Il va devenir le plus jeune Premier ministre et le premier dirigeant ouvertement homosexuel. Aux Pays-Bas, Rob Jetten s’apprête à prendre les rênes du prochain gouvernement et il est notre Européen de la semaine. Ce centriste pro-européen a créé la surprise aux dernières élections d'octobre. Son profil détonne dans la vie politique néerlandaise.
38 ans, athlétique, un sourire permanent et un visage de star de cinéma. Le chef du Parti des réformateurs D66 n’a pas seulement gagné l’élection, il a aussi battu Geert Wilders, le leader de l’extrême-droite néerlandaise dont le parti dirigeait le précédent gouvernement. Pour l'emporter, Rob Jetten s’est inspiré d’un certain Barak Obama et son fameux « Yes, we can ». Un discours positif qui a marché.
« Ce que Rob Jetten a fait, et ce que le parti a fait, c'est offrir une alternative à toutes ces forces négatives en politique », raconte Hans Vijlbrief, député du D66, réélu lors des dernières élections. « Il a raconté l'histoire des Pays-Bas, leur avenir possible. Il a insufflé un dynamisme nouveau à la société, ce qui nous a permis de remporter la victoire. C'est donc bien l'homme et son storytelling qui ont fait notre succès. » Il y aussi du Macron version 2017 dans Rob Jetten : même précocité, même dynamisme et même sourire. Rob Jetten a aussi profité de l’absence de Gert Wilders, invisible pendant la campagne à cause de menaces d’attentats.
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Sprinteur et gendre idéal Rob Jetten n’a même pas 40 ans. On peut dire qu’il aime aller vite. Député à 30 ans. Chef du parti D66 un an plus tard. Ministre de l'Énergie et du Climat entre 2022 et 2024. Un sprinteur dans la politique mais aussi dans la vie. Rob Jetten est un athlète. Dans sa jeunesse, il était meneur d'allure, un « lièvre » en athlétisme. Et il s’est illustré pendant la campagne en participant à une émission télé de culture générale.
Un intello sportif, un peu trop parfait à tel point qu’il a été surnommé « Robot Jetten ». « Au début, on l'appelait comme ça, mais je crois que très vite, les gens ont compris qu'il n'était pas du tout un robot, mais une personne très chaleureuse », assure le député Hans Vijlbrief. « Son image a complètement changé. Si vous demandez aux gens dans la rue, je pense qu'il est aujourd'hui l'une des personnalités les plus populaires de notre pays ». Costume cintré, bien coiffé, Rob Jetten est très présent sur Instagram, posant avec sa famille ou avec son compagnon, un joueur de hockey sur gazon argentin. Leur mariage est prévu l’été prochain.
«En même temps» Son programme est une sorte de « en même temps » sur l’immigration. Il s'est engagé à consacrer davantage de fonds aux programmes d'intégration tout en voulant lutter contre l'immigration illégale en autorisant les demandes d'asile en dehors de l'UE. Et il a aussi fait de grandes promesses pour l’accès au logement - un vrai problème aux Pays-Bas. Il promet la construction de dix nouvelles villes. « La question du logement est très liée dans le débat politique aux Pays-Bas à la question de l'immigration, décrypte Koen Damhuis, maître de conférences en sciences politiques à l'université d'Utrecht. Si on est confronté à une situation de rareté de logement, comment est-il moralement acceptable, légitime d'ouvrir les frontières à des centaines de milliers de migrants chaque année ? ».
Rob Jetten a aussi essayé pendant la campagne de changer l’image élitiste de son parti et de parler aux électeurs d’extrême-droite. « Il a fait une tournée aux Pays-Bas et s'est rendu notamment dans les communes où l'extrême droite était très implantée, rappelle Hans Vijlbrief. Il faut aller à leur rencontre et tenter de répondre à leurs préoccupations, car ce sont des préoccupations tout à fait légitimes : où trouver un logement ? Comment faire face à la vieillesse ? Qu'en est-il des soins de santé ?». Rob Jetten a promis un nouveau gouvernement pour le mois prochain. Mais il devra composer avec un parlement où il n’a pas la majorité et où l’extrême-droite reste toujours aussi forte.