Épisodes

  • Ukaleq Slettemark, la voix du Groenland aux Jeux d’hiver de Milan
    Feb 20 2026

    Les Jeux olympiques d’hiver de Milan se terminent ce dimanche, avant de laisser la place aux Jeux paralympiques à partir du 6 mars. Durant ces deux premières semaines de compétition, la politique s'est immiscée entre les épreuves. Et une athlète s’est distinguée bien au-delà des pistes. La Groenlandaise Ukaleq Slettemark a marqué ces Jeux par ses performances sportives. Mais elle a aussi défié Donald Trump et ses velléités d'annexion du Groenland…

    À 24 ans, l’athlète originaire de Nuuk n'y est pas allée de main morte pour défendre son pays. En amont des épreuves de biathlon féminin, Ukaleq Slettemark s’est exprimée devant les caméras internationales aux côtés de son frère, lui aussi qualifié pour les Jeux. « Le Groenland ne sera jamais américain. Nous skions pour le Danemark, pour le Groenland et pour montrer au monde entier que nous sommes là ». La jeune biathlète skiait sous les couleurs du Danemark, car le Groenland ne disposait pas de comité national olympique. Elle assume pleinement cette prise de parole. « Chaque Groenlandais a un avis sur la question. Nous aurions pu choisir de rester silencieux, mais nous avons senti une responsabilité en tant que personnalités publiques. Et 96 % des Groenlandais ne veulent pas devenir Américains ».

    Une qualification en famille

    Au Groenland, Ukaleq Slettemark est connue pour ses titres. En 2019, elle devient championne du monde de biathlon jeune en individuel. Mais sa prise de position a accentué la sympathie des Groenlandais à son égard. « Sa façon d'être super honnête, de dire comment elle se sentait personnellement par rapport aux prises de paroles de Donald Trump, ça a eu beaucoup d'écho. Mais à Nuuk et au Groenland, ce qui a été le plus important, c'est surtout qu'elle se soit qualifiée aux Jeux avec son frère. C'est très rare pour des athlètes groenlandais », explique Karoline Engelund, correspondante du média danois DR à Nuuk. Le biathlon, chez les Slettemark, c'est une affaire de famille. « Quand j’étais petite, mes parents faisaient du biathlon. Ils m’embarquaient avec eux. Chaque hiver, je passais énormément de temps sur les compétitions et les championnats du circuit international », se remémore la biathlète groenlandaise. Sa mère a fondé la fédération groenlandaise de biathlon, et son père, Øystein Slettemark, est une figure centrale du développement du ski de fond et du biathlon au Groenland, particulièrement à Nuuk, où il est considéré comme « une légende locale », selon la journaliste Karoline Engelund.

    Une athlète engagée

    L’enfance d’Ukaleq Slettemark, passée entre montagnes, escalade, pêche et camping, a aussi façonné son engagement environnemental. Un engagement qui se traduit dans les médias et dans sa pratique d'un sport qui reste polluant. « C'est normal chez les athlètes d'avoir plusieurs sponsors, du matériel neuf », observe Katerine Engelund. « Ukaleq a fait une vidéo dans laquelle elle montre la combinaison qu'elle a utilisée pendant ces Jeux, on y voit des trous ici et là. Elle explique qu'elle va continuer à s'en servir pour les compétitions ». La sportive le dit, elle pourrait changer de voie, se diriger vers une carrière qui ne l'oblige pas à prendre l'avion plusieurs fois par an, devenir scientifique, mais elle considère qu'elle peut changer le système de l'intérieur. « J’ai une audience importante. Je peux utiliser ma voix pour parler de sujets qui me tiennent à cœur. Je peux rester dans ce sport et le changer de l’intérieur. Si j’arrête, tout continuera comme avant. » assure la jeune Groenlandaise,

    Sportivement, Ukaleq Slettemark n’a pas atteint son objectif de qualification pour l’épreuve de poursuite lors de ces Jeux de Milan. Mais elle a tout de même amélioré son classement par rapport aux Jeux olympiques d’hiver de 2022. Prochain rendez-vous dans les Alpes en 2030.

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  • Paolo Petrecca: le fiasco des JO en Italie, symptôme d’une télé publique sous emprise du politique
    Feb 13 2026
    Stéréotypes, erreurs en série, incompétence : la couverture de la cérémonie d’ouverture des JO d’hiver par la chaîne Rai Sport a provoqué une onde de choc en Italie. Au-delà du flop télévisuel, l’affaire Paolo Petrecca relance le débat récurrent sur l’indépendance et la gouvernance du service public italien. Dès les premières secondes du direct, devant 9,3 millions de téléspectateurs italiens, le malaise est palpable. À peine a-t-il eu le temps de prononcer un « buona sera » que Paolo Petrecca se trompe de stade, qualifiant le mythique stade de San Siro à Milan de « stade olympique », alors que celui-ci se trouve en réalité à Rome. La gaffe aurait été vite oubliée si, quelques minutes plus tard, il n’avait pas confondu des stars de la chanson, puis multiplié les erreurs : il ne reconnaît pas la présidente du CIO, Kirsty Coventry, et peine à identifier les champions et championnes du volley italien lors du passage de la flamme. Pendant près de trois heures de cérémonie, il enchaîne les ratés : commentaires approximatifs, propos creux… Paolo Petrecca reste malgré tout sûr de lui, se permettant de couper la parole à ses collègues et même de parler pendant certaines prestations musicales. La retransmission vire au naufrage lors de la parade des délégations internationales, où les stéréotypes s’accumulent. « C’est le triomphe des lieux communs », résume Simone Salvador, animateur de la chaîne en ligne SPORTinMEDIA : « “Les Brésiliens ont la musique dans la peau”, les “Arabes et leurs vêtements traditionnels”, les “Africains et leurs rites vaudous”, les “Espagnols au sang chaud”… c’est tellement grossier qu’il y a eu un déluge de critiques unanimes sur les réseaux sociaux. Au final, la polémique a éclipsé la beauté de la cérémonie. » Paolo Petrecca est même soupçonné d’avoir volontairement censuré la performance du rappeur italo-tunisien Ghali, connu pour son soutien à la cause palestinienne. Le directeur de la Rai n’a même pas prononcé son nom et la régie n’a fait aucun plan serré pendant les trois minutes qu’a duré sa prestation. Un fiasco annoncé En interne, le désastre n’a rien d’une surprise. Le commentateur initialement prévu est sanctionné 72 heures avant le direct, pour avoir révélé des informations sous embargo concernant le déplacement à la cérémonie du président italien Sergio Mattarella. En tant que directeur, Paolo Petrecca aurait pu confier l’antenne à un journaliste sportif expérimenté. Il choisit au contraire de s’auto-désigner, alors qu’il n’a plus commenté de grands événements à l’antenne depuis plus de vingt ans. La rédaction tente de le dissuader, rappelant la difficulté de l’exercice. En vain. Petrecca a pêché par orgueil. Dès le lendemain, les journalistes de Rai Sport cessent de signer leurs productions olympiques et annoncent trois jours de grève à l’issue des Jeux, si aucune mesure n’est prise contre leur directeur. Confrontés à « la pire humiliation de Rai Sport », ils dénoncent un « préjudice grave pour l’image de la chaîne publique, de ses salariés et un manque de respect envers les téléspectateurs, qui financent la Rai par la redevance. » À lire aussiJO d'hiver 2026: Milan-Cortina, entre ferveur populaire et défi organisationnel Un dirigeant très politique Ce fiasco relance une controverse plus large sur l’indépendance du service public italien. Paolo Petrecca est réputé proche du parti néo-fasciste Fratelli d’Italia de la Première ministre Giorgia Meloni. Sous le gouvernement Draghi, elle avait réussi en 2021 à le placer à la tête de RaiNews, la chaîne d’information en continu. Depuis, elle l’a maintenu en poste, malgré deux motions de défiance votées par la rédaction. En cause, une série de choix très contestés. Le soir de l’élection présidentielle française, par exemple, Paolo Petrecca impose d’ouvrir le journal sur un obscur festival des villes identitaires, qui se déroule à quelques kilomètres de Rome. Quelle n’est pas la surprise des journalistes quand ils le voient, au premier rang du public, assister à la prestation de sa future épouse, chanteuse. En 2023, il tente aussi d’étouffer une affaire liée à l’entourage de Georgia Meloni, une histoire de TGV arrêté dans une gare, au bon vouloir du ministre de l’Agriculture, ex-fiancé de la sœur Meloni. Levée de bouclier de la rédaction. En guise de réponse, Paolo Petrecca décide de diffuser quarante-cinq minutes d’un meeting de Fratelli d’Italia en direct. « Comme souvent en Italie, au lieu d’être viré, il a été promu à la tête de Rai Sport… On frôle la télévision russe », siffle Gianguido Spinelli, scénariste romain, qui connaît bien le milieu audiovisuel italien. Selon plusieurs médias, Paolo Petrecca ne commentera pas à la télé la ...
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  • Rob Jetten, le sprinteur de la politique néerlandaise
    Feb 6 2026

    Il va devenir le plus jeune Premier ministre et le premier dirigeant ouvertement homosexuel. Aux Pays-Bas, Rob Jetten s’apprête à prendre les rênes du prochain gouvernement et il est notre Européen de la semaine. Ce centriste pro-européen a créé la surprise aux dernières élections d'octobre. Son profil détonne dans la vie politique néerlandaise.

    38 ans, athlétique, un sourire permanent et un visage de star de cinéma. Le chef du Parti des réformateurs D66 n’a pas seulement gagné l’élection, il a aussi battu Geert Wilders, le leader de l’extrême-droite néerlandaise dont le parti dirigeait le précédent gouvernement. Pour l'emporter, Rob Jetten s’est inspiré d’un certain Barak Obama et son fameux « Yes, we can ». Un discours positif qui a marché.

    « Ce que Rob Jetten a fait, et ce que le parti a fait, c'est offrir une alternative à toutes ces forces négatives en politique », raconte Hans Vijlbrief, député du D66, réélu lors des dernières élections. « Il a raconté l'histoire des Pays-Bas, leur avenir possible. Il a insufflé un dynamisme nouveau à la société, ce qui nous a permis de remporter la victoire. C'est donc bien l'homme et son storytelling qui ont fait notre succès. » Il y aussi du Macron version 2017 dans Rob Jetten : même précocité, même dynamisme et même sourire. Rob Jetten a aussi profité de l’absence de Gert Wilders, invisible pendant la campagne à cause de menaces d’attentats.

    À lire aussiPays-Bas: après leur victoire aux législatives, les centristes se préparent aux négociations en vue d’une coalition

    Sprinteur et gendre idéal

    Rob Jetten n’a même pas 40 ans. On peut dire qu’il aime aller vite. Député à 30 ans. Chef du parti D66 un an plus tard. Ministre de l'Énergie et du Climat entre 2022 et 2024. Un sprinteur dans la politique mais aussi dans la vie. Rob Jetten est un athlète. Dans sa jeunesse, il était meneur d'allure, un « lièvre » en athlétisme. Et il s’est illustré pendant la campagne en participant à une émission télé de culture générale.

    Un intello sportif, un peu trop parfait à tel point qu’il a été surnommé « Robot Jetten ». « Au début, on l'appelait comme ça, mais je crois que très vite, les gens ont compris qu'il n'était pas du tout un robot, mais une personne très chaleureuse », assure le député Hans Vijlbrief. « Son image a complètement changé. Si vous demandez aux gens dans la rue, je pense qu'il est aujourd'hui l'une des personnalités les plus populaires de notre pays ». Costume cintré, bien coiffé, Rob Jetten est très présent sur Instagram, posant avec sa famille ou avec son compagnon, un joueur de hockey sur gazon argentin. Leur mariage est prévu l’été prochain.

    «En même temps»

    Son programme est une sorte de « en même temps » sur l’immigration. Il s'est engagé à consacrer davantage de fonds aux programmes d'intégration tout en voulant lutter contre l'immigration illégale en autorisant les demandes d'asile en dehors de l'UE. Et il a aussi fait de grandes promesses pour l’accès au logement - un vrai problème aux Pays-Bas. Il promet la construction de dix nouvelles villes. « La question du logement est très liée dans le débat politique aux Pays-Bas à la question de l'immigration, décrypte Koen Damhuis, maître de conférences en sciences politiques à l'université d'Utrecht. Si on est confronté à une situation de rareté de logement, comment est-il moralement acceptable, légitime d'ouvrir les frontières à des centaines de milliers de migrants chaque année ? ».

    Rob Jetten a aussi essayé pendant la campagne de changer l’image élitiste de son parti et de parler aux électeurs d’extrême-droite. « Il a fait une tournée aux Pays-Bas et s'est rendu notamment dans les communes où l'extrême droite était très implantée, rappelle Hans Vijlbrief. Il faut aller à leur rencontre et tenter de répondre à leurs préoccupations, car ce sont des préoccupations tout à fait légitimes : où trouver un logement ? Comment faire face à la vieillesse ? Qu'en est-il des soins de santé ?». Rob Jetten a promis un nouveau gouvernement pour le mois prochain. Mais il devra composer avec un parlement où il n’a pas la majorité et où l’extrême-droite reste toujours aussi forte.

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  • Khaby Lame, superstar de TikTok, bientôt concurrencé par son jumeau numérique
    Jan 30 2026
    Khaby Lame est le tiktokeur le plus suivi au monde. Toutes plateformes confondues, il cumule près de 360 millions d'abonnés. À 25 ans, le créateur de contenus italo-sénégalais a cédé il y a quelques jours des parts de sa société pour près d'un milliard de dollars. Selon ce contrat, demain, son clone généré par intelligence artificielle pourrait même faire le travail à sa place. Un milliard de dollars pour s'offrir les droits sur l'image de Khaby Lame, c’est le prix à payer pour l'un des visages les plus reconnaissables des réseaux sociaux. L'influenceur est né en 2000 à Dakar. Lorsqu’il a un an, sa famille quitte le Sénégal pour le Piémont italien. Khaby Lame grandit dans un logement social près de Turin. Aujourd'hui c'est la star de TikTok la plus connue, mais avant ça il enchaîne les petits boulots : maçon, plongeur, serveur, mécanicien. Avant de se lancer sur les réseaux, il travaillait dans une usine. « Son histoire sur les réseaux sociaux commence dans un moment de grande fragilité. Il perd son emploi pendant la pandémie et ce détail est essentiel, parce qu'il casse l'idée du talent construit à l'avance. Il ne devient pas un créateur de contenu par stratégie, mais parce qu'il est un homme ordinaire qui comprend instinctivement le langage de son époque », analyse Francesca Caon, journaliste à l'édition italienne du Huffington Post. Dans une interview en 2022, Khaby Lame raconte : il a toujours fait des vidéos avec ses amis, qu’il publiait sur Youtube. Avec le chômage, il commence à en faire sur TikTok pour s'amuser. Le style de Khaby Lame : ne rien dire. Il tourne en dérision des vidéos qui prétendent faciliter le quotidien, et tout tient à sa gestuelle, à sa façon de dire « c'est bien plus simple comme ça » devenue virale. Le crédo fonctionne. Khaby Lame connaît un succès rapide. Ne pas parler, c'est parler à tout le monde peu importe le pays. En deux ans, il devient le tiktokeur le plus suivi de la plateforme. Une success story flamboyante Khaby Lame assure ne pas tenir compte du nombre de vues ou d'abonnés. Pourtant, il explose les records et gagne beaucoup d'argent. Certains de ses posts peuvent lui rapporter des dizaines de milliers d'euros. Son premier achat, une maison pour ses parents. Un accomplissement pour lui, qui vient d'une famille ouvrière. Mais Khaby Lame ne s'est pas arrêté aux réseaux sociaux. « En cinq ans, Khaby Lame est passé du rôle de créateur à quelque chose de plus large », explique Francesca Caon. « Il travaille avec de grandes marques de luxe, devient ambassadeur et participe à des campagnes internationales. Mais surtout, il n'est plus seulement quelqu'un qui fait des vidéos, il est devenu une identité immédiatement reconnaissable ». La preuve : il fait de courtes apparitions, ce qu'on appelle des caméos, dans de grosses productions hollywoodiennes, comme dans le film Bad Boys : Ride or Die. Khaby Lame y apparaît dans une scène avec son idole, Will Smith. Une personnalité qui l'a inspiré, puisque c'est en voyant l'acteur américain jouer dans le Prince de Bel-Air qu'il a eu envie de se lancer dans les vidéos. À côté de ça, il est nommé ambassadeur de bonne volonté pour l'Unicef en faveur des droits de l'enfant. Un rôle qui a du sens pour Khaby Lame. « Ayant moi-même fini par trouver ma vocation après avoir craint la pauvreté durant mon enfance, je sais que tous les enfants peuvent s’épanouir si on leur en donne la possibilité et l’occasion », a-t-il déclaré. Une superstar qui risque de bouleverser le monde des réseaux Début janvier, Khaby Lame a vendu les droits exclusifs de son image à une entreprise basée à Hong Kong et cotée au Nasdaq, Rich Sparkle Holdings. Elle pourra donc utiliser l’image de l’influenceur. « Ce contrat donne essentiellement accès à des données : les expressions du visage, les gestes, le langage corporel, des réactions. Autrement dit, il permet de créer un jumeau numérique basé sur l’identité de Khaby Lame », décrit la journaliste Francesca Caon. Une nouveauté qui permettra de publier des vidéos de ce jumeau numérique à toute heure, dans toutes les langues, et qui pose des questions éthiques. « Ce contrat ne concerne pas seulement Khaby Lame. Il concerne l'avenir de tous les créateurs. Il marque un changement de paradigme profond. Ce qui compte désormais, ce n'est plus seulement ce que l'on crée, mais qui l'on est, l’image », déplore Francesca Caon. « Le risque de plus en plus concret, c'est que le créateur ne devienne qu’un simple fournisseur de données pour des systèmes capables ensuite de le remplacer ». Reste à voir si une intelligence artificielle aura autant de succès que la version humaine de Khaby Lame. À lire aussiTikTok: le célèbre influenceur Khaby Lame cède sa société pour près d'un milliard de dollars
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  • Le Portugais Antonio José Seguro, un revenant candidat à la présidentielle
    Jan 23 2026
    Les Portugais éliront leur président le 8 février prochain, et c’est une première depuis 40 ans, il y aura un second tour. André Ventura du parti d'extrême droite Chega a obtenu 23,5 % des suffrages, mais le premier homme de l'élection, c'est le socialiste Antonio José Seguro. Avec 31,1% des suffrages, il a déjoué les pronostics des sondages. Sept points d’avance sur l’extrême droite, une surprise pour le socialiste. À 63 ans, les cheveux poivre et sel, ses lunettes enfoncées sur le nez, Antonio José Seguro est un revenant. « C'est un peu un outsider », explique Victor Pereira, historien et chercheur à l’université de Lisbonne. « C'est pas le candidat le plus évident, ce n'est pas un candidat historique. Il a eu quelques fonctions gouvernementales, mais dans des périodes extrêmement difficiles au Portugal. Ce sont les années de la troïka, des années où le Portugal est au plus bas économique », ajoute l’historien. À son arc, Antonio José Seguro a d'autres cordes, comme la présidence des jeunesses socialistes. Il est aussi très proche de l'actuel secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres. Le socialiste était son secrétaire d'État adjoint lorsque Antonio Guterres était Premier ministre du Portugal. Dix ans de traversée du désert Antonio José Seguro a aussi été député socialiste, puis sa carrière prend un tournant. « Entre 2011 et 2014, il a été secrétaire général du Parti socialiste et là il a été battu aux primaires en 2014 », rappelle Yves Léonard, historien, professeur à Science Po et spécialiste du Portugal. « Il est battu par celui qui va marquer de son empreinte les dix dernières années de la politique portugaise, à savoir, le socialiste Antonio Costa. Là commence la traversée du désert pour Antonio José Seguro ». Antonio Costa, qui succède à Seguro à la tête du Parti socialiste, avant d'être nommé Premier ministre puis de prendre la tête du Conseil européen. Après cette défaite, Antonio José Seguro se retire de la vie politique pendant une dizaine d'années. Mais il ne disparaît pas totalement de la vie publique. Pendant cette période, il enseigne les relations internationales à l'université autonome de Lisbonne, il apparaît comme éditorialiste politique sur la chaîne CNN Portugal, et il se lance aussi dans l'entrepreneuriat dans les secteurs de l'agroalimentaire, du tourisme et de l'agriculture. Il s'est même mis à produire du vin et de l'huile d'olive. En 2024, il fait son retour sur la scène politique et commence à évoquer une possible candidature à l'élection présidentielle de 2026. Et en juin 2025, il officialise son entrée dans la course. Un candidat que personne n’attendait Ce candidat que personne n'attendait a donc réussi à emporter 31 % des voix au 1ᵉʳ tour le 18 janvier dernier, grâce à une campagne modérée. « Je vais reprendre un slogan de campagne d'un homme politique français dans les années 80 : "La France tranquille", en l'occurrence le Portugal tranquille… il a joué sur une certaine tranquillité », décrypte Victor Pereira, historien et chercheur à l'Institut d'histoire contemporaine de l'université de Lisbonne. Face à André Ventura de Chega et ses sorties tonitruantes, Antonio José Seguro a joué la carte de la mesure. « Ce qui est intéressant, c'est que Seguro a toujours eu ce positionnement de modéré au sein du Parti socialiste, un Parti socialiste qui est lui-même modéré à l'échelle européenne. C'est pas un profil de révolutionnaire, de gauchiste, et de ce point de vue-là, il ne fait pas peur à un électorat de centre, de centre droit, voire de droite », analyse Victor Pereira. Et c'est cette posture qui fait de lui le favori pour le second tour, le 8 février prochain. L’enjeu de la poussée de l’extrême droite Antonio José Seguro l'a déclaré à plusieurs reprises, s'il est élu, il sera le président de tous les Portugais. Il se veut au-dessus de la politique partisane malgré son étiquette socialiste. Mais le grand enjeu après ces élections est ailleurs. « Il aura à composer et à essayer, dans la mesure du possible, de contenir l'ascension jusqu'ici assez fulgurante du parti Chega », anticipe le spécialiste du Portugal Yves Léonard. Cette campagne pour la présidence a surtout servi de rampe de lancement au parti d'André Ventura, dont l'objectif principal était avant tout d'accéder au second tour et d'unir la droite derrière lui, avant de prochaines échéances électorales. À lire aussiPrésidentielle au Portugal: vers un second tour entre les candidats socialiste et d'extrême droite
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  • Nikos Christodoulides, un président chypriote dans la tourmente
    Jan 16 2026
    La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, était à Chypre ce jeudi 15 janvier, pays qui assure depuis le 1er janvier la présidence tournante de l’UE pour six mois. Elle a été accueillie par le président Nikos Christodoulides, qui a fait du soutien de l’Ukraine l'une de ses priorités. Mais il est aussi au centre d’un scandale depuis plusieurs jours, soupçonné de corruption. Une vidéo choc, dont l’origine est indéterminée et pour le moins suspecte, a été publiée sur les réseaux sociaux la semaine dernière. Le président chypriote y est accusé de corruption, pour le financement de sa campagne électorale qui l’a amené au pouvoir en 2023. L’intéressé a réagi en disant qu’il n’avait « rien à craindre ». Mais deux membres de son entourage proche ont démissionné : son épouse Philippa Karsera et son directeur de cabinet Charalambos Charalambous, qui est aussi son beau-frère. « Ils n’ont pas nié les propos tenus dans cette vidéo, juste dit qu’ils étaient sortis de leur contexte », s’étonne Hubert Faustmann, professeur de sciences politiques à l’université de Nicosie et directeur du bureau chypriote de la Fondation Friedrich-Ebert-Stiftung. C’est un désastre pour la réputation de Nikos Christodoulides, surtout que, durant sa campagne, il s’était engagé à mettre fin à la corruption généralisée qui avait terni la présidence précédente. » Un bon communicant L’épouse du président chypriote, Philippa Karsera, a quitté ses fonctions de directrice d'une association soutenue par l'État, invoquant des attaques sur les réseaux sociaux contre sa famille. Jugée très influente, elle forme avec Nikos Christopoulides un couple uni – ils ont quatre filles – et considéré comme puissant politiquement. Nikos Christodoulides reste en tous cas droit dans ses bottes. À 45 ans, ce diplômé de sciences politiques, qui a commencé sa carrière au sein du Parti démocrate, conservateur, a été notamment porte-parole du gouvernement puis ministre des Affaires étrangères, avant de démissionner pour se présenter en candidat indépendant à l’élection présidentielle de 2023, qu’il a remportée. Et pour Rally Papageorgiou, journaliste à l’agence de presse chypriote CNA, Nikos Christodoulides est un homme politique assez habile : « Il est très bon en communication, il est proche des gens, parle à tout le monde et leur répond ce qu’ils veulent entendre. Il va dire "oui" aux chefs d’entreprises, "oui" aux employés. Mais en termes de décisions, il ne va pas prendre de responsabilité, si ça lui coûte trop ». Soutien à l’Ukraine, éloignement de Moscou Pour la présidence chypriote de l’UE, Nikos Christodoulides a fait du soutien à l’Ukraine l'une de ses priorités, confirmant le tournant qu’a pris Nicosie en s’éloignant de Moscou. Le président chypriote « a poursuivi l'orientation pro-occidentale de la politique étrangère de son prédécesseur, Anastasiades, explique Hubert Faustman, et je pense qu'il a mené une politique étrangère assez habile dans le contexte de la guerre de Gaza, des développements régionaux, et de la guerre ukrainienne, où, contrairement à sa réputation vis-à-vis de la Russie et à son image plutôt pro-russe, il est en réalité resté fidèle à l'Occident ». Dans ce contexte, la sortie de la vidéo interroge. Certains y voient l’empreinte de la Russie. Et les autorités du pays enquêtent pour déterminer si elle résulte d'une « activité hybride » dirigée contre le pays. La question chypriote en suspens Nikos Christodoulides est aussi attendu sur la question chypriote. L’île est divisée en deux depuis 1983, seule la partie sud fait partie de l’UE. Le Nord est occupé par les Turcs. Le président chypriote a dit qu’il souhaitait reprendre les discussions sur la réunification, arrêtées en 2017 à Crans-Montana en Suisse, à la faveur aussi de l’arrivée d’un dirigeant nord-chypriote, plus ouvert au dialogue. Mais la position de Christodoulides n’est pas forcément aussi claire. « Les Chypriotes turcs lui reprochent par exemple d’avoir été à Crans-Montana à l’époque et d’avoir aidé l’ancien président Anastasiades à quitter la table des négociations, avant un accord, explique Rally Papageorgiou. « Donc, il y a des doutes aujourd’hui sur sa sincérité, s’il veut vraiment reprendre les discussions ». Il faut dire que Nikos Christodoulides doit gouverner avec une coalition de partis et certains ont des positions dures concernant le règlement de la question chypriote. Pour l’instant, il devrait se concentrer sur la présidence chypriote de l’UE et tenter d’en tirer le meilleur parti afin de remonter dans les sondages, assez bas ces derniers mois, s’il veut notamment se représenter à la prochaine élection présidentielle qui aura lieu en 2028. À lire aussiPrésidence tournante ...
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  • La Canadienne Chrystia Freeland, nouvelle conseillère économique de Zelensky
    Jan 9 2026
    Chrystia Freeland, députée canadienne et représentante spéciale du Premier ministre pour la reconstruction de l’Ukraine, va rejoindre Kiev pour devenir conseillère économique de Volodymyr Zelenski. Un rôle taillé sur mesure pour cette ancienne ministre des Finances, ardente défenseure de l’Ukraine. « L’Ukraine est au cœur du combat mondial pour la démocratie et je suis heureuse de pouvoir y contribuer bénévolement », écrivait cette semaine Chrystia Freeland, sur X, après avoir accepté le poste de conseillère économique auprès du président Zelensky. À 57 ans, elle quitte une longue carrière politique au Canada pour se consacrer pleinement à l’Ukraine, pays d’origine de sa mère et avec lequel elle entretient des liens forts. « Ses grands-parents maternels sont venus au Canada après la Seconde Guerre mondiale et se sont installés dans l’Alberta. Elle a grandi dans une communauté où on a toujours cru que l’Ukraine deviendrait indépendante un jour », raconte la journaliste canadienne Catherine Tsalikis, autrice d’un livre qui lui est consacré *. « Étudiante, Chrystia est allée à Kiev, où elle a intégré des programmes qui militaient pour l’indépendance. C’était une cause qui lui tenait à cœur. » Journaliste originaire d’Ukraine, elle défend ardemment ce pays C’est finalement comme journaliste que Chrystia Freeland couvre l’indépendance de l’Ukraine en 1991. Car avant d’embrasser la carrière politique, cette diplômée de Harvard et Oxford, parlant 5 langues dont l’Ukrainien, est correspondante à Kiev du Washington Post, du Financial Times et de The Economist. Puis elle enchaine les postes dans plusieurs pays et les responsabilités dans les médias. « Mais elle a toujours gardé des liens avec l’Ukraine, assure Catherine Tsalikis, et lorsque Vladimir Poutine envahit l’Ukraine en 2022, elle est aux avant-postes de la réponse canadienne », soutenant inlassablement « son pays de cœur ». Chrystia Freeland occupe à l'époque le double poste de vice-Première ministre et de ministre des Finances du gouvernement libéral de Justin Trudeau. Entrée en politique en 2013 comme députée à Toronto, Catherine Freeland gravit les échelons de la politique canadienne et enchaine les portefeuilles ministériels : commerce international, affaires étrangères. En 2019, elle est nommée vice-Première ministre et en 2020 ministre des Finances, devenant la première femme du Canada à occuper ce poste. « Elle a marqué l’histoire en brisant un plafond de verre », commente Jean-Noël Bellavance, chef du bureau d’Ottawa au journal La Presse. Une ascension politique fulgurante et une démission fracassante Mais l’ascension de Catherine Freeland que certains voyaient déjà comme future Première ministre du Canada, est stoppée nette le 16 décembre 2024. Quelques heures avant de prononcer un discours sur le budget, elle apprend que Justin Trudeau, dont elle est proche, veut la remplacer à son poste, pour redonner un second souffle à son gouvernement. Catherine Freeland démissionne avec fracas, précipitant la chute quelques semaines plus tard du Premier ministre, déjà très affaibli. Elle tente de briguer la tête du Parti libéral mais échoue derrière Mark Carney, qui deviendra, lui, Premier ministre. Chrystia Freeland fait un bref passage au ministère des Transports puis est nommée représentante spéciale du Canada pour la reconstruction de l’Ukraine. « Elle a été reléguée à un rôle de second violon, donc elle a décidé de faire autre chose », analyse Joël-Denis Bellavance, d’où sa décision de partir travailler auprès de Volodymyr Zelensky, comme conseillère économique. Après un moment de flottement, elle a annoncé qu’elle abandonnait finalement son mandat de député au Canada. Beaucoup avaient dénoncé un conflit d’intérêt. Bourreau de travail et négociatrice coriace « Chrystia est multi-tâches, habituée à cumuler les postes », souligne Catherine Tsalikis. En plus d’être mère de trois enfants. « C’est un bourreau de travail », reconnait Joël-Denis Bellavance, et une « négociatrice coriace », qui a montré à Donald Trump « de quel bois elle se chauffait », lorsqu’elle négociait l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, sous le premier mandat du président américain. Une ténacité qui l’aidera sans doute à affronter son nouveau poste en Ukraine, elle qui est aussi dans le viseur de Moscou, déclarée persona non grata depuis 2014 sur le territoire russe. * Chrystia de Catherine Tsalikis (éditions House of Anansi)
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  • Albin Kurti, nationaliste de gauche et homme fort du Kosovo
    Jan 2 2026
    En remportant les élections législatives organisées dimanche 28 décembre au Kosovo, Albin Kurti a réussi son pari : le Premier ministre sortant a rassemblé près de 50% des suffrages sur son nom. Un score en forme de succès personnel pour l’homme fort du pays. Ce n’était pas gagné d’avance. Personne n’avait imaginé une si large victoire. Le Kosovo et ses 1,6 million d’habitants sortent de neuf longs mois de blocage politique. Le parti Vetevendosje (Autodétermination, en français), au pouvoir depuis 2021, était arrivé en tête des élections législatives de février dernier, mais sans majorité absolue. Aucun accord n’avait été trouvé avec les autres partis. Cette fois, Albin Kurti est assuré de former le prochain gouvernement. « Nous devrons rapidement constituer un Parlement issu de la 10ᵉ législature puis former sans délai un nouveau gouvernement. Nous n'avons pas de temps à perdre et devons avancer ensemble au plus vite », a-t-il promis après sa victoire. À lire aussiKosovo: le parti du Premier ministre sortant Albin Kurti en tête des législatives anticipées Filon populiste Sa victoire, Albin Kurti la doit à la faiblesse des oppositions, au vote déterminant de la diaspora et à sa campagne populiste. « C'est quelqu'un de très habile, on le présente souvent comme un intellectuel, un idéologue, explique Florent Marciacq, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri). Aujourd'hui, c'est quelqu'un qui a réussi à mobiliser sur une fibre assez populiste, il faut le dire aussi, mais dans un paysage qui est très divisé et donc qui réussit réellement à capter un petit peu les électorats. » Albin Kurti a joué à fond la personnalisation de sa campagne. Il a aussi promis de verser 100 euros aux retraités et à chaque famille avec des enfants en bas âge d’ici la fin de l’année pour lutter contre la hausse des prix. Ancien révolutionnaire, de gauche et nationaliste Albin Kurti a toujours été engagé à gauche et a milité dès ses années étudiantes. En 1997, le voilà à la pointe de l’occupation de l’université de Pristina contre le gouvernement de Slobodan Milošević. Il est arrêté et emprisonné deux ans plus tard. Dès sa sortie, il se lance en dehors des partis traditionnels. Son crédo : la lutte anticorruption et l’autodétermination du Kosovo, deux thèmes porteurs dans la jeunesse du pays. Âgé de 50 ans, marié à une chercheuse norvégienne, père d’une fille, il reste très discret sur sa vie privée et sobre aussi dans son style vestimentaire avec un éternel costume sans cravate. L'enjeu de la communauté serbe Pour sa réélection, il a évité les sujets qui fâchent. En février dernier, il promettait de gouverner le Kosovo « d'un bout à l'autre », même dans les territoires en majorité peuplés de Serbes. Mais cette fois, il a surtout parlé d'économie. La cohabitation avec la communauté serbe sera l’un des principaux défis de son second mandat, prévient le chercheur Florent Marciacq : « Albin Kurti espère avoir une reconnaissance du Kosovo qui lui a été promise par les accords d'Ohrid soutenus par les États-Unis il y a quelques années. La condition pour cela est la mise en œuvre de cette association des municipalités serbes. Maintenant que le Kosovo a effectivement les mains libres pour agir, la question est : "Quelle sera la position de l'Union européenne et des États-Unis pour faire pression sur la Serbie pour qu’elle-même mette en œuvre et respecte les engagements de reconnaissance à terme du Kosovo ?" ». Scruté par les États-Unis et les Européens Autonomiste, il l’est aussi envers les grandes puissances. Ses relations sont glaciales avec Donald Trump car Albin Kurti s’est dit prêt à accueillir des migrants expulsés des États-Unis. Le climat s’est en revanche réchauffé avec l’Union européenne qui a levé une partie de ses sanctions contre le pays. Mais ses prochaines actions en direction de la minorité serbe seront scrutées de près par ses alliés. À lire aussiLe Kosovo, terre d’accueil pour les expulsés des États-Unis
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