L'ironie du temps qui passe
Stefan Zweig nous livre une nouvelle magnifique sur la passion qui peut lier deux êtres, mais, et c'est l'originalité du récit, en insistant sur le caractère fragile, réversible et éphémère de ce sentiment. Le voyage dans le passé nous raconte en effet une histoire d'amour, au départ impossible, qui va être éprouvée par l'éloignement durant plusieurs années. Les retrouvailles sont à la fois redoutées et ardemment désirées, mais comment vont-elles se dérouler ? Les vieilles promesses seront-elles tenues ? Stefan Zweig, dans un style délectable, à la fois vif, poétique et étourdissant, nous dépeint aussi une Allemagne meurtrie par sa défaite lors de la 1ère guerre mondiale et qui cède inexorablement aux sirènes du nazisme. A cet égard, le passage
décrivant un défilé des partisans du national-socialisme à Heidelberg constitue un grand moment de littérature dans sa puissance évocatrice et sa dénonciation de l'horreur qui s'annonçait alors déjà. L'impeccable narration, à la fois chaleureuse mais sobre, complète une écoute admirable à tout point de vue et qui rend hommage à cet immense écrivain qu'était Stefan Zweig.