MEMBRE

Aubry Françon

  • 150
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Une SF fade, mièvre et prétentieuse

Global
1 out of 5 stars
Interprétation
2 out of 5 stars
Histoire
1 out of 5 stars

Rédigé le : 24/01/2021

Fans de Damasio, Bordage, Robert Merle, Barjavel, André Ruellan, Simmons, Arthur C. Clarke, Frank Herbert, … passez votre chemin ! Extincta est à la grande littérature de science-fiction et d’anticipation, ce que « Maciste contre les hommes de pierre » est au péplum : un avorton aux décors de carton-pâte, un ersatz kitsch aux couleurs criardes et aux protagonistes à la psychologie aussi fine que du papier à cigarettes… Le récit ne démarre pourtant pas si mal que ça avec un univers post-effondrement climatique intriguant, notamment ses cités-royaumes cantonnées dans les quelques milliers de km² de ce qui était autrefois l’archipel norvégien du Svalbard, sa société organisée en castes et cette chape de culpabilité qui pèse sur les épaules de chaque humain survivant, culpabilité symbolisée par le tatouage, sur le corps de chacun, d’une espèce animale disparue. Le « tout » est même accompagné d’un ensemble de cartes à télécharger, joliment dessinées et dépeignant un chapelet d’îles au relief torturé, constellées de zones arides et sauvages et de villes dont hélas ! le lecteur n’aura l’occasion de survoler qu’un faible échantillon, certains lieux étant à peine évoqués. Au bout de la dizaine de premiers chapitres, les choses se gâtent franchement pour s’achever crescendo en une fin interminable, pathétique, digne d’un mélodramatique de 2ème partie de soirée : personnages caricaturaux à l’extrême et ultra-manichéens, rebondissements improbables voire grotesques, nombreuses invraisemblances narratives (alors qu’on nous explique que l’apparition d’une anguille ou d’un serpent constitue un événement rarissime, on nous sert, à un moment donné, une nuée d’oiseaux ainsi qu’une horde de pumas,…), dialogues d’une superficialité affligeante, romance qui n’aurait pas fait tache dans un épisode de Dallas… L’auteur ne cache pas ses sources d’inspiration, en particulier, HG Wells et sa machine à explorer le temps (avec les éloïs et les morlocks) ou encore Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley sans oublier Charles Baudelaire, l’un de nos plus grands poètes. Ce dernier voit ainsi (enfin, heureusement non) son chef d’oeuvre « L’invitation au voyage » (et ses célèbres vers : « Là, tout n’est qu’ordre et beauté / Luxe, calme et volupté ») propulsé, comme un cheveu sur la soupe, au coeur de l’aventure, dans une tentative prétentieuse et ratée d’intellectualiser un tant soit peu, un roman qui manque singulièrement d’épaisseur (au sens figuré du terme s’entend bien évidemment, l’oeuvre étant bien assez épaisse et longue comme cela...). Alors, me rétorquerez-vous, cet ouvrage relève de ce genre nouveau que l’on qualifie, détestable anglicisme, de « Young Adult », prétendument destiné aux adolescents et jeunes adultes ! Je vous répondrais : raison de plus pour ne pas leur servir un insipide brouet alors qu’ils ont accès à tant de romans de SF de qualité, anciens ou récents ! La narration du livre audio est malheureusement au diapason du reste avec des interprétations des différents personnages souvent ridicules : traits de caractères surjoués, voix cabotines, croassantes ou de faussets dignes d’un théâtre de marionnettes. Moi qui suis généralement plutôt bon public, cette critique est sans doute la plus acerbe que j’ai jamais écrite mais elle est à la hauteur de la déception ressentie.

Digne héritier de Druon, Merle et Eco

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5 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 23/12/2020

J’avais découvert la plume de Henri Loevenbruck il y a maintenant plus de 10 ans avec Le syndrome Copernic, sympathique thriller mâtiné de SF, m’ayant laissé certes un bon souvenir mais sans plus et comme bien d'autres avant lui. Depuis, au gré de mes lectures audio ou traditionnelles, je n’avais pas eu l’occasion de « recroiser » cet auteur. Après l’écoute de L’Apothicaire, accomplie en un temps relativement court (moins d’un mois) au regard de la longueur de l’oeuvre, force est de constater que là où, le temps passant, certains écrivains se perdent, d’autres se bonifient et révèlent tout leur potentiel. Loevenbruck est sans doute de ceux-là même si, clairement, je n’ai pas le recul nécessaire pour juger de sa bibliographie complète. L’Apothicaire est un roman particulièrement abouti, que ce soit sur le fond ou sur la forme et qui réalise un quasi-sans faute à mes yeux. A Maurice Druon (Les rois maudits), Loevenbruck emprunte un décor, celui du royaume de France peu après la dissolution de l’ordre du Temple, au début du 14ème siècle. On croise ainsi, dans L’Apothicaire, moult figures historiques, dépeintes avec beaucoup de subtilité : Philippe le Bel, Jacques de Molay, le dernier maître des templiers, Guillaume Humbert, grand inquisiteur de France, Charles de Valois, frère du roi et à l’origine d’une illustre lignée,… Chez Umberto Eco, il va également puiser et s’inspire ainsi (ce qu’il admet volontiers en interview), pour son personnage principal, Andréas Saint-Loup, le fameux apothicaire, du héros du Nom de la Rose, Guillaume de Baskerville. Tous deux partagent une érudition, une curiosité et une forme de tolérance pour les imperfections de l’Humanité (auxquelles il convient d'ajouter une commune appétence pour les pensées d’Aristote), même si l’un est irréligieux et l’autre moine franciscain. Enfin, comme Robert Merle (en particulier dans sa saga historique "Fortune de France"), Loevenbruck voue manifestement un amour sincère à la langue française et réussit (à mon sens) le pari osé de mêler expressions médiévales et phrasé certes contemporain mais toujours de bonne tenue, sans anachronismes trop flagrants, ni emphase caricaturale. L’ensemble est fort bien documenté et le lecteur amoureux de cette période de notre Histoire devrait y trouver son bonheur. Alors, oui, on pourrait reprocher à L’Apothicaire de céder parfois à une certaine facilité dans la narration avec quelques raccourcis et parfois (mais, rarement, surtout pour un roman de cette ampleur) des longueurs de même que certains protagonistes du récit sont nantis de traits de caractère peut-être insuffisamment nuancés. Oui, on pourrait mais ce serait faire preuve d’une bien mauvaise foi au regard du travail d’écriture accompli et qui, l’a été (Loevenbruck le reconnait dans ses remerciements) avec une rare passion et une opiniâtreté tangible, ce qui transpire dans chacune des phrases, situations, dialogues qui jalonnent le roman. A grand livre audio, il fallait un grand narrateur et Jean-Christophe Lebert est de ceux-là. Avec sa voix et son talent d'interprète, il sait vous emmener loin de votre quotidien, dans une aventure que je vous recommande donc chaudement, durant laquelle vous cheminerez sur les routes parsemées d'embûches, de France et de Navarre aux côtés d’Andréas, Magdala, Robin, Aalis... et qui sait, découvrir avec eux la voie de la Vérité...

De la folie à la condition féminine au XIXe siècle

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Rédigé le : 25/11/2020

Le bal des folles met en lumière une tradition festive (si l’on peut dire) heureusement disparue et méconnue du grand public, à savoir, un bal dansant donné chaque année, vers la fin du XIXème siècle, sordide prétexte permettant au tout Paris de se repaître d’un spectacle largement assimilable à un zoo humain. En effet, l’événement, fort attendu et particulièrement prisé à l’époque, prenait pour décor, le célèbre hôpital de la Salpêtrière, pour metteur en scène, le non moins célèbre Dr Charcot et, dans le rôle principal, l’ensemble des pensionnaires de l’institution, celles qu’on appelait alors, hystériques, aliénées, folles,… Partant de cet acmé de voyeurisme et d’indignité humaine, Victoria Mas tisse une trame captivante autour de deux personnages féminins. L’une, Geneviève est infirmière intendante à la Salpêtrière, en apparence dépourvue de toute empathie pour ses patientes et qui s’impose à elle-même une vie monacale depuis le décès de sa soeur à l’âge de 16 ans, s’interdisant toute aspiration au bonheur, l’autre, Eugénie, est une jeune fille de bonne famille, qui se découvre un don surnaturel, celui de parler aux défunts et, de par ce fait, va se retrouver internée dans le célèbre hospice parisien par la volonté d'un père qui ne souhaite pas voir son nom terni par l'anormalité de sa fille. Le bal des folles, c’est une terrible et vertigineuse plongée dans un univers où la psychiatrie n’en est qu’à ses premiers balbutiements, souvent erratiques, théorisés par des assemblées exclusivement masculines qui se repaissent du spectacle des crises d’hystérie provoquées volontairement, à la demande (via l'hypnose) et en public, par le « grand » docteur Charcot lequel voit sa légende sévèrement écornée au passage. Plus globalement, le roman est un formidable plaidoyer dépeignant la dureté de la condition féminine à la fin du XIXème siècle, celle d'une société dite civilisée au sein de laquelle l’internement est un moyen commode pour se débarrasser, ici d’une héritière encombrante, là, d’une orpheline victime de viol, ou encore d’une prostituée battue par son maquereau. Le récit est âpre mais le style élégant tout en étant abordable et sans verbiage. C’est, au final, une superbe découverte que cette oeuvre, premier roman, qui se laisse dévorer à l’écoute, presque trop rapidement. Mon seul regret est que la dimension fantastique de l'ouvrage au travers du personnage d’Eugénie avec ses pouvoirs de médium spirite, percute, parfois maladroitement, une réalité historique fort bien documentée par ailleurs. C’est le seul petit bémol, à mon sens, d’une écoute sublimée par une narratrice de grand talent, Audrey Sourdive, et complétée avec à-propos par une interview de l’autrice très éclairante.

Un sous-Indiana Jones à prendre au 2nd degré

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2 out of 5 stars
Interprétation
3 out of 5 stars
Histoire
2 out of 5 stars

Rédigé le : 17/11/2020

Sur fond de mythe archi-connu et déjà surexploité au cinéma et dans la littérature, mettez une bonne dose de scènes d’actions totalement improbables et rocambolesques, saupoudrez de personnages caricaturaux à l’extrême (la nunuche intello toujours en détresse, le héros macho aux gros biceps et au grand coeur, le traitre qu’on voit venir à 10 000 kilomètres, le méchant vraiment méchant qui veut dominer le monde, le gentil qu’on croit qu’il est gentil mais qu’en fait il est méchant, le méchant qu'on croit qu'il est méchant mais qu'en fait il est gentil…), de décors de carte postale bourrés de stéréotypes (en Amazonie, il y a des piranhas et des crocodiles, à Paris, on fait du shopping dans les boutiques de fringues, à New-York on habite forcément Manhattan…) et assaisonnez avec une pointe de mauvais goût et d’approximations. Vous obtiendrez « A la poursuite de l’Atlantide » qui aurait pu être l’enfant caché de Chuck Norris, Steven Seagal, Roger Corman, Michael Bay et des productions AB réunis. Le pire dans tout ça c’est qu’on ne s’ennuie pas vraiment, on rigole beaucoup même si c’est sûrement involontaire de la part de l’auteur et, au final, on ne passe pas un si mauvais moment que ça en dépit du fait que l’histoire sera sans doute vite oubliée. La prestation du narrateur est un peu à l’avenant avec un cabotinage parfois risible notamment quand il surjoue l'accent prétendument anglais d’un des protagonistes. Au final, un roman à prendre au 2nd degré mais qui, quoi qu’il en soit, ne vous laissera pas un souvenir impérissable. N’est pas Indiana Jones ou James Bond qui veut...

Une Héroic Fantasy mature, intelligente et subtile

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 25/10/2020

Entre le merveilleux amphigourique du Seigneur des anneaux et le blockbuster, roman "à grand spectacle" Game of Thrones, Jean-Philippe Jaworski trace une troisième voie, celle d’une héroic fantasy certes riche en action, en moments de bravoure mais posée, réfléchie et à la crédibilité soignée alors même que nous sommes dans un récit relevant de l'imaginaire fantastique. En effet, d’abord, par le choix de son (anti)héros (dont le roman est, en fait, le journal et qui donc est raconté à la première personne), Benvenuto Gesufal, personnage détestable, soudard de basse extraction, qui jure comme un charretier, ment comme il respire mais aussi et surtout qui subit les événements, n’étant que rarement maître de son destin, « Gagner la guerre » se démarque des oeuvres traditionnelles du genre. On est bien loin d'un Frodon Sacquet ou d'un Jon Snow... De même, la toile de fond des aventures de Gesufal est fort habilement choisie avec un univers où se côtoient, entre autres, un empire de type proche-orientale (à l'image d'un califat) et une cité-Etat comme celles de l'Italie médiévale et de la Renaissance. Les complots, intrigues politiques, trahisons, alliances de circonstances,… qui en découlent sont proprement passionnantes et ont une influence directe sur les pérégrinations du protagoniste principal du roman, lequel n’est que souvent la marionnette de l’une ou l’autre partie même si c’est à son corps défendant. Enfin, qui dit Héroic Fantasy dit naturellement magie et créatures extraordinaires. Or, à cet égard, la grande force de Jean-Philippe Jaworski est de savoir rendre ces éléments discrets, subtils sans artifices grandioses et démonstrations pyrotechniques mais avec néanmoins une influence certaine et décisive sur le cours de l’histoire. Tout juste, pourrait-on reprocher à l’auteur quelques longueurs dans les dialogues mais, bon sang, quel ouvrage magistral que celui-ci dans un genre où l’originalité se fait rare et où il est facile de tomber (sombrer) dans les poncifs ! Indiscutablement un must-have pour les amateurs du genre, de surcroît impeccablement servi par la voix de Jean-Christophe Lebert qui gratifie l’auditeur d’une performance de haute volée. Ne passez pas à côté !

Une uchronie à hauteur d'enfant

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4 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
4 out of 5 stars

Rédigé le : 05/08/2020

1940. Etats-Unis. Coup de tonnerre. Les élections présidentielles voient le candidat républicain, l'aviateur Charles Lindbergh, premier homme à avoir traversé l’Atlantique en avion, s’imposer face au sortant Franklin Delano Roosevelt. Antisémite, partisan acharné de la neutralité des Etats-Unis quant au second conflit mondial qui débute, Lindbergh va jusqu'à signer un traité d’amitié avec le 3ème Reich qui se voit ainsi offrir un boulevard dans sa conquête du monde. Lentement et sournoisement, il commence à instaurer un Etat policier, menant une politique de plus en plus ouvertement ségrégationniste à l’encontre des juifs, ardemment encouragé en cela par ses alliés nazis. C’est sur ce postulat de départ, effrayant mais pourtant crédible lorsque l’on se penche un tant soit peu sur la vie du célèbre pilote du Spirit of Saint Louis que Philip Roth plante le décor de son Complot contre l’Amérique. L’originalité de son uchronie repose tout autant sur le thème choisi qui n’est pas non plus complètement inédit (voir notamment Le maître du haut-château de Philip K. Dick) que sur le choix, pour le moins singulier, d’un récit autobiographique fictif. C’est ainsi que l’histoire nous est contée au travers des yeux du petit Philip Roth qui vit, avec sa famille dans la localité de Newark dans le New Jersey, siège d’une importante communauté juive. Les bouleversements induits par l’arrivée d’un dirigeant fachiste à la Maison Blanche sont ainsi vécus et relatés à hauteur d’enfant : un garçon de dix ans qui se fait le témoin d’une actualité brûlante et anxiogène, partage ses doutes, ses peurs, ses joies, ses envies de fugues mais observe aussi avec impuissance les fractures de sa famille dont une partie cède aux sirènes de la collaboration. Malgré quelques longueurs et certains passages un peu confus, Le complot contre l’Amérique est un roman qui suscitera sûrement un attachement sincère chez le lecteur pour le héros principal tout en conservant une densité politique et philosophique remarquable. Le "tout" est parfaitement documenté mais en demeurant néanmoins accessible aux non-spécialistes de l’Histoire des Etats-Unis d’Amérique. La prestation de qualité du narrateur, Eric Caravaca, apporte un plus non négligeable dans la découverte de cette oeuvre marquante.

2 personnes ont trouvé cela utile

Une série B stéréotypée et bavarde

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2 out of 5 stars
Interprétation
4 out of 5 stars
Histoire
2 out of 5 stars

Rédigé le : 22/06/2020

Le point de départ de "Jésus Vidéo" est pourtant intéressant : lors de fouilles archéologiques en terre sainte, une sépulture vieille de 2 000 ans est découverte. Celle-ci abrite la dépouille d'un possible voyageur temporel comme en témoigne le mode d'emploi, retrouvé dans ses effets mortuaires, d'une caméra ultra-moderne non encore sur le marché. Et si ce touriste de la 4ème dimension avait assisté aux moments marquants de la vie du Christ et les avait immortalisé sur une bande vidéo ? Malheureusement, si l'idée de base est bonne, le résultat est plus digne d'un téléfilm de deuxième partie de soirée que d'un long métrage prétendant aux oscars : dialogues interminables, personnages caricaturaux à souhait (avec dans le désordre, un tout-puissant et maléfique magnat yankee, le gentil étudiant, bourreau des coeurs et geek à ses heures perdues, lui-aussi américain car il faut bien équilibrer la méchanceté de son compatriote, la jolie israélienne un peu rebelle mais pas trop quand même, le vieil archéologue anglais....), trame de fond finalement plutôt pauvre malgré quelques efforts de documentation, situations rocambolesques voire ridicules (au hasard, un bédouin qui découvre deux êtres humains perdus dans le désert mourant de soif, négocie avec eux le prix des piles de son walkman et reprend sa route comme si de rien n'était...) etc.  Malgré l'excellente diction et le ton juste d'Emmanuel Dekoninck, le narrateur, les presque 22 heures d'écoute ont été pour moi et, sans ironie quant au sujet du livre, souvent un calvaire. Si vous aimez les thrillers autour de la religion, je vous recommande cent fois plus l'écoute du Secret du Treizième Apôtre de Michel Benoit, bien supérieur à tous les niveaux à cette oeuvre à la notoriété sans doute un peu surfaite, en tous cas, à mon sens.

Hitler, ce monstre humain

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5 out of 5 stars
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5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 19/04/2020

Avec La part de l’autre, Eric-Emmanuel Schmitt s’attaque à un sujet « casse-gueule » comme il le reconnait lui-même d'ailleurs dans l’excellent journal d’écriture qui figure, en bonus, à la fin de l’audiolivre et qu’il serait franchement dommage de ne pas écouter. En effet, son postulat de départ est de considérer qu’il est trop facile et sans doute trop dédouanant de ne considérer Hitler que sous le prisme de la monstruosité, du génie du mal alors même que cet être, si barbare fut-il, si abject fut-il, n’en était pas moins un de nos semblables, un congénère. Ce faisant, l’auteur de La part de l’autre nous renvoie à notre miroir, en nous balançant dans la face que nous aussi, finalement, sommes tous des Hitler en puissance. Ainsi, nous ne devons qu’en être plus vigilants quant à l’éventuelle émergence d’un personnage semblable au Führer, d’une affligeante banalité si l’on considère le début de sa vie mais qui, dans des circonstances particulières, peut accéder, somme toute assez facilement, aux fonctions suprêmes. Schmitt place le point de bascule de la vie d’Hitler lors de son échec à l’entrée à l’académie des beaux-arts de Vienne. C’est aussi le point de départ de son roman, le moment où il va conduire deux histoires en parallèle, celle, authentique, de l’Hitler recalé, et celle, imaginée et fantasmée, d'Adolf H. reçu au sein de la prestigieuse école et qui, de par ce fait, va prendre un chemin de vie totalement différent de son abominable Doppelgänger (double maléfique). La vie d’artiste, de père et de mari comblé d’Adolf H., devenu profondément pacifiste et apolitique après avoir vécu les horreurs de la Grande Guerre alterne ainsi avec l’ascension du véritable Hitler, émergeant d’une fange de médiocrité pour s’élever vers le statut de dieu vivant d’un peuple accablé par les exigences exorbitantes du traité de Versailles. D’un chapitre à l’autre, l’auteur nous offre ainsi, d’un côté, une biographie romancée du sanguinaire dictateur, parfaitement documentée sans jamais être lénifiante, et de l’autre, une uchronie brillante, réaliste ou, tout du moins, crédible, nous offrant de découvrir le monde dans lequel évolue Adolf H., un monde sans seconde guerre mondiale, un monde où Adolf H. devient l’un des pionniers du surréalisme, où il vit, aime, souffre, subit les événements et les trahisons. C’est peu de dire que cette lecture, cette écoute m’a marqué, à plus forte raison au regard de l’exécution d’une oeuvre qui aurait pu sombrer dans le moralisme ou dans une approche trop intellectuelle et philosophique. Mais, grâce au talent d’Eric-Emmanuel Schmitt, il n’en est rien, le livre étant incroyablement accessible, accrochant le lecteur et le précipitant dans un maëlstrom, celui de l’Histoire, celui de notre histoire. Pour finir, la narration à haute voix, face à un tel roman, relevait forcément du défi et ce défi, Daniel Nicodème l'a relevé avec brio, sublimant le texte, lui donnant vie pour le bonheur de nos oreilles, avec souffle, emphase et à-propos.

(Longue) conclusion d’une tétralogie marquante

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4 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
3 out of 5 stars

Rédigé le : 13/03/2020

Avec Le réveil d’Endymion, Dan Simmons clôt donc (temporairement ?) une colossale saga en 4 volumes, proposant à ses lecteurs un univers d’une grande richesse, aux multiples ramifications narratives, parfois trop complexe dans sa forme et sans doute aussi, par moment, excessivement bavard. Tandis que le 1er ("Hypérion") et le 3ème tome ("Endymion") imposaient un souffle épique dans un récit rythmé aux multiples rebondissements, les 2nd ("La chute d’Hypérion") et dernier opus ("Le réveil d’Endymion"), sans s’enfermer dans une logique totalement intimiste, sont plus lents dans leurs déroulements, plus respirants et conceptuels également. Le réveil d’Endymion s’inscrit donc dans cette alternance avec, certes des temps forts, en actions et en émotions, mais aussi de (trop) longues et multiples incises souvent très développées et dont la logique, touchant à la philosophie et au métaphysique, est parfois franchement difficile à suivre. Ce constat est particulièrement vrai s’agissant des chapitres prenant pour cadre la planète T'ien Shan au décor d’inspiration tibétaine et chinoise, certes propice à la méditation mais qui sert aussi de prétexte à d'interminables paragraphes alambiqués, ayant parfois perdu le lecteur/auditeur que j'étais. Néanmoins, ne boudons pas notre plaisir car l’oeuvre, considérée dans son entièreté, se pose en référence majeure de la littérature de science-fiction, que ce soit par la qualité de l’écriture, par la profondeur de son univers, par sa portée culturelle et réflective. Le chemin de lecture (d’écoute) est peut-être, par instant, fastidieux, mais le jeu en vaut largement la chandelle. Un dernier mot concernant la performance du narrateur, Matthieu Dahan, impeccable comme d’habitude et qui campe, avec brio, chaque protagoniste, le rendant immédiatement reconnaissable à l’oreille.

La suite époustouflante d'une saga mythique

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5 out of 5 stars
Interprétation
5 out of 5 stars
Histoire
5 out of 5 stars

Rédigé le : 24/11/2019

Endymion prend place près de 3 siècles après "La chute d’Hypérion" et si le roman est parsemé de références, de clins d'oeil relatifs aux deux opus précédents, c’est bien une toute nouvelle aventure qui attend le lecteur/auditeur avec notamment de nouveaux protagonistes (à une ou deux subtiles et majeures exceptions près, mais je n’en dirai pas plus !). Sur fond de théocratie galactique catholique (dénommée la Pax laquelle a supplanté le Retz), on suit ainsi les péripéties croisées d’un "chasseur", en la personne du zélé et dévot père-capitaine De Soya secondé par un équipage de soldats vaticanais et de sa "proie", un improbable trio composé d'une jeune fille au destin potentiellement messianique placée sous la protection d’un androïde A. Bettik et, bien malgré lui, d’un garde chasse rescapé de la peine capitale, Raul Endymion. Ce dernier, maniant, pour notre plus grand plaisir, humour, ironie et maladresse est particulièrement attachant. Structurellement moins complexe qu’Hypérion, proposant un fort dépaysement avec une alternance régulière de points de vue et surtout de fréquents changements de décors (et donc de planètes), Endymion n’en délaisse néanmoins pas pour autant le fond philosophique, politique et humaniste qui caractérise si bien les deux premiers tomes de la saga. En dépit de quelques longueurs mais qui sont aussi la marque de l’érudition et de la méticulosité de l’écrivain, Endymion est une oeuvre, qui prouve si besoin était, l’extraordinaire maturité du genre Science Fiction et son universelle portée réflective. J’entame l’écoute de la suite (L’éveil d'Endymion) avec confiance mais aussi avec une interrogation en tête : « Comment ce diable génial de Dan Simmons va-t-il encore nous surprendre ? ». Le narrateur du livre-audio, Matthieu Dahan, dans la veine de ses précédentes prestations pour « Hypérion » et « La chute d’Hypérion » livre, une fois encore, une copie impeccable, avec un ton toujours juste et qui colle parfaitement à l’action et aux personnages.

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