La folie des prix littéraires !

Prix Littéraires France
12.03.20

Prix Goncourt, prix Renaudot, prix de Flore, prix Wepler, autant de récompenses littéraires qui mettent la littérature en avant. Mais tout ceci est un processus bien huilé, qui se prépare plusieurs mois en amont, et qui a des conséquences parfois très importantes pour une maison d’édition ou un auteur. Car lorsqu’on attribue un prix à un ouvrage, c’est un gain de ventes assuré, accompagné d’une reconnaissance plus ou moins établie dans le milieu. Mais tout ceci est-il vérifié ? Recevoir un prix est-il toujours gage de qualité ? Petit tour d’horizon d’une tradition française mondialement connue !

Un puissant symbole littéraire

Rares sont les Français.e.s à ne jamais avoir entendu parler du prix Goncourt. Créé par le testament d'Edmond de Goncourt en 1892, le premier Prix de l’Académie est décerné en 1903 à John-Antoine Nau pour « Force ennemie ». Depuis, les prix littéraires ont fleuri, du prix Décembre au prix Femina, en passant par le prix de l’Académie Française. Au total, chaque année, plus de 2000 prix sont décernés, ce qui nous laisse penser la force de ce type de récompense !

La force, mais aussi le symbole. Car, à l’instar du cinéma, recevoir un prix littéraire, c’est être reconnu par une partie du « métier ». C’est devenir un acteur apparemment légitime de ce grand domaine qu’est la littérature, par sa plume, mais aussi par sa pensée. Ainsi, lorsque André Gide reçu le non moins prestigieux Prix Nobel de littérature, il dit :

«J'accepte le prix Nobel avec émotion, à la manière dont un enfant reçoit une récompense ; son contentement ne serait pas si grand s'il ne pensait pas avoir mérité celle-ci. Est-ce marquer beaucoup d'orgueil ? Je le pense tout simplement. Et que le jury qui me l'accorde, tout comme celui qui naguère me nommait docteur à Oxford, tient compte non seulement et non tant de mon œuvre littéraire que de l'esprit qui l'amine.»

Un.e écrivain.e primé.e est donc d’abord un être qui pense, qui sait raconter une histoire, inventer des personnages et résoudre ses propres énigmes. Et cela nous ramène tout simplement à l’acte final, qui touche directement le public : la lecture. Un prix littéraire serait donc un bon moment de lecture assuré ?

L’influence des prix littéraires

Il va sans dire qu’au-delà de la confiance que l’on peut - ou non - accorder à un prix littéraire, ces derniers représentent un véritable pass pour le succès de librairie. À la seule évocation du nom du Prix Goncourt de l’année, les ventes dans les mois à venir sont vouées à augmenter de façon significative, parfois même très significative. C’est bien là la preuve qu’aujourd’hui encore, un prix est, de fait, prescripteur, et qu’il constitue le cadeau de Noël parfait lorsqu’on ne sait pas quoi acheter à sa grande tante.

À titre d’exemple, GfK a estimé certains chiffres de ventes pour chaque prix. Le Goncourt promet à son auteur une moyenne de 400 000 exemplaires vendus, le Renaudot, près de 200 000, le prix Médicis 55 000, le prix FNAC 75 000, alors que le Goncourt des Lycéens 132 000.

Il s’agit là d’une sélection parmi les prix les plus importants en France, et tous ne constituent évidemment pas une telle promesse de ventes, mais il s’avère que le prix littéraire est, encore aujourd’hui, l’assurance d’être en bonne position sur les étagères des libraires.

Des prix de plus en plus ciblés

Entre Renaudot, Interallié, Académie Française, les prix ont aussi tendance à être perçus comme trop élitistes, et à ne prendre en compte qu’une certaine partie de la production littéraire française. C’est la raison pour laquelle des prix plus spécifiques ont été créés. Parmi eux, on pourrait citer le prix des étoiles Librinova (pour l’auto-publication), le prix Mallarmé (pour la poésie), le prix Décembre (autoprocalmé “anti-Goncourt"), le Grand Prix de Littérature Policière, le prix de Flore (pour un écrivain.e jugé.e prometteu.se), ou encore le prix du livre audio !

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Durée :
6:40
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Car si les Prix littéraires ont besoin de légitimité pour exister, ils ont également besoin de parler à un public. Or, tout le monde n’aime pas la littérature historique, et bon nombre d’entre nous se tournent davantage vers des romans noirs ou vers de la littérature étrangère. C’est la raison pour laquelle la diversité des prix permet désormais d’installer une plus grande confiance en ces derniers. Un prix spécialisé, et c’est l’assurance d’être bien conseillé.e !

Et loin du carcan trop intellectuel des récompenses, les prix des lycéens font de plus en plus parler d’eux, et pour cause. Décerné par des élèves de lycée, ils dépoussièrent le principe de prix, et symbolisent que la littérature n’est pas destinée aux intellectuels et aux nantis. Est-ce que quelqu’un en doutait encore ici ?

Les prix littéraires, une logique marchande ?

Si certaines récompenses ont dépoussiéré le visage des prix littéraires, il n’en reste pas moins que ces derniers sont souvent sujets aux doutes quant à leur attribution. Ces doutes biaisent parfois la confiance, quitte à se tourner vers des lectures plus accessibles ou plus facilement trouvables. Car oui, ne l’oublions pas, mais un prix littéraire devrait également permettre à une partie de la population de découvrir des écrivain.e.s et des univers.

Toutefois, certains grands prix sont malgré tout accusés de faire du copinage avec des maisons d’éditions, ou encore d’être corrompus par certains auteurs. Car dans le fond, le monde de l’édition est aussi un milieu où les ventes sont primordiales pour subsister et pour fonctionner au mieux. Les maisons doivent alors savoir garder une confiance en leur public en optant pour une sélection intelligente, dont les noms ne soient pas les mêmes chaque année. C’est en apercevant beaucoup de similitudes dans certains prix que d’autres se sont insurgés quant à l’efficacité de la récompense.

Tout ceci ne doit jamais nous faire oublier que, quel que soit le cadre d’attribution, un prix doit avant toute chose être l’occasion de découvrir un auteur, d’être subjugué par un ouvrage, d’être déçu par un autre, de réfléchir sur un thème donné, bref, de lire ! Et finalement, c’est ce qui est le plus important non ?

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