MEMBRE

Jean-Noel et Aline

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Très long, mais foisonnant et jubilatoire !

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5 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 13/01/2021

J’ai lu Les Frères Karamazov de Fédor Dostoïevski il y a bien des années, quand j’étais encore au lycée… Mes souvenirs en étaient un peu confus : deux pavés, quelque chose comme 1 500 pages, une famille compliquée et un parricide, des longues digressions et réflexions philosophiques, religieuses, morales… et, surtout, la magie et l’ambiance particulière de cette belle littérature russe, des personnages exaltés aux noms à rallonge et aux belles sonorités. C’est le dernier roman écrit par l’auteur, d’abord publié en feuilleton puis édité à la fin du XIXème siècle, peu de temps avant sa mort. Redécouvrir ce livre, dans la version audio magistralement lue par Vincent Violette, a été un réel bonheur que j’ai échelonné, avec des pauses, de novembre 2020 aux dix premiers jours de janvier 2021. Une chronique familiale… Un père et ses quatre fils… Fiodor Pavlovitch Karamazov est un tyran domestique et un débauché. Il a eu deux épouses légitimes, épousées plutôt cavalièrement ; de la première qui le méprisait, il a eu Dimitri ; avec la seconde, beaucoup plus effacée, il a eu Ivan et Aliocha. À la mort de leurs mères, les trois garçons ont été élevés par des tiers et surtout par Grigori, le domestique dévoué et fidèle. Le quatrième enfant est le fruit du viol par Karamazov d’une idiote surnommée « la puante », d’où son nom Smerdiakov (le mot russe smerdia a la même connotation que le mot français). Étrangement, c’est ce fils illégitime que le père indigne a choisi de garder auprès de lui, comme valet-cuisinier. Un triangle amoureux… Le père et l’un de ses fils convoitent la jeune Grouchenka, une femme de mauvaise vie… Des questions d’argent et d’héritages… Dans ce livre on parle beaucoup de roubles, de trois milles roubles notamment. Il y a ceux qui ont des roubles et ceux qui n’ont même plus un kopeck… Dimitri s’est aussi vu spoiler de l’héritage de sa mère… Sa fiancée, Katerina, a une dette envers lui. Dans ce livre, on thésaurise, on dilapide, on se prête, on se rend, on promet de payer, on vend, on mendie, on cache, on vole, on perd … de l’argent. Un parricide, annoncé dès le début, lors de la réunion chez le starets… Lequel des fils va tuer le père ? Chacun des quatre en a eu envie, à un moment ou à un autre, consciemment ou non. Pour Dimitri, le père est un rival. Ivan quant à lui, méprise son père et considère l’absence de Dieu comme une invitation à tout se permettre ; son père devient alors l’archétype du bourreau d’enfants. Smerdiakov en déduit que le parricide est permis et va mettre en scène les désirs inconscients de ses demi-frères et d’Ivan en particulier. Aliocha semble innocent au premier abord. Profondément pieux, il ne juge pas son père, préfère se mettre en retrait, se retirer dans un monastère ; fuyant le jouisseur et le débauché, il s’est choisi un père spirituel en la personne du starets Zosime. C’est sans doute sa façon à lui de tuer virtuellement le père… Dostoïevski est un admirable conteur qui joue avec son lectorat. Il nous plonge dans la Russie profonde en nous faisant découvrir plusieurs milieux : bourgeois, fonctionnaires, indigents, religieux, judiciaires, militaires, écoliers… La narration est omnisciente et polyphonique à la fois autour des points de vue et des ressentis des quatre fils, véritables héros types, de l’homme de foi à l’intellectuel matérialiste en passant par l’exaltation impétueuse de l’âme russe, et des personnages secondaires. Le lecteur participe à l’enquête et se fait et se défait un avis dans la quête du coupable tout en croisant un grand nombre de protagonistes, tous plus intéressants les uns que les autres. L’auteur use et abuse des digressions, des histoires enchâssées, perdant parfois ses lecteurs en route, mais jamais ses fils conducteurs. Les personnages masculins autant que féminins sont travaillés, détaillés, ciselés, formidables. Le récit se fait philosophique, didactique, allégorique… Le long poème d’Ivan reste un morceau d’anthologie, les enseignements du starets se veulent profession de foi, la question du bien et du mal est omniprésente… C’est long, mais foisonnant et jubilatoire. Un monument à lire et relire sans précipitation, avec humilité. Il faut savoir s’arrêter, laisser pauser, pour revenir plus tard si besoin mais, surtout, ne pas passer à côté.

Une lecture captivante, marquante et réflexive.

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 10/01/2021

Avec Margaret Atwood, je fais souvent les choses à l’envers… Je découvre d’abord les séries télévisées adaptées de ses livres avant de la lire. C’est dire combien les univers qu’elle nous décrit m’intéressent et m’intriguent car j’ai toujours envie d’aller plus loin et de m’imprégner du texte original. Ce fut le cas pour La Servante écarlate, suivie des Testaments… Captive n’a pas fait exception. J’ai choisi la version audio, lue par Élodie Hubert qui prête admirablement sa voix et ses tonalités à un récit complexe aux différentes focalisations. Ce roman est inspiré d'un sanglant fait divers qui a bouleversé le Canada dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Dans sa postface, l’auteure précise les circonstances exactes, cite ses sources et évoque son important travail de recherches. De multiples épigraphes donne à ce livre un bel ancrage intertextuel. Encore une héroïne féminine, un personnage travaillé et ciselé que nous allons suivre pendant plus de trente ans… Un destin tragique, celui d’une jeune irlandaise, Grace Marks, émigrée au Canada avec un père alcoolique et ses jeunes frères et sœurs, orpheline de mère, placée comme domestique dans diverses maisons, accusée à seize ans de deux meurtres horribles et condamnée à la prison à perpétuité… Un réel dépaysement dans le Canada du XIXème siècle… mais le dépaysement n’est que géographique, tant la condition des femmes nous semble universelle, tant la domesticité féminine est taillable et corvéable, méprisée, ici comme partout ailleurs… Une véritable enquête à posteriori puisque personne n'a jamais pu déterminer avec certitude si Grace était coupable, innocente, manipulée ou folle… Depuis son procès, elle s'est murée dans le silence : amnésie ou dissimulation ? Elle a connu l’asile et maintenant le pénitencier ; comme elle a fini par bien s’y conduire, elle est employée chez le gouverneur. Le docteur Simon Jordan, jeune et prometteur spécialiste de la maladie mentale, veut découvrir la vérité et se servir de ses recherches pour se faire connaître. Il obtient l'autorisation de rencontrer Grace, de la faire longuement parler, à la manière d’une psychothérapie... L’écriture est magistrale, polyphonique… La narration omnisciente est longuement entrecoupée par les récits de Grace, ses souvenirs, ses réflexions, ses cauchemars, ses épisodes hallucinatoires ou encore ses réminiscences d'actes monstrueux… Nous découvrons une jeune femme sensible et émouvante qui parle de son enfance irlandaise, de l'agonie de sa mère sur le bateau qui l’a emmenée au Canada avec sa famille, de ses emplois de domestique, de la mort de sa seule amie... Nous nous attachons peu à peu à elle, à sa personnalité discrète et perspicace. Non seulement, elle nous touche ou nous intrigue mais, bien souvent, ses remarques savoureuses nous font sourire. La longue confession de la jeune femme s’interrompt souvent pour faire avancer l’intrigue principale autour de sa possible grâce ou remise de peine ; Margaret Atwood intercale des correspondances, des péripéties autour du Dr Jordan et des mœurs de la petite communauté formée autour du pénitencier et des cercles bourgeois qui la constituent, À l’image de Grace Marks, condamnée à perpétuité, qui tourne lentement en rond dans la cour d'un pénitencier canadien, la narration est circulaire, le fuseau des souvenirs et des ressentis se dévide lentement, entre passé plus ou moins lointain et présent. J’ai beaucoup aimé la métaphore filée de la couture à petits points serrés, de la confection des courtepointes en patchwork. Ainsi le récit est morcelé, tel un puzzle à reconstituer, des bouts et des bribes à interpréter. Cette histoire peut sembler longue parfois, dans une surabondance de détails, mais la qualité de l’écriture et de la traduction, le jeu continuel entre vérité et mensonge, entre psychose et manipulation en font une lecture captivante, marquante et réflexive.

Un excellent opus de la série Adamsberg

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5 out of 5 stars

Rédigé le : 01/11/2020

Parmi les auteurs que j’adore et vers lesquels je reviens toujours quand le moral est en berne ou que les lectures du moment ne répondent plus à mes horizons d’attente, il y a Fred Vargas avec notamment, la série Adamsberg… Je me suis plongée avec ravissement et volupté dans le sixième volet, Dans les bois éternels… Encore une fois, j’ai choisi la version audio, lue par Thierry Janssen. Quel plaisir de retrouver les personnages cabossés et déjantés de cette brigade de police criminelle très particulière ! Plusieurs enquêtes étrangement liées : des dealers égorgés Place de la Chapelle à Paris, des cerfs mutilés en Normandie, des vols de reliques, des profanations de sépultures, une tueuse en série évadée de prison… Le Commissaire Adamsberg rattrapé par son passé avec le retour d’une médecin légiste qu’il a déjà cotoyée et l’arrivée à la brigade d’un nouveau à l’étrange chevelure zébrée et qui s’exprime en vers… Une ambiance ésotérique avec des ombres, le fantôme d’une nonne, une potion d’immortalité… Le chat dans tous ses états… Et toujours en filigrane, les amours tumultueuses de Jean-Baptiste et Camille. Fred Vargas a vraiment un don pour mêler récit captivant, fiction très documentée, personnages complexes et attachants, le tout dans un bel univers référentiel… Celles et ceux qui me suivent savent sans doute mon goût prononcé pour les œuvres de Racine et Corneille et comprendront mon ressenti enthousiaste. Une audio lecture particulièrement savoureuse grâce à la voix de Thierry Jansen qui sait si bien s’approprier et partager l’univers de Fred Vargas…

Du lourd...

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars

Rédigé le : 09/09/2020

De Bernard Minier, je ne connaissais que Glacé, grâce à la série télé qui nous avait tenus en haleine, mon mari et moi-même, il y a déjà deux ou trois ans… Ma PAL étant ce qu’elle est, je n’avais pas pris le temps de lire ce roman qui inaugure la collection consacrée aux enquêtes de Martin Servaz. J’ai commencé par le dernier opus, La Vallée… Un policier atypique et cabossé, dont la carrière professionnelle est compromise : rétrogradé, suspendu… Un appel au secours, venu du passé, lourd de souvenirs et de culpabilité… Des meurtres abominables… Des manipulations… Un huis-clos dans le temps et l’espace d’une vallée coupée du monde par un éboulement… Toute une communauté terrifiée, au bord du chaos, prête à faire justice… Des retrouvailles, des amitiés indéfectibles… Voilà déjà tous les ingrédients d’un thriller captivant. Et puis, toute une ambiance à la belle intertextualité : les cercles de L’Enfer de Dante, Le Nom de la Rose d’Umberto Eco… Toulouse, une ville que je connais bien pour y avoir vécu plus de vingt ans… Des paysages imaginaires entre Pyrénées et Comminges, criants de vérité… C’est ciselé, travaillé, érudit. Les personnages sont construits, exemplaires, humains, même les plus secondaires… Bernard Minier m’a emmenée dans des zones terribles de l’âme humaine où je ne voulais pas aller. Je l’ai suivi malgré tout et je sais, envers et contre tout, que j’y reviendrai. J’avais choisi la version audio, magistralement lue par Hugues Martel. Du lourd… Je mets tous les livres de Bernard Minier dans ma PAL et je me réjouis de le rencontrer dans quelques semaines lors du festival Toulouse Polars du Sud. https://www.facebook.com/piratedespal/ https://www.instagram.com/la_pirate_des_pal/

19 personnes ont trouvé cela utile

Une déception !

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2 out of 5 stars
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2 out of 5 stars
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2 out of 5 stars

Rédigé le : 29/08/2020

J’avais, naturellement, entendu parler de Joël Dicker et du succès de ses romans… Je viens de terminer, en livre audio, L’Énigme de la chambre 622… Il m’arrive souvent de publier des ressentis un peu à contre-courant de l’enthousiasme général. Encore une fois, je suis plutôt déçue. Une banque suisse dont il faut élire le nouveau président… Qui sera président ? Il y a celui à qui le poste de président devrait revenir de droit mais certains, pensant qu’il ne fera pas un bon président, tentent de pousser quelqu’un d’autres qui voudrait bien être président à la place du président… Vous trouvez que je me répète anormalement : c’est vrai ! Mais je ne fais que retracer l’ambiance générale de ce livre… Redevenons sérieux ! Parmi les points positifs, je reconnais que je n’avais pas vu venir le dénouement… J’apprécie aussi la mise en abyme de l’écriture. Et… Et c’est tout. Cette histoire de manipulation et de triangle amoureux est désespérément longue et répétitive. J’ai eu une bonne idée de choisir la version audio, lue par Steve Driesen ; ainsi, mon attention pouvait vagabonder sans pour autant perdre le fil d’une histoire dont les allers-retours entre présent et passé et les états d’âme du narrateur-auteur avaient du mal à me captiver. Une immense déception… https://www.facebook.com/piratedespal/ https://www.instagram.com/la_pirate_des_pal/

Un thriller pour amateur du genre, efficace.

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4 out of 5 stars
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4 out of 5 stars
Histoire
3 out of 5 stars

Rédigé le : 02/08/2020

Mon premier Franc Thilliez, Il était deux fois… Un auteur dont, naturellement, j’avais beaucoup entendu parler mais dont je n’avais encore rien lu. Je serais brève pour cette chronique car les développements qui me viennent à l’esprit m’obligeraient à trop en dire et je me refuse, par respect pour celles et ceux qui n’ont pas encore lu ce thriller, à divulgâcher. Mon horizon d’attente était sans doute à la mesure de la réputation de Franck Thilliez… J’avoue donc une forme de déception… Il m’a manqué un peu plus de profondeur dans la psychologie des personnages, tellement pris dans la succession effrénée des péripéties que le côté purement factuel empêche de vraiment prendre le temps de s’intéresser à leur psychologie, peu ou pas vraiment travaillée. L’ensemble est foisonnant, certes captivant, et c’est ce que l’on attend d’un thriller… Mais il faut aussi pouvoir signer un pacte de lecture, accepter une intrigue forcément un peu capillotractée. Ici, j’ai trouvé le thème de l’amnésie un peu facile, l’ambiance de fin de monde avec la pluie d’oiseaux morts un peu trop forcée, les gendarmes un peu trop enclins à oublier les procédures… Gabriel Moscato, du fait de sa perte de mémoire, enquête sur une vielle affaire avec une notion d’urgence et il aurait été intéressant d’approfondir ce décalage, cette remontée dans le temps et dans sa personnalité. Son amitié avec Paul sonne faux, malgré le partage des épreuves. Les personnages secondaires, seulement actants, manquent également de personnalité et de présence… Si j’apprécie les énigmes, les jeux de mots, le jeu d’échecs, les mises en abymes…, je trouve que l’abondance de ces thématiques finissent par lasser surtout si elles ne débouchent pas toujours sur une explication pertinente. Personnellement, je suis convaincue que les fictions policières peuvent être de véritables lieux de réflexion sur certaines problématiques, notamment littéraires ou artistiques. C’est ici que je ne peux plus guère avancer dans mon raisonnement… Disons que je suis restée sur ma faim, abasourdie par un récit assujetti à un suspense constant, trop factuel pour laisser un réel souvenir. J’ai terminé ce livre en me disant : « tout cela pour quoi ? » J’avais choisi la version audio, très bien lue par Florian Wormser. Un excellent format pour ce genre de roman, dont l’audio lecture ne demande pas d’effort particulier, dont l’action permanente maintient l’attention en éveil. Un thriller pour amateur du genre, efficace dans l’instant.

Entre tragique et burlesque, jubilatoire toujours

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 19/06/2020

Quel plaisir de retrouver Pierre Lemaitre avec le troisième opus de la série intitulée Les Enfants du désastre ! Miroir de nos peines continue la fresque entamée avec Au-revoir là-haut et remet en lumière le personnage de Louise, devenue adulte. Celles et ceux qui me suivent savent que je voue une admiration sans borne à Pierre Lemaitre, que j’ai eu le bonheur de croiser. J’apprécie le talent de l’écrivain et les prises de paroles de l’homme. Donc, je signe par avance le pacte de lecture et, même si je sais reconnaître les ficelles mises en œuvre, j’adhère profondément à l’histoire que nous raconte cet admirable conteur, je salue le travail de recherche, je me plonge en toute confiance dans ce récit, ses péripéties sur fond de seconde guerre mondiale. Miroir de nos peines dépeint les destins croisés, les passions et les parcours d’une belle galerie de personnages : des bons, des moins bons, des pas entièrement mauvais, des héros malgré eux, des lâches de bonne volonté… Les psychologies sont complexes parce que profondément humaines : les peines de chacun des protagonistes se reflètent, se télescopent, s’associent. Encore une fois, Pierre Lemaitre propose des scènes chocs, des personnages hauts en couleurs, des parcours entrecroisés… Nous retrouvons le thème de l’amitié masculines entre des personnalités opposés, des amours à sens uniques, des magouilleurs, un usurpateur et de magnifiques portraits de femmes. J’ai été particulièrement touchée par le fil rouge de la maternité, impossible, refusée, clandestine, volée, trahie, adoptive, adoptante… J’ai apprécié que tout ne soit pas dit, que certains personnages gardent leur zone d’ombre, que le récit les laisse en plan parfois, dans l’urgence folle et l’immense chaos de la débâcle. Merci à l’épilogue qui en dit juste ce qu’il faut, laissant notre imaginaire faire le reste… J’ai choisi la version audio, lu par l’auteur dont je partage totalement l’approche : belle lecture, dans le respect de l’auditeur-lecteur, sans sur-jeu… Une prestation magistrale ! Entre tragique et burlesque, jubilatoire toujours. Un beau final pour cette série encadrée par les deux guerres, de 1914 à 1940, une vision intime et grandiose des évènements.

Un thriller que l'on termine en disant : "wouah !"

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5 out of 5 stars
Interprétation
4 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 02/04/2020

Ce thriller de Jack-Laurent Amar, Les Méandres du mal, m’a littéralement embarquée… L’auteur revisite le thème du voyage dans le temps : si on envoyait un sniper tuer Hitler avant qu’il n’aille trop loin dans l’horreur ? Notre Histoire n’aurait pas connu l’holocauste et la montée du populisme… Il reprend aussi les problématiques du thème sur les dangers de la modification du passé et ses effets pervers sur l’avenir : si nous n’avions pas connu la deuxième guerre mondiale, mais qu’un tel conflit ait lieu de nos jours, compte tenu de la modernisation de l’armement, ne serait-il pas beaucoup plus meurtrier et lourd de conséquences ? Alors, on précipite une seconde équipe sur les traces du sniper pour annuler la première mission… Jack-Laurent Amar met en binôme deux personnages que tout oppose : un militaire aguerri aux situations de crises, entraîné et déterminé à obéir aux ordres et un docteur en Histoire, spécialiste de la période, mais qui vient juste de perdre son épouse enceinte dans un tragique accident de voiture… Naturellement, ils reçoivent pour consigne de modifier le moins possible le déroulement de l’Histoire et de n’interférer en rien lors des évènements tragiques auxquels ils vont assister. Cependant, ceux qui tirent les ficelles ont aussi des intentions et des projets beaucoup moins altruistes… Le récit est sur plusieurs niveaux : le temps présent qui voit partir les voyageurs du temps, le passé où ils arrivent successivement et un futur très proche… Si la narration est omnisciente pour les deux premiers, c’est un personnage mystérieux qui prend la parole à la première personne pour nous parler de l’avenir tel qu’il s’est retrouvé, ou pas, modifié. Jack-Laurent Amar jongle avec les temporalités en imbriquant les différents points de vue dans une polyphonie maîtrisée, enchevêtrée, qui ajoute au suspense et joue avec l’émotion et les nerfs de ses lecteurs. L’échafaudage narratif est d’une précision remarquable : tout fonctionne au détail près. La galerie de personnages est superbe ! Tous les protagonistes sont à leur place, sans défaut. Les interactions sonnent juste, font vrai malgré la dose de fantastique que renferme ce livre. Les points de vue sont respectés nous faisant vivre les différentes péripéties selon les ressentis de chacun(e)… Les femmes, les personnages secondaires, tous ont une réelle épaisseur. Certains passages sont à la limite du soutenable… Jack-Laurent Amar a su mêler émotion, horreur et humour pour garder ses lecteurs à flots. Il a alterné avec brio les moments d’action pure, les passages où la romance prenait un peu le dessus, les épisodes qui donnent matière à réflexion… J’ai tout aimé dans ce livre, la polyphonie, la mise en abyme de l’écriture, la notion de lignes temporelles sinueuses et complexes qui se croisent parfois, se brisent, se suivent et se poursuivent… Il y a un côté mystique, allégorique, intuitif qui m’a à la fois intriguée et bouleversée. Et puis, surtout, il y a ce rythme qui ne faiblit jamais, des premières pages aux derniers mots de l’épilogue… J’avais choisi la version audio de ce roman, lu par François Montagut et Bénédicte Charton. J’ai adhéré à leur proposition bien que je préfère habituellement n’avoir affaire qu’à un seul lecteur… J’adresse une mention spéciale à la lectrice qui a su donner une véritable profondeur au personnage qui parle à la première personne. Un thriller que l’on termine en disant : « whouah ! »… https://www.facebook.com/piratedespal/

Trop interprété au détriment des textes...

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3 out of 5 stars
Interprétation
2 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Rédigé le : 04/02/2020

J’adore lire des nouvelles ; c’est un genre littéraire qui m’attire pour son côté « challengeur » et performant car l’écriture de nouvelles doit respecter des règles précises de forme et de fond. En choisissant ce livre audio, L’Intégrale des Histoires à mobiles de la collection Novelcast, je ne m’attendais pas à ce que les quatorze nouvelles qui la composent soit interprétées comme des feuilletons radiophoniques, par certains des auteurs et plusieurs acteurs dont tous les noms ne sont même pas cités dans la présentation du produit, avec bruitages divers et variés et bande sonore… J’ai déjà dit et écrit, ici et là, ce que j’attends d’un livre audio, une lecture à haute voix, avec une bonne diction et intonation, mais suffisamment neutre pour que je puisse me réapproprier le livre, à l’instar d’une lecture conventionnelle, en aucun cas une performance d’acteurs… J’ai donc été très gênée, dans un premier temps, par tout ce qui, selon moi, parasite le texte. Et puis, comme certaines nouvelles m’avaient tout de même beaucoup plu, sans doute les moins mises en scènes, mais pas forcément, je suis revenue sur mes impressions premières et j’ai entamé une seconde audio lecture, m’attachant au récit et faisant, autant que faire se pouvait, plus ou moins abstraction de l’environnement sonore, soucieuse de découvrir les auteur(e)s et leurs univers : Max Joseph, Frédéric Müller, Muriel Combarnous, Sonia Quémener, Palimpseste et Stéphane Chamak. J’avais besoin de m’approprier les motifs, les causes qui avaient poussé les différents protagonistes à agir, à commettre les actes décrits… Il me restait des horizons d’attente à explorer. Frédéric Mûller revisite le pouvoir des mots ; « La Théorie du charme des verbes » met en scène un auteur de nouvelles, plutôt sympathique au demeurant, mal dans son boulot purement alimentaire et dans sa vraie vie sans grand intérêt, qui va se transformer en justicier par la magie des nouvelles qu’il publie… Sa deuxième nouvelle est une triste et belle histoire, avec un jeu de mots dans le titre… « Au sol est Milo » se passe en Italie, dans un appartement où vit un vieux monsieur, solitaire depuis la mort de sa femme. J’ai été particulièrement émue par ce texte. À la fois pour vérifier ma compréhension de ce titre (n’oublions pas que j’étais en audio lecture…) et pour essayer d’en savoir plus sur cet auteur, j’ai visité son site Internet (http://www.fredericmuller.net/desnouvelles/) que je vous recommande. Stéphane Chamak campe dans « Hold-up » un anti-héros drôle et pathétique à la fois : l’auteur use et abuse des effets d’un comique de situation et d’un enchainement de circonstances loufoques dans une saynète finalement rafraichissante et amusante, presque touchante parfois. De cet auteur, je connaissais déjà « Jeu de piste », reprise ici, dont l’intérêt réside essentiellement dans le contre la montre mis en place dans le récit qui correspond à peu de chose près à la durée de son audio lecture ; par contre, le personnage principal envahit et pollue l’espace car c’est une grande gueule qui a tous les défauts… Il est violent, raciste, misogyne, misanthrope, grossier, outrancier… et j’en passe. J’ai apprécié l’écheveau narratif, la montée en puissance, l’imbrication des différents paramètres et cela m’a donné envie de lire d’autres écrits de Stéphane Chamak… C’est ainsi grâce à lui (ou à cause de lui…) que ce recueil est arrivé dans ma PAL. « Maman Abricot » est une nouvelle sur la différence dans toute sa diversité : culturelle, sociale, physique, psychique… Ce texte est particulièrement fort et dérangeant… La provocation est sans doute la marque de fabrique de Stéphane Chamak ; son style est percutant, ses ambiances sont gênantes, embarrassantes et, sous des dehors outranciers, poussent à la réflexion et à la remise en question. Palimpseste m’a d’abord intriguée par cet étrange pseudonyme qui évoque la superposition de textes sur le même parchemin, sans cesse effacés et renouvelés. Quelques recherches sur le net, sans vraiment aboutir, m’ont conduite sur un blog ou cette mystérieuse plume publie ses histoires (https://nouvellesdepalimpseste.home.blog) ; j’y reviendrai volontiers faire un tour… Ici, il ou elle (à la réflexion je dirais que c’est un homme, mais cela n’engage que moi…) semble avoir une prédisposition pour les objets transitionnels ou, du moins, très investis psychologiquement… « L’Écharpe est belle » est un très beau texte, une rêverie fantasmée dans un aéroport, tandis que « Le dernier Cri » nous livre les impressions d’un objet très intime, sur fond de pandémie mondiale. Les jeux de mots et allusions contenus dans les titres sont déjà particulièrement savoureux. « La télédétection des goujats » m’a fait sourire car Palimpseste y pousse assez loin le fonctionnement et la charte des sites de rencontre tout en laissant, malgré tout, place à l’intuition et à la curiosité… J’ai sans doute une préférence pour les nouvelles sombres, aux chutes brutales ; « J’attends mon train » est le monologue digressif d’un homme sur un quai de gare autour de la symbolique de l’attente et du voyage… Palimpseste a su m’embarquer entre détachement et fatalité. Enfin, ma préférée de cet auteur est sans aucun doute « Mamba, le tigre presque royal » qui nous raconte la vie d’un enfant soldat dans un pays à feu et à sang. Je salue l’écriture, le rythme, la montée en puissance, la chute… Du grand art ! Muriel Combarnous développe dans « L’Ile » un savant mélange d’ambiance d’émissions de télé-réalité (sans la télé) et de chasse à l’homme sur fond de survie en milieu hostile ; entre amour paternel et amitié virile, son écriture efficace et toujours sur le fil du rasoir, entre émotion et violence, m’a agréablement surprise. « Le vieux Sam et le couillon » a des allures de fables par son titre et la chute véhicule une sorte de morale… L’auteure nous plonge dans le milieu de la pègre et de ses trafics ; cette histoire, plutôt cocasse, ne m’a pas vraiment séduite. Sonia Quémener nous invite avec « Quête » dans une mission spatiale et revisite Startrek à sa sauce parodique… Cette nouvelle ne m’a cependant pas convaincue, trop excessive dans la manière de pousser les stéréotypes sans doute ; une Intelligence Artificielle trop tordue dans ses réflexions, un commandant de vaisseau trop obnubilé par sa fonction, une doctoresse trop sexy, des canards trop couin-couin et une quête du Paradis plus ridicule et pathétique que drôle… Une déception pour moi, mais je peux comprendre que ce texte trouve son lectorat. Max Joseph renoue avec les contes de notre enfance et nous propose une certaine vision du monde dans lequel nous vivons, à travers l’interview d’un étrange artisan ; « Le Cordonnier de sept lieux » marque sa seule participation dans ce recueil en tant qu’auteur et je le regrette car j’aimerais beaucoup en savoir plus sur son univers… Je suis très satisfaite d’avoir réalisé une deuxième audio lecture avant de parler de ce recueil, beaucoup trop sonore à mon goût. J’y ai fait de belles découvertes que je compte bien approfondir. Je le trouve un peu inégal cependant, voire injuste, par la place accordée à certains auteurs plus qu’à d’autres. Si je suis sans doute plus sensible à l’émotion et à l’humour qu’aux situations purement comiques ou loufoques, il me semble que le volet absurde aurait pu être davantage développé, notamment pour lui donner une réelle épaisseur dans le recueil. https://www.facebook.com/piratedespal/

Magistral !

Global
5 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 27/01/2020

Seules les bêtes de Colin Niel était depuis longtemps dans mes intentions de lecture, depuis sa publication en fait… Et puis, la gestion de ma LAL (Liste À Lire) étant ce qu’elle est, je l’avais un peu oublié. Alors, naturellement, j’ai tout fait pour ne pas manquer le film de Dominik Moll, adapté de ce roman… Et j’y ai reçu une telle claque que je n’ai eu de cesse de me procurer enfin le livre ! À un ami qui s’étonnait de ma démarche car, en effet, je savais le pourquoi du comment et avais déjà vu se dénouer l’impossible écheveau de cette histoire, j’ai répondu que j’avais besoin de la chose écrite, d’aller plus loin dans cet enchainement de circonstances, de savoir tout ce qui n’était pas dans le film… Un thriller magistral… Des destins croisés autour de la disparition d’une femme dans une région isolée où les hommes et les femmes gardent jalousement leurs rêves et leurs secrets tandis qu’à l’autre bout du monde, des liens se nouent et s’attachent autour d’autres désirs. Les personnages, après avoir crevé l’écran, se sont imposés à moi dans une polyphonie angoissante, une alternance de points de vue qui s’imbriquent à la manière d’un puzzle fatal… Chacun parle à sa manière et l’auteur a su donner à chacun(e) une réelle identité, une personnalité attachante et une véritable présence : une assistante sociale mal dans son couple, son amant, vieux garçon solitaire, une jeune femme complètement perdue, le mari de l’assistante sociale aux prises avec son exploitation, ses rêves brisés et son mal-être, un « brouteur » africain… Tout sonnait juste dans un effet de réel tragique et inéluctable… Pour continuer à répondre à mon ami, oui, je savais, et pourtant je découvrais toute une mécanique, huilée, parfaite… Je n’avais pas vu passer les deux heures que dure le film… Le livre m’a autant, si ce n’est plus, captivée, embarquée, malmenée… Je n’étais plus incrédule mais toujours subjuguée… Tous ces JE résonnent, convainquent. On ne peut qu’être admiratif(ve) face à une telle maîtrise de l’action, du suspense mais aussi de la psychologie des personnages. Des hommes, des femmes et des bêtes… Seules les bêtes, nous annonce le titre… Les bêtes, ce sont toutes les créatures animales ; mais les hommes peuvent se comporter avec bestialité, obéir à des instincts primaires. Dans ce roman, il y a des éleveurs de brebis et de vaches, ce bétail qui demande tant de soin et de présence, jour et nuit, pour les agnelages et les vêlages, ce bétail dont il faut nettoyer les litières en hiver, qu’il faut nourrir hors des périodes d’estives… Il y a aussi un chien qui porte un nom humain… Ce mot, « bête », véhicule une impression de force et de violence et, paradoxalement, une notion de manque de discernement ou d’absence d’intelligence, une idée de posture bornée, têtue, à la fois simple et obtuse, voire une suspicion de débilité. Comme ce titre est bien choisi ! Comme il résume à lui seul toute une ambiance lourde, dérangeante, fantasmée et, en même temps toute une connotation naïve, absurde et pathétique… Les personnages expérimentent tous une forme de solitude, au sens strict quand ils vivent seuls, éloignés des autres, isolés ou livrés à eux-mêmes, au sens figuré dans une relation de couple qui bat de l’aile ou encore au sens moral quand les décisions prises et les actes commis ne permettent plus de retour en arrière. Si chacun(e) est unique, évolue dans son propre univers, ses rêves et ses désirs intimes, ils sont tous cependant liés deux par deux car en couple, amant(e)s, rivaux ou autres (je ne peux développer plus sans divulgacher)… Une même personne peut ainsi se trouver reliée, simultanément, à plusieurs interactions et l’ordre des voix chorales de la belle orchestration mise en œuvre par Colin Niel se révèle une véritable montée en puissance, sans temps mort : une réussite. Ce livre est passé dans une véritable urgence de ma LAL à ma PAL ; j’ai choisi la version audio, admirablement lue par Grégory Nardella. Je sais déjà que je relirai ce roman, même en connaissant toutes les ficelles de l’écheveau. Force des d’avouer que j’ai aussi acheté, mais en livre papier cette fois, la trilogie guyanaise : Les Hamacs de carton, Ce qui reste en forêt et Obia… Colin Niel, je dois vous dire, qu’avec ou sans marabout, me voilà « attachée » à votre plume… Affaire à suivre.