quotidienne est rythmée par les petits commerces de quartier, les cafés du village et les promenades en famille.

    La société reste très codifiée. Les femmes portent robes élégantes, gants et manteaux bien coupés ; les hommes sortent en veste et cravate, surtout le dimanche pour la messe. En cuisine, on prépare des plats mijotés : carbonnades flamandes, lapin à la moutarde, rôti dominical. L’arrivée d’un frigo, d’une machine à laver ou d’une cuisinière moderne est vécue comme un véritable progrès, même si certaines ménagères continuent à laver le linge délicat à la main. L’été, on part à la mer du Nord, à Ostende, Blankenberge ou La Panne, pour des vacances simples, entre gaufres chantilly, cuistax et croquettes de crevettes.

    Sur le plan culturel, 1961 est une année intense. En littérature, Les Damnés de la Terre de Frantz Fanon marque les esprits par sa réflexion sur la décolonisation. Catch-22 de Joseph Heller choque par son humour noir et sa critique de l’absurdité militaire. En Belgique, Georges Simenon reste omniprésent avec Maigret et le voleur paresseux, lu partout, des trains aux cafés. Le prix Nobel de littérature est attribué à Ivo Andrić, tandis que la disparition d’Ernest Hemingway bouleverse le monde des lettres.

    Au cinéma, West Side Story triomphe avec Natalie Wood, Rita Moreno et George Chakiris, remportant dix Oscars. Le public rit aussi avec La Belle Américaine de Robert Dhéry et frissonne avec Le Cave se rebiffe porté par Jean Gabin.

    Dans le monde, 1961 marque l’entrée de l’humanité dans l’ère spatiale : le 12 avril, Yuri Gagarin devient le premier homme dans l’espace. Quelques mois plus tard, la construction du Mur de Berlin coupe l’Europe en deux, déchirant des familles pendant près de trente ans. Aux États-Unis, John F. Kennedy incarne une nouvelle génération, crée le Peace Corps, mais autorise aussi le désastre de la baie des Cochons à Cuba. En Belgique, la crise politique se poursuit après la perte du Congo, avec la chute du gouvernement Eyskens et l’arrivée du gouvernement Théo Lefèvre.

    Enfin, la musique est omniprésente et donne une identité à la jeunesse. On danse le twist sur Let’s Twist Again de Chubby Checker, immense succès de 1961. Johnny Hallyday séduit avec Retiens la nuit, Gilbert Bécaud bouleverse avec Et maintenant, tandis que Stand by Me de Ben E. King devient un hymne universel. Jacques Brel marque les esprits avec Le Moribond. Édith Piaf, affaiblie mais immense, triomphe avec Non, je ne regrette rien et Mon Dieu. Charles Aznavour impose son style avec Je m’voyais déjà. Et à l’Eurovision, Jean-Claude Pascal fait gagner le Luxembourg avec Nous les amoureux.
    Afficher plus Afficher moins
    11 min
  • 1971 : de la Lune à Melody Nelson, des pattes d’eph’ à Imagine… une année de bascule
    Feb 7 2026
    En 1971, le monde est en pleine mutation. En février, la mission Apollo 14 se pose sur la Lune, et l’astronaute Alan Shepard y joue quelques coups de golf, symbole d’un optimisme technologique encore intact. Mais sur Terre, les secousses sont bien réelles : le président Richard Nixon met fin à la convertibilité du dollar en or, bouleversant durablement l’économie mondiale.

    En Belgique, l’année est marquée par la première réforme de l’État : les compétences culturelles sont confiées aux nouvelles communautés, amorçant la décentralisation du pays. Les élections voient la montée des partis régionalistes comme le Rassemblement Wallon, tandis que les agriculteurs manifestent massivement, révélant un profond malaise rural. À l’international, 1971 voit aussi la naissance de Greenpeace, l’ouverture de Walt Disney World, l’introduction de la TVA en Belgique, et une avancée historique en Suisse avec le droit de vote accordé aux femmes.

    Dans les maisons et les villages, le confort moderne s’installe progressivement. Robots ménagers et yaourtières font leur apparition, même si les traditions restent bien ancrées. Le café du coin demeure le centre névralgique de la vie sociale, autour d’une Jupiler ou d’une Stella, pendant que l’on refait le monde. Les pantalons pattes d’éléphant et les cheveux longs marquent la jeunesse, mais les collèges ne sont pas encore tous mixtes, et une femme divorcée reste souvent mal perçue. Les anciens métiers – houilleurs, tanneurs, poinçonneurs – cohabitent encore avec les signes d’une modernité naissante. Au petit déjeuner, on savoure un café au lait accompagné d’une tartine de sirop de Liège ou de fromage de Herve.

    Côté culture, 1971 ose et dérange. En librairie, Malina de Ingeborg Bachmann interroge l’identité féminine, tandis que Georges Simenon poursuit les enquêtes de Maigret. Le prix Nobel de littérature est attribué au poète chilien Pablo Neruda. En France, le Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir et signé notamment par Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Marguerite Duras ou Catherine Deneuve, secoue la société sur la question de l’avortement, préparant le terrain de la future loi Veil.

    Au cinéma, le choc est double : A Clockwork Orange de Stanley Kubrick interroge la violence humaine, tandis que La Folie des grandeurs fait rire le public français avec Louis de Funès et Yves Montand, sur une musique composée par Michel Polnareff.

    Enfin, la musique offre la bande-son de cette année de transition. Michel Delpech adoucit les ondes avec Pour un flirt, Joe Dassin fait rêver avec L’Amérique, tandis que Serge Gainsbourg bouleverse avec l’album Histoire de Melody Nelson. Les Les Poppys, messagers de paix, connaissent un succès international fulgurant. À l’étranger, Rod Stewart chante Maggie May, George Harrison touche le monde avec My Sweet Lord, John Lennon appelle à la paix avec Imagine, tandis que Middle of the Road fait danser avec Chirpy Chirpy Cheep Cheep. En Belgique, on se retrouve dans les bals populaires au son de Mike Brant ou Nicoletta.
    Afficher plus Afficher moins
    10 min