Couverture de Esprit de famille

Esprit de famille

Esprit de famille

De : RFI
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Que transmet-on à ses enfants lorsque l’on est contraint de quitter sa maison, sa terre, sa langue ? Entre récits et non-dits, effacement ou préservation de la culture d’origine... quels choix façonnent l’héritage familial ? Dans la collection documentaire Esprit de famille, Yasmine Chouaki explore les transmissions intergénérationnelles au cœur des familles touchées par l’exil. À travers des dialogues intimes, elle met en lumière ces « petites histoires » profondément liées à la grande Histoire : décolonisation, dictatures, guerres, génocides... Découvrez comment ces événements marquent les mémoires et influencent les identités. Un rendez-vous poignant et riche pour comprendre les enjeux des migrations et la transmission culturelle.

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  • Entre la France et l’Algérie, une fille enquête sur le silence de son père
    May 12 2026

    Dorothée-Myriam Kellou interroge son père Malek sur la guerre d’Algérie, la mémoire kabyle, les silences familiaux, l’exil et la langue. Un épisode sur ce qui n’a pas été transmis par les mots, mais qui continue de traverser les générations.

    Ce qui commence comme une discussion de famille se transforme rapidement en une enquête archéologique sur les zones d'ombre de la colonisation et les silences qui fragmentent l'identité. Malek Kellou, cinéaste kabyle, et sa fille Dorothée-Myriam abordent les non-dits de leurs histoires.

    La Statue de Bronze et la Grenade : deux portes d'entrée vers l'Algérie

    Malek se remémore un matin de neige à Nancy où il voit apparaître la statue en bronze du Sergent Blandan (mort en 1842 lors de la conquête). Pour lui, cette statue est le rappel brutal d'une Algérie violente, et bien qu’il se questionne, on ne lui répond pas.

    « Moi j'ai posé la question à ma mère. Elle m'a donné une orange et m'a dit : Mange ton orange et tais-toi. » — Malek.

    Pour Dorothée-Myriam, née en France, l'Algérie n'était pas une statue, mais un fruit. Son père ne lui racontait pas la guerre, il lui apportait une grenade en disant : "C'est le fruit de mon pays." Ce silence paternel l'a poussé à entamer une quête pour comprendre son identité.

    Pour revenir sur leur histoire commune, ils discutent du documentaire de Dorothée-Myriam Kellou : À Mansourah, tu nous as séparés. À Mansourah, en Petite Kabylie, l'armée française avait déplacé des populations civiles pour les couper du FLN, entourant les villages de barbelés électrifiés.

    La transmission par le silence et l’émotion

    Dorothée-Myriam Kellou raconte comment elle a absorbé l'émotion de son père devant des photos d'actualité (comme celles de Gaza ou des républicains espagnols). C'est cette sensibilité héritée qui l'a menée à documenter l'occupation en Palestine, y retrouvant un écho de l'histoire algérienne.

    « L'Histoire, c'est la passion des fils et des filles qui voudraient comprendre les pères et les mères » — Dorothée-Myriam Kellou (citant Pasolini).

    Dans leurs fouilles d’archives, ils s’arrêtent sur une photo de mariage de Malek avec Catherine, la mère française de Dorothée-Myriam Kellou. Un mariage "anti-conformiste", perçu par le maire de l'époque comme une tentative de réconcilier les deux rives.

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    1 h et 37 min
  • Ken Bugul et Modou Ndiaye: «On ne peut pas avoir d’histoire sans village»
    May 5 2026

    Ken Bugul retrouve son petit-fils Modou N'diaye pour une conversation sur le Sénégal, le village, le féminisme, la langue, l’héritage des femmes et la fabrication de soi. Un échange libre et profond entre deux générations traversées par plusieurs mondes.

    Garder la tradition dans un monde moderne : c’est tout l’enjeu de cet épisode d'Esprit de famille. Après 14 ans de séparation, Ken Bugul, romancière, se confie avec Modou N'diaye, son petit-fils de 24 ans.

    La transmission : du conte ancestral à l’écran géant

    Le dialogue explore la difficulté de transmettre des valeurs dans un monde qui change d’échelle. Ken Bugul confie son dilemme : comment parler à un petit-fils “occidentalisé”, qui pose des questions sur le Musée du Louvre depuis un salon feutré à Dakar ?

    « Une personne âgée ne parle pas ainsi directement à son petit-fils. Il fallait passer par des contes. Je te parlais de ma vie en utilisant des méthodes pour que ça te soit accessible, parce que tu étais petit » — Ken Bugul.

    Chercher son identité

    Modou se définit comme un “sénégambien” et un citoyen du monde, tout en avouant chercher encore ses repères. Ken Bugul, elle, le ramène à la terre. Pour elle, on ne peut avoir d’histoire sans village. Elle raconte avec une honnêteté brutale son propre choc identitaire à Bruxelles.

    « Parce qu’il y avait tellement de blancs qui passaient derrière moi que, tout d’un coup, je me suis trouvée petite, noire, là, au milieu de tous ces blancs. Et je me suis touchée la peau. J’ai dit : “Waouh ! Qui suis-je ?” » — Ken Bugul.

    L’épisode rend hommage à la lignée des femmes de la famille. Modou se revendique féministe, car il a été élevé par trois femmes : sa mère, sa grand-mère et son arrière-grand-mère. Ken Bugul révèle alors l’origine de cette force : ses ancêtres du Waalo qui, à la fin du XIXe siècle, ont quitté leur région à cheval, seules et divorcées, pour parcourir des centaines de kilomètres et s’installer comme travailleuses indépendantes à Kaolack. Elles ont refusé le remariage pour préserver leur liberté et ont investi chaque centime dans l’éducation de leurs enfants.

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    48 min
  • Leur Sardaigne, leurs souvenirs, ce qu’ils veulent encore transmettre
    Apr 28 2026

    En Sardaigne, Jeanne et Marie retrouvent leurs grands-parents autour des photos, de la guerre, de l’exil en Suisse, de la langue italienne et des traditions sardes. Un épisode sur ce qui reste vivant quand les générations, les pays et les mémoires se croisent.

    Tout commence à Tuili, un petit village sarde situé à 60 kilomètres de Cagliari. Mario, surnommé "Nono", grandit dans une époque où l’artisanat structure la vie locale et où le troc est monnaie courante. Son père échange des chaussures contre des agneaux, du fromage ou encore des sacs de blé.

    Gabriella, elle, se souvient de son enfance à Cagliari, une ville marquée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

    Des racines sardes à une histoire d’amour plus forte que l’exil

    Leurs chemins se croisent dans un salon de coiffure : un regard, puis une évidence.

    « Moi, ce sont les yeux de Nono qui m'ont touchée. Je regarde beaucoup les yeux des gens et c'est là que je lis, encore aujourd'hui, si quelqu'un est méchant ou pas dans le cœur. » - Gabriella

    Gabriella, déterminée, choisit de suivre Mario malgré l’opposition de ses parents. Ensemble, ils prennent la route de l’exil vers la Suisse. En 1962, le couple s’installe à Genève.

    Exil, intégration et réussite : de la Sardaigne à Genève

    Les débuts sont difficiles, notamment pour Mario, confronté à la barrière de la langue. Doté d'un talent indéniable pour la coiffure, c’est ciseaux en main qu’il finit par s’imposer : son salon au Grand-Lancy devient rapidement une adresse reconnue. Gabriella, de son côté, apprend le français au quotidien, notamment au marché, en mêlant gestes et débrouillardise.

    « Toutes les nuits, j'allumais la radio [en français] pour me faire l'oreille… Au bout de trois mois, j'arrivais déjà à m'expliquer un peu. » - Mario

    Malgré leur réussite, Mario et Gabriella restent profondément attachés à leurs racines italiennes. Par fidélité, ils refusent la naturalisation suisse et transmettent cet héritage culturel à leurs petites-filles.

    Nées à Genève mais ayant grandi en Afrique, Marie et Jeanne retrouvent dans cette histoire familiale une source d’inspiration. Gabriella reconnaît d’ailleurs en l’une d’elles, engagée dans les manifestations Black Lives Matter, une détermination qui lui est familière.

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    48 min
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