MEMBRE

Jean-Noel et Aline

  • 56
  • critiques
  • 140
  • votes utiles
  • 59
  • notes

Un thriller pour amateur du genre, efficace.

Global
4 out of 5 stars
Interprétation
4 out of 5 stars
Histoire
3 out of 5 stars

Rédigé le : 02/08/2020

Mon premier Franc Thilliez, Il était deux fois…
Un auteur dont, naturellement, j’avais beaucoup entendu parler mais dont je n’avais encore rien lu.

Je serais brève pour cette chronique car les développements qui me viennent à l’esprit m’obligeraient à trop en dire et je me refuse, par respect pour celles et ceux qui n’ont pas encore lu ce thriller, à divulgâcher.

Mon horizon d’attente était sans doute à la mesure de la réputation de Franck Thilliez… J’avoue donc une forme de déception… Il m’a manqué un peu plus de profondeur dans la psychologie des personnages, tellement pris dans la succession effrénée des péripéties que le côté purement factuel empêche de vraiment prendre le temps de s’intéresser à leur psychologie, peu ou pas vraiment travaillée.
L’ensemble est foisonnant, certes captivant, et c’est ce que l’on attend d’un thriller… Mais il faut aussi pouvoir signer un pacte de lecture, accepter une intrigue forcément un peu capillotractée. Ici, j’ai trouvé le thème de l’amnésie un peu facile, l’ambiance de fin de monde avec la pluie d’oiseaux morts un peu trop forcée, les gendarmes un peu trop enclins à oublier les procédures…
Gabriel Moscato, du fait de sa perte de mémoire, enquête sur une vielle affaire avec une notion d’urgence et il aurait été intéressant d’approfondir ce décalage, cette remontée dans le temps et dans sa personnalité. Son amitié avec Paul sonne faux, malgré le partage des épreuves. Les personnages secondaires, seulement actants, manquent également de personnalité et de présence…
Si j’apprécie les énigmes, les jeux de mots, le jeu d’échecs, les mises en abymes…, je trouve que l’abondance de ces thématiques finissent par lasser surtout si elles ne débouchent pas toujours sur une explication pertinente.

Personnellement, je suis convaincue que les fictions policières peuvent être de véritables lieux de réflexion sur certaines problématiques, notamment littéraires ou artistiques. C’est ici que je ne peux plus guère avancer dans mon raisonnement… Disons que je suis restée sur ma faim, abasourdie par un récit assujetti à un suspense constant, trop factuel pour laisser un réel souvenir.
J’ai terminé ce livre en me disant : « tout cela pour quoi ? »

J’avais choisi la version audio, très bien lue par Florian Wormser. Un excellent format pour ce genre de roman, dont l’audio lecture ne demande pas d’effort particulier, dont l’action permanente maintient l’attention en éveil.

Un thriller pour amateur du genre, efficace dans l’instant.

Entre tragique et burlesque, jubilatoire toujours

Global
5 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 19/06/2020

Quel plaisir de retrouver Pierre Lemaitre avec le troisième opus de la série intitulée Les Enfants du désastre !
Miroir de nos peines continue la fresque entamée avec Au-revoir là-haut et remet en lumière le personnage de Louise, devenue adulte.

Celles et ceux qui me suivent savent que je voue une admiration sans borne à Pierre Lemaitre, que j’ai eu le bonheur de croiser. J’apprécie le talent de l’écrivain et les prises de paroles de l’homme.
Donc, je signe par avance le pacte de lecture et, même si je sais reconnaître les ficelles mises en œuvre, j’adhère profondément à l’histoire que nous raconte cet admirable conteur, je salue le travail de recherche, je me plonge en toute confiance dans ce récit, ses péripéties sur fond de seconde guerre mondiale.

Miroir de nos peines dépeint les destins croisés, les passions et les parcours d’une belle galerie de personnages : des bons, des moins bons, des pas entièrement mauvais, des héros malgré eux, des lâches de bonne volonté… Les psychologies sont complexes parce que profondément humaines : les peines de chacun des protagonistes se reflètent, se télescopent, s’associent.
Encore une fois, Pierre Lemaitre propose des scènes chocs, des personnages hauts en couleurs, des parcours entrecroisés… Nous retrouvons le thème de l’amitié masculines entre des personnalités opposés, des amours à sens uniques, des magouilleurs, un usurpateur et de magnifiques portraits de femmes.
J’ai été particulièrement touchée par le fil rouge de la maternité, impossible, refusée, clandestine, volée, trahie, adoptive, adoptante…
J’ai apprécié que tout ne soit pas dit, que certains personnages gardent leur zone d’ombre, que le récit les laisse en plan parfois, dans l’urgence folle et l’immense chaos de la débâcle. Merci à l’épilogue qui en dit juste ce qu’il faut, laissant notre imaginaire faire le reste…

J’ai choisi la version audio, lu par l’auteur dont je partage totalement l’approche : belle lecture, dans le respect de l’auditeur-lecteur, sans sur-jeu… Une prestation magistrale !
Entre tragique et burlesque, jubilatoire toujours.
Un beau final pour cette série encadrée par les deux guerres, de 1914 à 1940, une vision intime et grandiose des évènements.

Un thriller que l'on termine en disant : "wouah !"

Global
5 out of 5 stars
Interprétation
4 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 02/04/2020

Ce thriller de Jack-Laurent Amar, Les Méandres du mal, m’a littéralement embarquée…

L’auteur revisite le thème du voyage dans le temps : si on envoyait un sniper tuer Hitler avant qu’il n’aille trop loin dans l’horreur ? Notre Histoire n’aurait pas connu l’holocauste et la montée du populisme…
Il reprend aussi les problématiques du thème sur les dangers de la modification du passé et ses effets pervers sur l’avenir : si nous n’avions pas connu la deuxième guerre mondiale, mais qu’un tel conflit ait lieu de nos jours, compte tenu de la modernisation de l’armement, ne serait-il pas beaucoup plus meurtrier et lourd de conséquences ? Alors, on précipite une seconde équipe sur les traces du sniper pour annuler la première mission…
Jack-Laurent Amar met en binôme deux personnages que tout oppose : un militaire aguerri aux situations de crises, entraîné et déterminé à obéir aux ordres et un docteur en Histoire, spécialiste de la période, mais qui vient juste de perdre son épouse enceinte dans un tragique accident de voiture… Naturellement, ils reçoivent pour consigne de modifier le moins possible le déroulement de l’Histoire et de n’interférer en rien lors des évènements tragiques auxquels ils vont assister. Cependant, ceux qui tirent les ficelles ont aussi des intentions et des projets beaucoup moins altruistes…

Le récit est sur plusieurs niveaux : le temps présent qui voit partir les voyageurs du temps, le passé où ils arrivent successivement et un futur très proche… Si la narration est omnisciente pour les deux premiers, c’est un personnage mystérieux qui prend la parole à la première personne pour nous parler de l’avenir tel qu’il s’est retrouvé, ou pas, modifié. Jack-Laurent Amar jongle avec les temporalités en imbriquant les différents points de vue dans une polyphonie maîtrisée, enchevêtrée, qui ajoute au suspense et joue avec l’émotion et les nerfs de ses lecteurs.
L’échafaudage narratif est d’une précision remarquable : tout fonctionne au détail près.
La galerie de personnages est superbe ! Tous les protagonistes sont à leur place, sans défaut. Les interactions sonnent juste, font vrai malgré la dose de fantastique que renferme ce livre. Les points de vue sont respectés nous faisant vivre les différentes péripéties selon les ressentis de chacun(e)… Les femmes, les personnages secondaires, tous ont une réelle épaisseur.
Certains passages sont à la limite du soutenable… Jack-Laurent Amar a su mêler émotion, horreur et humour pour garder ses lecteurs à flots. Il a alterné avec brio les moments d’action pure, les passages où la romance prenait un peu le dessus, les épisodes qui donnent matière à réflexion…

J’ai tout aimé dans ce livre, la polyphonie, la mise en abyme de l’écriture, la notion de lignes temporelles sinueuses et complexes qui se croisent parfois, se brisent, se suivent et se poursuivent… Il y a un côté mystique, allégorique, intuitif qui m’a à la fois intriguée et bouleversée. Et puis, surtout, il y a ce rythme qui ne faiblit jamais, des premières pages aux derniers mots de l’épilogue…

J’avais choisi la version audio de ce roman, lu par François Montagut et Bénédicte Charton. J’ai adhéré à leur proposition bien que je préfère habituellement n’avoir affaire qu’à un seul lecteur… J’adresse une mention spéciale à la lectrice qui a su donner une véritable profondeur au personnage qui parle à la première personne.

Un thriller que l’on termine en disant : « whouah ! »…

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Trop interprété au détriment des textes...

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3 out of 5 stars
Interprétation
2 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Rédigé le : 04/02/2020

J’adore lire des nouvelles ; c’est un genre littéraire qui m’attire pour son côté « challengeur » et performant car l’écriture de nouvelles doit respecter des règles précises de forme et de fond.

En choisissant ce livre audio, L’Intégrale des Histoires à mobiles de la collection Novelcast, je ne m’attendais pas à ce que les quatorze nouvelles qui la composent soit interprétées comme des feuilletons radiophoniques, par certains des auteurs et plusieurs acteurs dont tous les noms ne sont même pas cités dans la présentation du produit, avec bruitages divers et variés et bande sonore… J’ai déjà dit et écrit, ici et là, ce que j’attends d’un livre audio, une lecture à haute voix, avec une bonne diction et intonation, mais suffisamment neutre pour que je puisse me réapproprier le livre, à l’instar d’une lecture conventionnelle, en aucun cas une performance d’acteurs…
J’ai donc été très gênée, dans un premier temps, par tout ce qui, selon moi, parasite le texte.
Et puis, comme certaines nouvelles m’avaient tout de même beaucoup plu, sans doute les moins mises en scènes, mais pas forcément, je suis revenue sur mes impressions premières et j’ai entamé une seconde audio lecture, m’attachant au récit et faisant, autant que faire se pouvait, plus ou moins abstraction de l’environnement sonore, soucieuse de découvrir les auteur(e)s et leurs univers : Max Joseph, Frédéric Müller, Muriel Combarnous, Sonia Quémener, Palimpseste et Stéphane Chamak. J’avais besoin de m’approprier les motifs, les causes qui avaient poussé les différents protagonistes à agir, à commettre les actes décrits… Il me restait des horizons d’attente à explorer.

Frédéric Mûller revisite le pouvoir des mots ; « La Théorie du charme des verbes » met en scène un auteur de nouvelles, plutôt sympathique au demeurant, mal dans son boulot purement alimentaire et dans sa vraie vie sans grand intérêt, qui va se transformer en justicier par la magie des nouvelles qu’il publie…
Sa deuxième nouvelle est une triste et belle histoire, avec un jeu de mots dans le titre… « Au sol est Milo » se passe en Italie, dans un appartement où vit un vieux monsieur, solitaire depuis la mort de sa femme. J’ai été particulièrement émue par ce texte. À la fois pour vérifier ma compréhension de ce titre (n’oublions pas que j’étais en audio lecture…) et pour essayer d’en savoir plus sur cet auteur, j’ai visité son site Internet (http://www.fredericmuller.net/desnouvelles/) que je vous recommande.

Stéphane Chamak campe dans « Hold-up » un anti-héros drôle et pathétique à la fois : l’auteur use et abuse des effets d’un comique de situation et d’un enchainement de circonstances loufoques dans une saynète finalement rafraichissante et amusante, presque touchante parfois.
De cet auteur, je connaissais déjà « Jeu de piste », reprise ici, dont l’intérêt réside essentiellement dans le contre la montre mis en place dans le récit qui correspond à peu de chose près à la durée de son audio lecture ; par contre, le personnage principal envahit et pollue l’espace car c’est une grande gueule qui a tous les défauts… Il est violent, raciste, misogyne, misanthrope, grossier, outrancier… et j’en passe. J’ai apprécié l’écheveau narratif, la montée en puissance, l’imbrication des différents paramètres et cela m’a donné envie de lire d’autres écrits de Stéphane Chamak… C’est ainsi grâce à lui (ou à cause de lui…) que ce recueil est arrivé dans ma PAL.
« Maman Abricot » est une nouvelle sur la différence dans toute sa diversité : culturelle, sociale, physique, psychique… Ce texte est particulièrement fort et dérangeant…
La provocation est sans doute la marque de fabrique de Stéphane Chamak ; son style est percutant, ses ambiances sont gênantes, embarrassantes et, sous des dehors outranciers, poussent à la réflexion et à la remise en question.

Palimpseste m’a d’abord intriguée par cet étrange pseudonyme qui évoque la superposition de textes sur le même parchemin, sans cesse effacés et renouvelés. Quelques recherches sur le net, sans vraiment aboutir, m’ont conduite sur un blog ou cette mystérieuse plume publie ses histoires (https://nouvellesdepalimpseste.home.blog) ; j’y reviendrai volontiers faire un tour…
Ici, il ou elle (à la réflexion je dirais que c’est un homme, mais cela n’engage que moi…) semble avoir une prédisposition pour les objets transitionnels ou, du moins, très investis psychologiquement… « L’Écharpe est belle » est un très beau texte, une rêverie fantasmée dans un aéroport, tandis que « Le dernier Cri » nous livre les impressions d’un objet très intime, sur fond de pandémie mondiale. Les jeux de mots et allusions contenus dans les titres sont déjà particulièrement savoureux.
« La télédétection des goujats » m’a fait sourire car Palimpseste y pousse assez loin le fonctionnement et la charte des sites de rencontre tout en laissant, malgré tout, place à l’intuition et à la curiosité…
J’ai sans doute une préférence pour les nouvelles sombres, aux chutes brutales ; « J’attends mon train » est le monologue digressif d’un homme sur un quai de gare autour de la symbolique de l’attente et du voyage… Palimpseste a su m’embarquer entre détachement et fatalité.
Enfin, ma préférée de cet auteur est sans aucun doute « Mamba, le tigre presque royal » qui nous raconte la vie d’un enfant soldat dans un pays à feu et à sang. Je salue l’écriture, le rythme, la montée en puissance, la chute… Du grand art !

Muriel Combarnous développe dans « L’Ile » un savant mélange d’ambiance d’émissions de télé-réalité (sans la télé) et de chasse à l’homme sur fond de survie en milieu hostile ; entre amour paternel et amitié virile, son écriture efficace et toujours sur le fil du rasoir, entre émotion et violence, m’a agréablement surprise.
« Le vieux Sam et le couillon » a des allures de fables par son titre et la chute véhicule une sorte de morale… L’auteure nous plonge dans le milieu de la pègre et de ses trafics ; cette histoire, plutôt cocasse, ne m’a pas vraiment séduite.

Sonia Quémener nous invite avec « Quête » dans une mission spatiale et revisite Startrek à sa sauce parodique… Cette nouvelle ne m’a cependant pas convaincue, trop excessive dans la manière de pousser les stéréotypes sans doute ; une Intelligence Artificielle trop tordue dans ses réflexions, un commandant de vaisseau trop obnubilé par sa fonction, une doctoresse trop sexy, des canards trop couin-couin et une quête du Paradis plus ridicule et pathétique que drôle…
Une déception pour moi, mais je peux comprendre que ce texte trouve son lectorat.

Max Joseph renoue avec les contes de notre enfance et nous propose une certaine vision du monde dans lequel nous vivons, à travers l’interview d’un étrange artisan ; « Le Cordonnier de sept lieux » marque sa seule participation dans ce recueil en tant qu’auteur et je le regrette car j’aimerais beaucoup en savoir plus sur son univers…

Je suis très satisfaite d’avoir réalisé une deuxième audio lecture avant de parler de ce recueil, beaucoup trop sonore à mon goût. J’y ai fait de belles découvertes que je compte bien approfondir.
Je le trouve un peu inégal cependant, voire injuste, par la place accordée à certains auteurs plus qu’à d’autres. Si je suis sans doute plus sensible à l’émotion et à l’humour qu’aux situations purement comiques ou loufoques, il me semble que le volet absurde aurait pu être davantage développé, notamment pour lui donner une réelle épaisseur dans le recueil.

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Magistral !

Global
5 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 27/01/2020

Seules les bêtes de Colin Niel était depuis longtemps dans mes intentions de lecture, depuis sa publication en fait… Et puis, la gestion de ma LAL (Liste À Lire) étant ce qu’elle est, je l’avais un peu oublié.
Alors, naturellement, j’ai tout fait pour ne pas manquer le film de Dominik Moll, adapté de ce roman… Et j’y ai reçu une telle claque que je n’ai eu de cesse de me procurer enfin le livre ! À un ami qui s’étonnait de ma démarche car, en effet, je savais le pourquoi du comment et avais déjà vu se dénouer l’impossible écheveau de cette histoire, j’ai répondu que j’avais besoin de la chose écrite, d’aller plus loin dans cet enchainement de circonstances, de savoir tout ce qui n’était pas dans le film…

Un thriller magistral… Des destins croisés autour de la disparition d’une femme dans une région isolée où les hommes et les femmes gardent jalousement leurs rêves et leurs secrets tandis qu’à l’autre bout du monde, des liens se nouent et s’attachent autour d’autres désirs.
Les personnages, après avoir crevé l’écran, se sont imposés à moi dans une polyphonie angoissante, une alternance de points de vue qui s’imbriquent à la manière d’un puzzle fatal… Chacun parle à sa manière et l’auteur a su donner à chacun(e) une réelle identité, une personnalité attachante et une véritable présence : une assistante sociale mal dans son couple, son amant, vieux garçon solitaire, une jeune femme complètement perdue, le mari de l’assistante sociale aux prises avec son exploitation, ses rêves brisés et son mal-être, un « brouteur » africain… Tout sonnait juste dans un effet de réel tragique et inéluctable… Pour continuer à répondre à mon ami, oui, je savais, et pourtant je découvrais toute une mécanique, huilée, parfaite…
Je n’avais pas vu passer les deux heures que dure le film… Le livre m’a autant, si ce n’est plus, captivée, embarquée, malmenée… Je n’étais plus incrédule mais toujours subjuguée… Tous ces JE résonnent, convainquent. On ne peut qu’être admiratif(ve) face à une telle maîtrise de l’action, du suspense mais aussi de la psychologie des personnages.

Des hommes, des femmes et des bêtes… Seules les bêtes, nous annonce le titre… Les bêtes, ce sont toutes les créatures animales ; mais les hommes peuvent se comporter avec bestialité, obéir à des instincts primaires. Dans ce roman, il y a des éleveurs de brebis et de vaches, ce bétail qui demande tant de soin et de présence, jour et nuit, pour les agnelages et les vêlages, ce bétail dont il faut nettoyer les litières en hiver, qu’il faut nourrir hors des périodes d’estives… Il y a aussi un chien qui porte un nom humain… Ce mot, « bête », véhicule une impression de force et de violence et, paradoxalement, une notion de manque de discernement ou d’absence d’intelligence, une idée de posture bornée, têtue, à la fois simple et obtuse, voire une suspicion de débilité. Comme ce titre est bien choisi ! Comme il résume à lui seul toute une ambiance lourde, dérangeante, fantasmée et, en même temps toute une connotation naïve, absurde et pathétique…
Les personnages expérimentent tous une forme de solitude, au sens strict quand ils vivent seuls, éloignés des autres, isolés ou livrés à eux-mêmes, au sens figuré dans une relation de couple qui bat de l’aile ou encore au sens moral quand les décisions prises et les actes commis ne permettent plus de retour en arrière. Si chacun(e) est unique, évolue dans son propre univers, ses rêves et ses désirs intimes, ils sont tous cependant liés deux par deux car en couple, amant(e)s, rivaux ou autres (je ne peux développer plus sans divulgacher)… Une même personne peut ainsi se trouver reliée, simultanément, à plusieurs interactions et l’ordre des voix chorales de la belle orchestration mise en œuvre par Colin Niel se révèle une véritable montée en puissance, sans temps mort : une réussite.

Ce livre est passé dans une véritable urgence de ma LAL à ma PAL ; j’ai choisi la version audio, admirablement lue par Grégory Nardella. Je sais déjà que je relirai ce roman, même en connaissant toutes les ficelles de l’écheveau.
Force des d’avouer que j’ai aussi acheté, mais en livre papier cette fois, la trilogie guyanaise : Les Hamacs de carton, Ce qui reste en forêt et Obia…
Colin Niel, je dois vous dire, qu’avec ou sans marabout, me voilà « attachée » à votre plume… Affaire à suivre.

Un contre la montre captivant.

Global
3 out of 5 stars
Interprétation
3 out of 5 stars
Histoire
3 out of 5 stars

Rédigé le : 19/01/2020

Je compte Stephane Chamak parmi les membres de mon petit réseau littéraire et j’avais très envie de découvrir ses écrits… Je commence par cette nouvelle, Jeu de piste, en livre audio.

Un vieux militaire, ancien colonel des services spéciaux, vit plutôt mal d’être à la retraite. Par un étrange concours de circonstances, il se trouve contraint d’élucider un mystère en temps limité : les acquéreurs de sa maison ne vont pas tarder à prendre possession des lieux quand il découvre un étrange message, mystérieux et menaçant…
Immédiatement, le personnage principal envahit et pollue mon espace ; c’est une grande gueule qui a tous les défauts de son ancienne profession… Il est violent, raciste, misogyne, misanthrope, grossier, outrancier… et j’en passe.
L’intérêt de cette nouvelle réside essentiellement dans le contre la montre mis en place dans le récit qui correspond à peu de chose près au temps que dure son audio lecture ; c’est donc doublement captivant. Le stratagème fonctionne parfaitement, d’autant plus que le dénouement surprend, car s’il était annoncé, je ne l’avais pas imaginé tout à fait ainsi et cela fait un peu froid dans le dos quand même.
J’ai apprécié l’écheveau narratif, la montée en puissance, l’imbrication des différents paramètres et cela m’a donné envie de lire d’autres écrits de Stéphane Chamak…

Là où j’ai eu davantage de mal et c’est un peu de ma faute car je pensais avoir affaire à un livre audio alors qu’il était bien indiqué que c’est une « performance », c’est sur la mise en scène proprement dite de cette nouvelle. J’apprécie personnellement qu’un livre audio soit lu et pas sur-joué… Donc, ici, je me suis un peu sentie agressée par tant de bruits et de fureur même si je salue le talent des interprètes : Marc Alfos, David Krüger, Max Joseph et Marc Bretonnière. Une telle performance m’empêche de m’approprier pleinement un texte…

Une nouvelle à écouter, donc, comme un feuilleton radiophonique, ou un film en audio description, en aucun cas une lecture audio…

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Une déception...

Global
2 out of 5 stars
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3 out of 5 stars
Histoire
2 out of 5 stars

Rédigé le : 14/01/2020

Je viens de terminer La Serpe de Philippe Jaenada, un livre dont, naturellement, j’avais beaucoup entendu parler avec enthousiasme dans les divers groupes de lecteurs que je fréquente où encore sur les réseaux sociaux où je sévis…
Philippe Jaenada s’est penché sur une sordide affaire de meurtre datant des années 1940, élucidée et jugée en son temps et sur l’histoire familiale du protagoniste principal, accusé et finalement acquitté, mais que l’aura sulfureuse de ces évènements poursuivra toute sa vie et même au-delà. Il s’agit donc d’une histoire vraie, celle d’Henri Girard, alias le célèbre écrivain Georges Arnaud, et de ses proches.

Au début, j’ai adhéré au pacte de lecture, appréciant la manière dont l’auteur se mettait en scène dans son récit et son travail minutieux d’enquêteur. J’ai relevé l’humour, les clins d’yeux et l’univers référentiel (ah ! Le Club des cinq…) et puis, progressivement, j’ai lâché l’affaire, me suis ennuyée, perdant le fil, noyée sous un flot continu de détails, ne parvenant à m’attacher à aucun personnage.
De plus, le narrateur lui-même me devenait insupportable, trop présent, ramenant tout à sa personne, souvent prétentieux, excessif là où j’aurais préféré un peu plus de distance ou de second degré.
J’avais choisi la version audio du livre, lue par Hervé Carrasco… Habituellement, avec les livres audio, si je suis dérangée ou si je m’endors en écoutant, je retourne en arrière pour revenir sur les passages que j’ai manqués ; il peut aussi m’arriver de réécouter des épisodes importants ou particulièrement complexes… Ici, ce fut tout le contraire : ce livre était comme un fond sonore et peu m’importe ce que j’ai pu manquer. J’avais l’impression, et cela vient sans doute du format du livre, d’écouter ou de visionner l’une de ses émissions de radio ou de télévision qui reviennent sur des faits criminels élucidés ou non, genre d’émissions qui m’horripilent au plus au point à cause d’un contexte que je juge voyeur ou trop à sensations…

Je salue cependant le travail de recherche et d’enquête et la peinture d’une époque sur fond d’occupation allemande et suis touchée par la démarche de l’auteur qui a un mot gentil, dans ses remerciements, pour les lectrices et les lecteurs qui sont allés jusqu’au bout de ce pensum…
Mais, force est de constater de d’avouer que je suis à contre-courant des nombreuses critiques élogieuses que j’ai pu lire ici et là. Mon intérêt pour les fresques familiales s’est heurté ici à une manière de traiter le sujet dénuée d’humanité, soporifique et ennuyeuse.

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Mgistral i

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 14/12/2019

J’ai découvert Virginie Despentes avec la trilogie Vernon Subutex dont je suis déjà à la deuxième lecture tellement j’ai apprécié cet univers, peinture des mœurs de notre époque, véritable « Comédie humaine » moderne.
Avec Apocalypse Bébé, je retrouve avec infiniment de plaisir une marque, une écriture qui allie qualité et réalisme, poésie et truculence, un style qui m’embarque immédiatement.

Une intrigue très simple, point de départ et fil rouge : une adolescente a fugué et un binôme d’enquêtrices privées part sur sa piste. Ce livre est un road-movie entre Paris et Barcelone, mené tambour battant par un duo improbable, deux femmes que tout oppose, aux trousses d’une enfant perdue. Valentine est une adolescente mal dans sa vie et dans sa peau qui accumule les prises de risques ; Lucie est une jeune détective privée, hétéro, qui fait son travail consciencieusement et mène sa vie du mieux qu’elle peut… Déjà, dans Vernon Subutex, le personnage de « la hyène » m’avait fascinée : quel bonheur de la revoir ici avec ses excès, sa libido, ses postures lesbiennes et féministes… !
Le développement de l’intrigue est prétexte à d’innombrables digressions et polyphonie de points de vue. Seule Lucie s’exprime à la première personne et fédère l’ensemble sous son JE, prenant les lecteurs sous son aile, non pas protectrice car elle est souvent aussi perplexe que nous mais, du moins, présence rassurante et fil conducteur. C’est à ce personnage que l’on s’identifie, à ses ressentis que l’on se raccroche. Les changements de focalisations donnent une vision panoramique de l’histoire de Valentine et nous entrainent inexorablement vers un final percutant.
Virgine Despentes dépeint toute une société, la nôtre, et pousse ses illustrations jusque dans des retranchements que nous ne voyons pas venir ; c’est à la fois réaliste, vraisemblable et drôlement flippant. Encore une fois, c’est magistral.

J’avais choisi la version audio, lue par Nadège Piton, une véritable performeuse dans les registres du cabaret burlesque et de la satire politique. Elle prête sa voix à des émissions d'Arte et des documentaires. Sa lecture ici est parfaite, jamais dans le sur-jeu, en accord avec l’ambiance du livre : une vraie réussite.

Ma LAL (liste à lire) vient de s’étoffer de toute l’œuvre de Virginie Despentes.

Une belle réussite !

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5 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 04/12/2019

Trente ans après La Servante écarlate, Margaret Atwood publie la suite de son histoire qu’elle intitule Les Testaments. J’avais adoré le premier opus, lu après avoir découvert la série télévisée qui, non seulement en était inspirée mais qui, surtout, avait librement extrapolé une suite au roman

Je comprends donc tout à fait la démarche de Margaret Atwood qui, tout en rendant hommage à l’adaptation télévisée, avait sans doute besoin de se réapproprier son œuvre et répondre à sa manière au suspens laissé en plan par le dénouement de La Servante écarlate : en effet, lorsque les portes du fourgon se refermaient sur Defred, nous n’avions aucun moyen de savoir ce que l’avenir lui réservait : un interrogatoire, une condamnation, la mort ou un nouveau départ ?
Margaret Atwood nous ramène à Gilead quinze ans après avoir laissé Defred à son sort incertain et donne la parole à trois narratrices sous forme de témoignages et d’un testament holographe. Deux toutes jeunes femmes racontent leur parcours ; l’une a été élevée à Gilead et se prépare pour une vie d’épouse tandis que l’autre vit au Canada dans l’entourage du réseau de résistance MayDay. Celle qui rédige son testament n’est autre de la fameuse et terrible Tante Lydia. Les prises de parole alternent au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, faisant de ce roman un récit particulièrement captivant car les destins se nouent, les personnages évoluent et prennent des risques.
Le style polyphonique est particulièrement intéressant car il rend compte, non seulement de la vie quotidienne à Gilead, mais aussi de toute l’organisation complexe de ce type de société. Nous apprenons ainsi que la vie des épouses n’est pas aussi facile que l’on pourrait le croire de l’extérieur, que l’éducation des fillettes et des adolescentes génère des peurs et des frustrations et que les tantes aussi sont passées par des moments difficiles avant d’accéder à leurs postes à responsabilité… Je n’en dirai pas plus pour ne rien divulgacher.

Plus que jamais, ce livre interroge par sa volonté dystopique… Margaret Atwood révèle elle-même le contexte d’écriture de son roman :"chers lecteurs : pour ce livre, j'ai puisé mon inspiration dans toutes les questions que vous m'avez posées, à travers les années, sur Gilead et ses rouages internes. Enfin, presque toutes ! Mon autre source d'inspiration, c'est le monde dans lequel nous vivons"…
J’avais choisi une version en livre audio lue par Bénédicte Charton, Ludmila Ruoso, Marie Bouvier, Vincent de Boüard et Marie-Eve Dufresne. C’est une vraie réussite, une belle lecture dans le respect de chaque personnage et des ambiances décrites.


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21 personnes ont trouvé cela utile

Capillotraté mais addictif !

Global
4 out of 5 stars
Interprétation
4 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Rédigé le : 02/10/2019

Sous les Vents de Neptune est le cinquième volet de la série consacrée par Fred Vargas au commissaire Adamsberg…
L’avantage de les lire dans l’ordre réside surtout dans la vision chronologique de l’évolution de cette brigade parisienne et de son chef ; c’est un plaisir de s’y retrouver sans trop de peine dans les allusions à des enquêtes précédentes ou à des évènements passés qui illustrent et expliquent les fêlures des personnages.

Un tueur en série…
Une traque qui remonte loin, trente ans en arrière… Adamsberg est rattrapé par son passé et se retrouve en bien mauvaise posture.
La poésie savoureuse du parler québécois… Le regard que portent les policiers canadiens sur les policiers français apporte une nouvelle perspective particulièrement intéressante.
Des personnages secondaires improbables… Mes préférées : Josette et Clémentine, vieilles dames pleines de ressources…

Et puis, l’écriture de Fred Vargas dont je ne me lasse pas… de vrais dialogues percutants qui passent du cynisme à l’autodérision pour arriver parfois à de beaux moments très émouvants…
C’est parfois très complexe, à d’autres moments, tout semble cousu de fil blanc, mais oui, ces passages où, si je le pouvais ou si j’étais à la place de Camille, je donnerais des claques à Adamsberg…
La fin m’a un peu agacée… ben voyons ! Mais, avec Fred Vargas, je ne regrette jamais le voyage.
J’avais, encore une fois, choisi la version audio, magistralement lue par François Berland qui s’approprie avec brio cet accent québécois auquel je ne résiste pas… Il en fait sans doute un peu trop, mais c’est si bon !

J’ai parfois besoin d’une lecture captivante, capillotractée mais addictive, parce que j’en aurai accepté d’avance le pacte de lecture… J’assume pleinement.
Et j’allais oublier : je pense que je vais jouer au mah-jong en portant une meilleure attention aux dessins sur les dominos…