Couverture de Interpol détourné par les pays les plus répressifs ?

Interpol détourné par les pays les plus répressifs ?

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Interpol. Un nom qui évoque les grandes traques internationales, les criminels arrêtés à l’autre bout du monde, les réseaux démantelés grâce à une coopération policière sans frontières. Créée il y a plus d’un siècle, l’organisation regroupe aujourd’hui 196 pays et joue un rôle clé dans la lutte contre le terrorisme, le narcotrafic, la traite d’êtres humains ou la cybercriminalité. C’est notamment grâce à cette coopération que des figures comme Radovan Karadzic et Ratko Mladic, responsables du génocide de Srebrenica. Mais derrière cette image d’élite mondiale de la police, une enquête fondée sur une fuite massive de documents internes, révélée par Disclose et la BBC, décrit une réalité beaucoup plus troublante. Selon cette enquête, les outils d’Interpol sont régulièrement détournés pour poursuivre non pas des criminels, mais des opposants politiques, des journalistes, ou des militants.


Au cœur du problème : les fameuses « notices rouges ». Ces fiches permettent à un État membre de demander l’arrestation d’une personne dans n’importe quel pays participant au réseau, en vue d’une extradition. Officiellement, ces demandes sont strictement encadrées. Les statuts d’Interpol interdisent explicitement toute intervention dans des affaires politiques, militaires, religieuses ou raciales. En pratique, pourtant, les abus sont nombreux.


Aujourd’hui, 86 000 notices rouges sont actives, mais moins de 10 % sont publiques. Cela signifie que la grande majorité des personnes visées ignorent qu’elles font l’objet d’un avis de recherche international. Beaucoup ne le découvrent qu’au moment le plus brutal : lors d’un contrôle de police ou à un passage de frontière, parfois dans des pays démocratiques. Selon les documents révélés par l’enquête, la Russie arrive en tête des pays ayant le plus de notices rouges en circulation, suivie par de nombreux États autoritaires. Sur les trente pays les plus actifs, vingt sont considérés comme non démocratiques.


La Russie illustre l’ampleur des dérives. Sur 194 dossiers liés à Moscou examinés en 2024, près de la moitié ne respectaient pas les règles d’Interpol. Face à ces abus, la Russie avait été placée sous surveillance renforcée en 2022. Mais selon les informations révélées par l’enquête, ces mesures ont récemment été assouplies, sans explication publique. D’autres pays sont également pointés du doigt. La Chine est accusée d’utiliser le système pour traquer des dissidents politiques ou des membres de la minorité ouïghoure. Le Tadjikistan aurait ciblé des opposants en exil sous couvert de lutte antiterroriste. Et la Turquie, selon une note interne datée de 2025, continue de poser des « défis » importants à l’organisation. Les dérives ne se limitent pas aux notices rouges. Certains États exploitent aussi d’autres outils d’Interpol. Par exemple, la Russie aurait utilisé le système de messagerie interne pour localiser des opposants à l’étranger. La Biélorussie, elle, aurait détourné la base de données des véhicules volés. En 2024, l’opposante Veronika Tsepkalo a été arrêtée à une frontière européenne parce que sa voiture figurait dans ce fichier. Deux mois plus tard, Interpol a retiré 83 véhicules liés à la Biélorussie, reconnaissant implicitement des anomalies.

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