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Aldor (le podcast)

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De : Aldor
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    Épisodes
    • Album de famille : le musée Albert Kahn
      Dec 27 2025
      Fernand Cuville, Jeune italienne, Vicence, 1918 (c) Archives de la planète Vus de Sirius, les êtres humains sont certainement analogues les uns aux autres. Mais pour nous qui en sommes, pour qui l’unité fondamentale est tellement évidente qu’on n’y prête plus attention et qui avons, de plus, appris à décrypter, avec une extraordinaire acuité, le moindre détail des traits permettant de distinguer un être humain d’un autre, c’est la diversité, la magnifique diversité qui l’emporte. Et pourtant, comment ne pas voir, derrière la variété des photographies et films des Archives de la planète, rassemblés entre 1908 et 1931 sous la direction d’Albert Kahn ; comment ne pas voir un grand album de famille reproduisant les mille facettes de notre humanité commune, un grand album où se dissout la distinction traditionnelle entre anthropologie et ethnologie ? Dans le rassemblement, la conjonction, la juxtaposition de ces dizaines de milliers d’images fixes et animées captées un peu partout dans le monde, on perçoit qu’il n’y a pas, d’un côté, l’unité de l’espèce, et, de l’autre, sa diversité. Le trait fondamental d’homo sapiens, de cet homo parmi les autres ayant progressivement pris la place des autres homo, c’est son incroyable plasticité, sa capacité à se modeler, à adopter des rites, des coutumes, des croyances, des vêtements, des façons indéfiniment différentes d’être au monde pour s’adapter à la diversité des lieux, des climats, des écosystèmes où il a choisi de s’établir, de s’enraciner puis de se perpétuer avant de partir, éventuellement, ailleurs puis ailleurs encore. Son unité, son identité la plus profonde, c’est justement sa faculté d’adaptation et la diversité par laquelle elle se traduit. Et pourtant, quand on regarde les visages, les visages souvent magnifiques de ces femmes et de ces hommes depuis longtemps rendus à la poussière, ces visages qui à la demande du photographe regardaient l’objectif et nous regardent donc, leurs yeux plongés au plus profond des nôtres, quelle proximité et quelle émotion ! De quelque pays qu’ils soient, quel que soit l’âge, le costume et la majesté, c’est toujours un frère ou une soeur, un proche qui nous tend son regard comme un miroir, et de ses yeux nous interroge. Ils sont si différents et cependant si identiques avec leur sourire, leur gêne, leur fierté, leur lassitude, leur joie ou leur indifférence. Quels que soient leurs atours, leurs décorations, leurs bijoux, le panache de leur pose ou de leurs habits, ils sont finalement si transparents, si nus, si faibles, si peu de chose, si déjà disparus. Et si touchants, cependant, d’être là et de se prêter, de se donner en spectacle. Je ne reviens pas, je ne reviens jamais de l’émotion qui me transporte à la vue de mes semblables, de ces êtres qui se savent si petits et si fragiles et qui pourtant, au même moment, se tiennent dignes, radieux et pleins d’espoir face à la vie. Je me demande s’il n’y a pas, là aussi, une définition de l’humanité. Le musée départemental Albert Kahn, récemment refait, est à Boulogne-Billancourt, près d’une boucle de la Seine, sur le site de la propriété d’Albert Kahn. Outre les collections de photographies et de films, on y trouve un jardin, d’une exceptionnelle beauté. L‘image d’illustration a été prise par Fernand Cuville en 1918. On y voit une jeune fille photographiée à Vicence, en Italie. Pas d’autre détail. L’original est un autochrome sur plaque de verre. Elle porte le numéro d’inventaire A 19 398. En illustration musicale, Bayaty, de George Gurdjieff, dans la très jolie version d’Anja Lechner et Vassilis Tsabropoulos, parce que Gurdjieff sut si bien, lui aussi, illustrer, au moins dans son œuvre musicale, l’unité dans la diversité. Cet article Album de famille : le musée Albert Kahn est apparu en premier sur Aldor (le blog).
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      5 min
    • Horizons perdus (de James Hilton)
      Oct 29 2025
      Shangri-La (création hybride) La Cerdagne, cette haute vallée plongée dans l’éclat du soleil et dominée par la pyramide du Carlit ; la Cerdagne ressemble à Shangri-La, cette vallée bleue tibétaine massée au pied du Karakal, suspendue dans le temps et l’espace, décrite par James Hilton dans Horizons perdus. Je connaissais le film mystico-romantique qu’en a tiré Franck Capra ; je viens de lire le livre. Il raconte l’histoire de Robert Conway, consul de Grande-Bretagne en Afghanistan, qui, fuyant ce pays secoué par une révolution, se retrouve au Tibet, dans une sorte de principauté isolée et bienveillamment guidée, depuis des lustres, par un personnage énigmatique, le Grand lama. Dans cette vallée perchée, qui a établi peu de liens avec l’extérieur, une société originale s’est construite en quelques siècles, dans une semi-solitude, société calme et sage, tranquille, paisible, mais qui pratique ces vertus, comme toutes les autres, avec modération et tempérance. Comme la Castalie du Jeu des perles de verre, la Fondation de Fondation et les monastères du Moyen-Âge, Shangri-La a été conçu par ses initiateurs comme un havre, une arche, une retraite permettant à celles et ceux (surtout ceux, de fait) qui y séjournent, de vivre et travailler à l’abri des fracas du monde mais aussi de préserver des fureurs, ravages et destructions que la folie des hommes pourrait engendrer celles de leurs créations les plus remarquables. Il y a, dans cette sorte d’île perdue dans un océan de montagnes, dans cette terra incognita vierge encore des salissures de l’histoire, un souvenir de l’Eden, d’un monde encore heureux et plein de n’avoir pas chuté. Mais étrangement, dans le Shangri-La de James Hilton comme dans la Castalie de Hermann Hesse (et les monastères des moines copistes), cette perfection (prétendue perfection, finalement, donc) est fondée sur l’exclusion, a minima l’absence des femmes, créatures quelque peu dangereuses dont la présence, même discrète, suffit à tourmenter le coeur des hommes, à tournebouler leurs pauvres sens et à semer le doute dans leurs intentions (qui, si elles sont nobles, sont sans doute aussi un peu fragiles). Notre Robert Conway serait donc prêt à faire une croix sur une vie mondaine qu’il n’a d’ailleurs jamais vraiment appréciée si son esprit n’était troublé par les beaux yeux de Lo-Tsen, une jeune princesse mandchoue elle aussi échouée à Shangri-La (et dont il se rendra compte un peu plus tard, dépité, que ce n’est pas pour lui qu’elle en pince). Mais est-ce vraiment un mal ? J’ai l’impression que, dans l’esprit de James Hilton comme dans celui de Franck Capra (qui divise et redistribue le personnage de Lo-Tsen), ce détournement des volontés masculines par le charme féminin n’est pas une perte de temps ou une impasse regrettable mais un moment nécessaire dans le cheminement, dans la quête, celui qui permet à l’esprit de dépasser l’adoration des oeuvres de l’esprit, l’idolâtrie de l’intellect, pour embrasser, avec la chair et la vie, l’amour vrai et le spirituel. Sans ce détour là, qui manque au Grand lama, tout resterait un peu vain, vicié, peut-être impur. Derrière ma lecture, en accompagnement musical, Lost Horizon, titre éponyme de la musique composée en 1973 par le talentueux Burt Bacharach pour le remake, par Charles Jarrott du film de 1937. C’est une œuvre un peu baroque (une comédie musicale) mais probablement sous-estimée, et qui bénéficie de Liv Ullmann et de la superbe musique de Burt Bacharach. Horizons perdus, traduit de l’anglais par Hélène Godart, est publié aux éditions Les Belles Lettres. Cet article Horizons perdus (de James Hilton) est apparu en premier sur Aldor (le blog).
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      5 min
    • Hécube, pas Hécube (de Tiago Rodrigues)
      Jun 4 2025
      Séphora Pondi et Elsa Lepoivre
      (c) Christophe Raynaud de Lage,
      Comédie française

      Il y a Nadia, qui demande justice ; et Hécube, qui se venge.

      Il y a une reine déchue, ayant tout perdu et devenue esclave ; et une comédienne qui trouve à la fois la force de défendre son fils dans l’énergie de l’héroïne qu’elle incarne, et la justesse du jeu de son personnage dans le combat personnel qu’elle mène.

      Il y a la scène, qui est à la fois le bureau d’un procureur menant enquête et les rivages de la Mer Egée, en Chersonèse de Thrace.

      Il y a la scène, qui est le miroir à la fois parfait et imparfait que se tendent ces deux mondes, le miroir où ces deux mondes se réfléchissent, se jouent, prennent chair ou sens, se confondent, s’entremêlent ou se séparent.

      Il y a la scène, qui n’est pas simplement le miroir mais le lieu de la répétition, le lieu singulier de la répétition, d’une répétition qui jamais ne se répète : simul et singulis. La scène est le lieu passeur de mondes, sorte d’Aleph où se crée, se façonne, évolue, sous la parole sage et prophétique du choeur, ce qui n’est pas encore figé, où se crée ce qui sera plus tard avant que le plus tard, que le trop tard n’advienne.

      La scène, qui est le lieu de la répétition, est celui de l’échange, cet échange grâce auquel on a une chance d’échapper à l’autisme dont souffre le fils de Nadia mais peut-être plus encore Hécube, cette Hécube que la douleur a rendue folle au point non pas seulement de crever les yeux de Polymnestor, l’assassin de son fils, mais de la pousser à assassiner ses deux enfants.

      Il y a cette demande faite à Nadia de se justifier, comme on le demande toujours aux femmes, de se justifier des violences qui ont été commises contre elle ou contre son fils, comme si c’était d’elles, les femmes, que relevait forcément la responsabilité de tout mal.

      Il y a cette demande faite à Agamemnon d’absoudre, au nom de la justice, l’acte de vengeance d’Hécube ; et l’acceptation, probablement intéressée, de l’amant de Cassandre.

      Il y a le mensonge, l’hypocrisie, l’aveuglement de ces hommes de pouvoir qui, avant même qu’on ne leur crève les yeux, ne voient rien, ne veulent rien voir, et qui ne deviennent voyants qu’après avoir perdu la vue.

      Il y a la musique, d’Otis Redding, dont la voix chaude berce et enveloppe.

      Et puis il y a le théâtre, ce lieu sombre où tout se joue et se rejoue mais sans que rien ne soit jamais pareil, ce lieu plus vrai que le vrai.

      Hécube, pas Hécube, de Tiago Rodrigues, à la Comédie française

      En illustration sonore, Sittin’ on the dock of the bay, d’Otis Redding

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